Les effets de la prison sur la reconstruction identitaire des sortants de prison

Vous êtes nombreux à recherche un exemple de mémoire de recherche sur le sujet de la réadaptation sociale des anciens détenus en milieu ordinaire. En effet peu importe votre formation initiale (assistant social, cesf ou éducateur spécialisé) vous pourrez être à un moment ou un autre confronté à ce type de public et à la question de la réinsertion sociale après l’incarcération.

Dans cet article je vous propose l’introduction et une partie d’un mémoire réalisé par une CESF qu’elle a présenté devant le jury et auquel elle a obtenu une très bonne note.

Bon courage

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Introduction du mémoire

La France compte au 1 juillet 2016, un nombre de 69 375 personnes incarcérées ce qui constitue une augmentation de 3.8% par rapport au mois de juillet 2015. En parallèle, les conditions de détention semblent se dégrader progressivement comme l’a mis en lumière la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) en 2013.

En effet, les situations de surpeuplement, de délabrement des dortoirs et de l’insalubrité en général des prisons paraissent particulièrement inquiétantes au regard des conditions de vie des détenus. Pourtant, ces détenus évoluent sur une période plus ou moins longue dans un contexte carcéral peu propice à une construction identitaire adaptée. Ainsi, lorsque ces derniers doivent s’adapter à leur milieu carcéral ils sont confrontés à une dynamique réflexive qui remet en cause la personnalité et le système de valeur tant les conditions de vie sont contradictoires et à l’inverse du milieu ouvert.

De ce fait ces détenus sont conditionnés à évoluer dans un isolement profond, un confinement voire un déracinement.  Les trajectoires sociales et professionnelles de ces derniers sont ainsi mises à mal tout en devant faire preuve d’une capacité d’adaptation forte à ce nouveau milieu afin de ne pas sombrer vers une phase de rejet total de l’environnement. C’est pourquoi, afin d’enrayer ce système privatif d’enfermement et de contrôle des libertés individuelles j’ai pu constater que plusieurs dispositions sont mises en œuvre. A ce titre, l’intervention sociale menée en milieu fermé permettrait de favoriser le maintien de la socialisation du détenu à travers la mise en place d’une écoute et d’un accompagnement bienveillant et empathique. En parallèle, des activités culturelles, scolaires, sportives ou encore professionnelles sont proposées aux personnes incarcérées afin de pallier les effets de la privation de la liberté et l’enfermement.

Cependant, j’ai constaté au cours de mes recherches que malgré la présence d’un certain nombre de dispositifs, il s’avère que ces détenus souffrent de façon récurrente d’une forme de vulnérabilité sociale du fait des conditions de détentions mais surtout de la rupture avec le milieu ordinaire et notamment la cessation du maintien des liens sociaux avec l’environnement. En conséquence, lorsque ces détenus sont amenés à quitter le milieu carcéral ces derniers sont confrontés à la nécessité de se réadapter à la collectivité. Toutefois, cette réadaptation sociale n’est pas sans peine pour ces personnes qui ont vécu un parcours désocialisant et pouvant les amener à l’exclusion tout en connaissant les risques de stigmatisation pouvant freiner leur volonté de réinsertion sociale.

Pour ma part j’ai souhaité explorer cette thématique car j’ai toujours été fortement intriguée par les situations de récidive et de mal-être pouvant être observés par les anciens détenus. En effet, la médiatisation de cette frange de la population m’a particulièrement questionnée surtout que j’ai au cours de ma formation préparant au DECESF pu assister à des enseignements relatifs à ce sujet ce qui a éveillé ma curiosité. C’est pourquoi dans un premier temps j’ai souhaité m’inscrire dans une activité bénévole dans une unité de vie familiale qui est une association proposant un soutien moral et une écoute aux familles des détenus dans le cadre des parloirs. Au cours de mes rencontres j’ai été interpellée par le soutien inconditionnel mis en œuvre par ces familles mais aussi par les difficultés qu’elles verbalisaient vis-à-vis du conjoint ou de l’enfant détenu. En effet, ces dernières, généralement des conjointes et des mères de familles, me disaient fréquemment que l’isolement et les conditions d’incarcérations avaient profondément fait évoluer la mentalité et le comportement de ces hommes et qu’elles craignaient que la sortie et surtout le retour au domicile ne se déroule pas de façon adaptée.

En conséquence j’ai choisi de poser la question de départ suivante :

 

Dans quelle mesure les conditions d’incarcération influencent-t-elles la réinsertion sociale en milieu ordinaire des anciens détenus ?

Afin d’explorer ce questionnement, le mémoire comporte deux parties :

La première, la phase exploratoire qui s’articule en trois chapitres, repose sur les bases de ma recherche en croisant les concepts théoriques et l’enquête de terrain.

Le premier chapitre met en lumière l’origine des modalités du milieu carcéral et de la législation qui l’entoure pour aboutir au contexte actuel dans lequel il s’inscrit.

Le deuxième chapitre, quant à lui, présente le public du milieu carcéral en France et les répercussions psycho-sociales des conditions de détention chez les personnes incarcérées.

Enfin, le troisième chapitre s’attache à mettre en évidence les impacts de l’incarcération dans le processus de réinsertion sociale des anciens détenus lors de leur retour en milieu ordinaire.

La deuxième partie de ce mémoire, à la lumière des éléments recueillis, approfondit un des enjeux clés de la recherche menée à travers le développement d’une problématique, d’une question de recherche, d’une hypothèse ainsi que de la proposition d’outils de vérification de cette dernière.


LA RÉINSERTION SOCIALE DES ANCIENS DÉTENUS CONFRONTÉS AUX DIFFICULTÉS VÉCUES PENDANT L’INCARCÉRATION

Dans le cadre de leur réinsertion les anciens détenus sont amenés à devoir se réadapter au milieu naturel pourtant il s’avère que malgré le travail mis en œuvre par les structures sociales ces hommes gardent souvent des stigmates de leur incarcération rendant leur réintégration parfois complexe.

1.L’insertion sociale et professionnelle confrontées aux effets de l’incarcération

Claude Dubar a mis en lumière la construction sociale de l’insertion en la définissant comme étant un processus  par lequel un individu construit son identité pour soi et pour autrui. Ainsi, transposé au public ciblé dans cette recherche il s’avère que les anciens détenus lors de leur réinsertion doivent composer avec une identité qui a été influencé par leurs conditions d’incarcération. En effet, si on se réfère à l’analyse de Dubar, les trajectoires sociales des individus sont impactées par l’image qu’ils renvoient face à eux-mêmes et aux autres. Cette réussite de la réadaptation est ainsi fortement conditionnée par la valeur que ces hommes s’attribuent ainsi que par les interactions avec leur environnement composé aussi bien des populations que des institutions.

Cependant, ces anciens détenus ont vu leur identité particulièrement mise à mal durant leur incarcération ce qui a été mis en évidence par l’enquête de terrain et notamment un homme et une assistante sociale interrogés : « Depuis que je suis sorti ça ne va pas forcément mieux pour moi. Je pensais qu’être en liberté allait me faire du bien mais j’ai l’impression que c’est pire parce que maintenant je dois prouver des choses à tout le monde et surtout à moi-même. La prison m’a détruit je pensais pas que ça me ferait ça. Je suis complètement décalé, j’ai du mal à me motiver à trouver un travail ou à faire mes papiers. J’ai l’impression que mon passage en prison est écrit sur mon front [Homme 3] » ; « Le détenu peut également avoir le sentiment de perdre son autonomie car ses repas, ses promenades, ses activités sont fixées à l’avance. Il ne se soucie pas de se nourrir ni de se loger. Il n’a pas de contraintes horaires à respecter. Ces automatismes peuvent rendre d’ailleurs la réinsertion difficile. Le rythme de vie en prison ne favorise pas l’autonomie. Ils ne sont plus capables de se projeter dans l’avenir, d’anticiper leur sortie et de faire face aux problèmes concrets de la vie quotidienne [Professionnel 1] ».

Ces deux témoignages mettent en évidence que la réadaptation en milieu naturel ne va pas forcément de soi pour ces anciens détenus qui peinent parfois à se réapproprier une identité, un espace et un rythme de vie classique. Aussi, cet homme interrogé a également fait part d’un sentiment de dévalorisation renforcé par un stigmate lié à son incarcération.

1.1    La stigmatisation vécue par les anciens détenus

Dans son ouvrage , Goffman définit le stigmate comme une caractéristique propre à l’individu qui peut lui désigner un discrédit important. L’individu porteur de stigmate est perçu par l’autre comme une personne d’un statut moindre.
L’auteur distingue trois catégories de stigmates à savoir :
Les stigmates corporels (les handicaps physiques, ceux de la vision, les malformations du visage), les stigmates tenant à la personnalité ou au passé de l’individu (troubles de caractère, alcoolisme, séjour en prison, en hôpital psychiatrique, les chômeurs) les stigmates « tribaux » (religion, nationalité …) ce type de stigmate peut être transmis de génération en génération.
Dans le cas où le stigmate est invisible, l’individu est alors dit « discréditable » L’individu doit veiller au contrôle de l’information à propos de son stigmate. Il apprend à manipuler les informations concernant son incarcération. Il cherche à dissimuler des éléments de son parcours que Goffman nomme « les informations individuelles, réflexives, incarnées et durables ». Le « faux semblant » est défini par Goffman comme un effort permanent de simulation mis en place par le « stigmatisé » afin de prendre place dans la société. La personne stigmatisée devient dissimulatrice La personne développe une identité sociale virtuel qu’elle juxtapose à une identité sociale réelle. Le problème du stigmatisé est de toujours délivrer des informations cohérentes entre elles. –

Il est ainsi possible de transposer les apports de Goffman à ce sujet de recherche en croisant cette analyse avec les éléments recueillis dans le cadre de l’enquête de terrain. En effet, les anciens détenus ont verbalisé de façon récurrente des difficultés à s’acclimater au milieu ordinaire : « quand je rencontre de nouvelles personnes j’ai l’impression que je dois me justifier sur mon absence ou lorsque je revois d’anciens amis je vois dans leur regard qu’ils savent pour moi. Ça me met mal à l’aise on dirait que les gens ont changé depuis que je suis sorti de prison [Homme 1] ; « quand je suis allé faire mon RSA j’ai dû dire à la personne que j’étais incarcéré car il m’a demandé d’expliquer ce que je faisais avant. J’ai vu que ça le gênait et quand je le revois pour mon projet professionnel je suis pas à l’aise et lui non plus. On dirait qu’il me propose rien de bien comme s’il avait peur que je sois une menace pour la société [Homme 2] »

1.2    La santé des anciens détenus à l’épreuve des effets de l’incarcération

Dans son ouvrage , Serge Paugam évoque les difficultés rencontrées par les anciens détenus lors de leur incarcération au regard de la perte de leur repère et de leur autonomie. A ce titre, il prolonge les recherches menées par Dominique Schnapper qui a écrit que « l’incarcération est une épreuve traumatisante pour la majorité de la population » en mettant en évidence que lorsque les détenus sont incarcérés ces derniers subissent souvent régression des repères spatio-temporels. Cela serait dû selon Paugam à ce qu’il nomme une privation de la participation dont la posture amène progressivement « le détenu à s’écarter de la norme sociale en étant confronté à la présence de règles collectives, de frustrations, de perte de droit et de privations matérielles ».
Dans un autre ouvrage , Paugam caractérise la prison come une microsociété dans laquelle il existe une hiérarchie instaurée dans une certaine violence entre détenus, il y a des codes spécifiques à respecter. La personne n’a plus de contrôle sur sa vie, tout est pensé pur lui, planifié de l’heure du repas à l’heure du coucher.
Cette thèse avancée par l’auteur rejoint des éléments recueillis dans le cadre de l’enquête de terrain puisque trois professionnels interrogés ont évoqué ces aspects et notamment la CESF : « Certains anciens détenus décident de fuir la réalité et de s’abandonner à la prise de médicaments. D’autres expriment leur révolte et leur mal-être par des tentatives de suicides, des grèves de la faim ou encore des automutilations [Professionnel 5]»

L’enquête de terrain que j’ai réalisée auprès des anciens détenus m’a permis de confirmer les aspects évoqués par Paugam et la CESF : « depuis ma sortie j’ai du mal à dormir, je suis tout le temps stressé (…) et je consomme pas mal d’alcool c’est dur d’en parler mais je vois un médecin pour ça. J’ai une obligation de soin et je prends des médicaments. Je sais pas si ça marche pour l’instant je le vois pas mais peut être que ça serait pire sans les médicaments [Homme 3] »
Ainsi, ce témoignage met en évidence un axe de travail souvent mis en place lors de la réinsertion sociale des anciens détenus et notamment à la suite de remises de peine à savoir une injonction de soin réalisée généralement dans un Centre de Soins, d’Accompagnement et de Prévention en Addictologie (CSAPA).

1.3 La dévalorisation identitaire des anciens détenus au cours de leur incarcération

Laurent Licata, docteur en psychologie, a développé le concept de l’auto-catégorisation qui s’inscrit dans la théorie de l’identité sociale de John Turner qu’il a souhaité compléter à travers sa propre approche des relations individuelles et collectives et de leurs impacts sur la mobilité sociale . Ainsi, selon l’auteur l’identité sociale est définie comme « cette partie du concept de soi qui provient de la conscience qu’a l’individu d’appartenir à un groupe social (ou à des groupes sociaux), ainsi que la valeur et la signification émotionnelle qu’il attache à cette appartenance ».

Cependant, cette analyse transposée à notre sujet de recherche permet de mieux comprendre en quoi il est difficile pour ces anciens détenus de se réinsérer de façon adaptée. En effet, le besoin d’appartenance induit par l’identité sociale n’est pas toujours efficient dans le milieu naturel où la personne est susceptible de souffrir de certaines représentations sociales vis-à-vis de son incarcération. En effet, la totalité des hommes que j’ai interrogés m’ont fait part de fortes difficultés à se sociabiliser à leur environnement comme s’ils ne parvenaient pas à s’inscrire auprès de leurs pairs et qu’ils gardaient à l’esprit l’identité crée auprès des codétenus lors de l’incarcération. A ce titre, un CIP interrogé a révélé que : « Les détenus mentionnent souvent la perte de contrôle sur leur propre vie, réduction du champ d’initiative personnelle et la position de dépendance fondamentale. Le moindre geste suppose une autorisation permanente. Ces privations ont la particularité d’amener à une dégradation de l’image positive que la personne pouvait avoir d’elle-même. Peu à peu ils perdent l’estime de soi. Le regard extérieur devient difficile. Pour certains détenus, le milieu carcéral est rassurant car ils y trouvent leurs repères, ils en viennent à craindre l’extérieur qui leur demande beaucoup d’initiatives. La prison fait partie de leur identité, ils peuvent parfois même récidiver pour retrouver ce milieu familier et rassurant [Professionnel 4] ».

2.Les éléments pouvant favoriser la réadaptation sociale des anciens détenus

Marianne Farkas définit la réadaptation sociale comme étant « une méthode systématique qui vise, dans un premier temps, à aider le patient à choisir le milieu de vie où il souhaite vivre, à évaluer ce qu’il peut faire et quel type de soutien lui est nécessaire pour se maintenir dans le milieu choisi. Dans un second temps, la démarche comportera l’enseignement de nouvelles aptitudes, complété par un programme d’apprentissage, et la mobilisation de ressources pour aider le patient à atteindre son objectif ».

Ainsi, il apparait que pour favoriser la réinsertion sociale des détenus il convient de leur apporter un cadre à la fois sécurisant et contenant qui peut être mis en œuvre par différentes modalités que sont les pratiques professionnelles et le soutien familial.

2.1 La vulnérabilité des anciens détenus à travers la rupture de leur trajectoire sociale et professionnelle

Du fait de l’expérience de l’incarcération il est apparu lors de mon enquête de terrain que les anciens détenus sont particulièrement vulnérabilisés à la sortie de la détention. En effet, ces derniers ont verbalisé à plusieurs reprises ressentir un sentiment de marginalisation ou d’étiquetage par rapport à leur situation antérieure. Ces éléments cumulés leur permettent ainsi difficilement de s’insérer pleinement dans leur environnement social ou professionnel.
Dans le cadre de cette recherche j’ai souhaité comprendre au-delà des conditions d’incarcération ce qui pouvait vulnérabiliser un individu. Il apparait que plusieurs auteurs tels que Castel ou Paugam ont traité de la dimension précarisante d’une situation individuelle au cours de laquelle une personne peut être en rupture de certains aspects socialisants.

En effet, la vulnérabilité économique a été citée à plusieurs reprises parmi l’échantillon interrogé. Robert Castel a d’ailleurs mis en perspective ce phénomène en identifiant l’émergence de cet état. Selon lui les sociétés modernes assisteraient à une « vulnérabilité de masse »  du fait du sentiment d’insécurité ressenti par un grand nombre de la population. En transposant son analyse à mon sujet de recherche la vulnérabilité chez les anciens détenus représente une exposition à la fragilité à la fois matérielle et morale
Elle est souvent la résultante d’une déstabilisation psychologique et d’une dépendance financière puisque la totalité des anciens détenus que j’ai rencontrées sont fortement dépendants de leur famille ou des institutions pour subvenir à leurs besoins primaires : « j’ai honte de ma situation je dépends de mes parents à mon âge je devrais être seul, indépendant mais là c’est eux qui s’occupent de moi [Homme 3] » ; « je suis hébergé dans une association c’est grâce à eux que je peux me loger et j’ai pu recevoir le chômage car j’ai travaillé avant la prison du coup j’ai de quoi vivre mais je veux vite retrouver un emploi pour montrer que je peux m’en sortir [Homme 1] ».
C’est en ce sens que Castel développe le concept de désaffiliation fondé sur l’articulation du travail et des rapports relationnels. Selon lui, il existe une corrélation forte entre la place occupée dans la division sociale du travail et la participation aux réseaux de sociabilité et aux systèmes de protections qui « couvrent » un individu face aux aléas de l’existence, d’où la possibilité de construire métaphoriquement des « zones » de cohésion sociale. Ainsi, l’association travail stable – insertion relationnelle solide caractérise une zone d’intégration. A l’inverse, l’absence de participation à toute activité productive et l’isolement relationnel conjuguent leurs effets négatifs pour produire l’exclusion ou plutôt la désaffiliation. Il distingue une zone intermédiaire, celle de la vulnérabilité sociale, qui conjugue la précarité du travail et la fragilité des supports de proximité.
Pour R. Castel, la désaffiliation est un processus, « parler de désaffiliation […] ce n’est pas entériner une rupture, mais retracer un parcours. Dans cette perspective, la zone de vulnérabilité sociale occupe une position stratégique. Réduite ou contrôlé, la zone de vulnérabilité permet la stabilité de la structure sociale. Au contraire, ouverte et en extension, elle alimente « les turbulences » qui fragilisent les situations acquises et défont les statuts assurés. » Au regard de l’approche théorique mise en œuvre par Robert Castel il nous est possible de transposer ce concept de désaffiliation auprès du public de ce mémoire en se demandant si sa situation n’est pas la résultante d’une série de ruptures au niveau relationnel et d’échecs qui ont mis à mal leur « zone de vulnérabilité » associant la précarité du travail et la fragilité relationnelle.
Selon Maryse Besson, certains sociologues notent l’existence d’une « identité négative » chez les populations en difficulté. En l’occurrence, certains anciens détenus ont mis émanant le fait qu’ils se sentent marginalisés, mis à l’écart et stigmatisés comme étant des individus réduits à leur passé de détention De ce fait, ils se perçoivent aussi bien exclus du monde du travail que du reste de la société à travers les carences de liens sociaux. Ainsi, Serge Paugam a étudié le statut social de la personne vulnérable et notamment la construction sociale de ce statut. De par ses recherches, ce sociologue a cherché à comprendre comment les individus deviennent pauvres aux yeux de la société et ce qui les ont amenés à eux-mêmes être convaincus et à adhérer à cette « étiquetage ».Paugam, à l’aide d’une analyse théorique et d’éléments récupérés par les services d’action sociale a ainsi mis en évidence l’existence d’un processus d’intériorisation du statut de fragile et vulnérable qu’il nomme « la disqualification sociale » .

2.2 La famille, un vecteur d’intégration sociale pour les anciens détenus

La socialisation primaire se fait au sein de la famille. Elle est définie par     Dubar comme une mise en relation du développement des individus aboutissant à des identités sociales et à la structuration des systèmes sociaux servant de support à des mondes sociaux . L’arrestation puis l’incarcération coupent l’individu de son milieu familial et social pour le placer dans un univers privatif qui rend le maintien du lien social complexe. Il arrive que les relations entre le détenu et sa famille soient si dégradées que l’incarcération est alors synonyme d’effacement.
Certes, des efforts sont faits pour que les détenus gardent un minimum de contact avec l’extérieur cependant l’encellulement coupe inéluctablement les liens avec les personnes de leur famille, de leur travail et de la société.
L’identité du détenu ne sort pas intact de prison, quel que soit son milieu. Le maintien des liens familiaux au sens large peut s’avérer très délicat. Le temps de parloir, souvent réduit et parfois interrompu inopinément, plonge dans une profonde frustration, d’autant que très souvent, la famille parcourt de nombreux kilomètres et doit supporter notamment l’attente qui est très longue. Pourtant, cette relation avec l’extérieur favorise et maintien le lien social et familial. La prison signifie aussi parfois la rupture avec la famille, surtout si l’objet de l’incarcération est d’une grande gravité d’après un ancien détenu interrogé : « ma famille n’a pas aimé ce que j’ai fait et pourquoi j’ai été en prison alors elle est pas venue me voir, y a juste ma sœur qui est venue au début. Mais j’ai été incarcéré à 3 heures de chez moi alors elle pouvait plus venir souvent elle a sa vie aussi. C’était dur de pas voir sa famille, c’est pas que j’étais très proche d’eux avant mais c’est dans ces moment-là quand on est seul qu’on se rend compte des choses [Homme 2] »

Pourtant, pour d’autres la famille a été un véritable levier dans les possibilités de maintiens du lien social et de l’identité positive puisqu’un autre détenu à l’inverse a fait part d’un étayage fort sur le plan relationnel avec ses proches : « ma mère venait deux fois par mois et mon père un peu moins. Je sais qu’il n’aimait pas me voir là-bas, même ma mère elle pleurait à chaque fois. Mais sans la voir j’aurais pas tenu le coup. Elle me donnait des nouvelles de la famille, me racontait les histoires du quartier, elle me donnait de l’argent, des habits. Au début j’étais gêné mais elle a compris qu’on faisait tous des erreurs je lui ai demandé pardon et on a redémarré [Homme 3] ».

2.3Le SPIP une aide émancipatrice parfois vue comme une contrainte pour les anciens détenus

Selon la loi pénitentiaire du 24 novembre 2009, « le service public pénitentiaire participe à l’exécution des décisions pénales. Il contribue à l’insertion ou à la réinsertion des personnes qui lui sont confiées par l’autorité judiciaire, à la prévention de la récidive et à la sécurité publique dans le respect des intérêts de la société, des droits des victimes et des droits des personnes détenues. » Les missions des services comportent deux volets principaux que sont, comme leur nom l’indique, la probation et l’insertion. Cette double mission s’inscrit dans un objectif principal qui est la prévention de la récidive. En effet, l’aspect judiciaire a pour but de faire prendre conscience aux individus que leur comportement n’est pas adapté à la société et donc, qu’il ne faut pas le réitérer sous peine d’une nouvelle sanction plus importante. En parallèle, l’insertion des personnes joue un rôle primordial dans la prévention de la récidive.
Les CIP ont donc une double mission d’insertion et de probation. Ils accompagnent la personne dans l’exécution de sa peine et dans son insertion. Pour un CIP interrogé, il s’agit de « faire comprendre aux gens qu’ils ont une valeur pour la société, qu’ils peuvent l’intégrer quelque part, qu’ils peuvent reprendre leur place, trouver du travail et faire leur vie à peu près « normalement ». La probation, à côté, sert de cadre à tout ça [Professionnel 3] ».

Toutefois, certains anciens détenus interrogés ont fait part en entretien d’une forme de contrainte dans l’accompagnement proposé par les CIP : « on a des rendez-vous toutes les semaines pour suivre ce qu’on fait. C’est bien d’un côté car nous aide dans nos démarches mais parfois j’ai l’impression qu’ils nous surveillent. Moi si je suis sorti de la prison c’est aussi pour être tranquille, on a trop de comptes à rendre [Homme 3] ».

Ainsi, cet homme rejette parfois le cadre du SPIP qu’il perçoit comme une aide contrainte. A ce propos plusieurs auteurs ont traité de ce phénomène de la contrainte dans l’accompagnement social en s’interrogeant sur les vertus de la relation à travers ses traits de domination sur l’usager ou à l’inverse d’émancipation. Ainsi, le sociologue Michel Autes a évoqué une forme de normalisation dans les interventions sociales proposées aux usagers afin de les rendre adaptables aux exigences et normes de la société sans suffisamment prendre en compte les spécificités de chacun .
Cette théorie est cependant rejetée par la plupart des professionnels qui à l’inverse évoquent que le cadre est bénéfique pour les probationnaires comme pour eux. Il pose les limites du contexte dans lequel la relation s’inscrit. Comme l’explique le Directeur du SPIP : « Après, là-dedans, il y a tout un jeu de navigation. Ça n’empêche pas ni la bienveillance, ni le souci de l’autre, ni l’accompagnement. Au contraire même parce que c’est des bases sur lesquelles on s’appuie [Professionnel 6] ».

6 réponses à “Exemple de mémoire sur la réinsertion des anciens détenus”

  1. Bonjour,

    Je me permets de vous écrire, je suis en dernière année d’apprentissage en Suisse et j’ai un dossier à réaliser sur la question suivante : Comment faire entrevoir un avenir à des prisonniers de longue durée durant leur incarcération.

  2. Bonsoir, serait-il possible d’avoir votre aide pour l’écriture de mon plan pour mon mémoire je suis un peu bloqué.
    Ma question est la suivante: comment l’accompagnement durant la détention favorise elle l’insertion socio professionnelle à la sortie?
    Je vous remercie par avance

  3. Bonjour, votre site est très intéressant. Aussi, mon mémoire portera sur la réinsertion des anciens détenus.
    ma question de départ est: Quels sont les impacts de l’incarcération dans le processus de réinsertion des anciens détenus.
    pourriez vous m’aider dans la rédaction de mon plan, j’ai un peu de mal à le réaliser.
    Je vous remercie par avance

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