Une intervention sociale individuelle (ISI) par une conseillère en ESF dans un centre communal d’action sociale (CCAS)

Vous trouverez dans cet article un exemple d’une intervention sociale individuelle (ISI) réalisée par une étudiante CESF dans un CCAS.  Les étudiants en formation d’assistant social peuvent également s’inspirer de cet exemple dans le cadre du DC1 au DEASS.
Vous verrez que cette situation présente de multiples problématiques d’où l’intérêt de présenter une analyse rigoureuse comme l’a parfaitement fait cette conseillère en ESF.

Bon courage !

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L’ACCOMPAGNEMENT DE MME P DANS LE CADRE DE L’ISI EN CCAS

1    Des prémices de la demande de Mme P à l’EEI, au point de départ de mon accompagnement.

Madame P est suivie depuis deux ans par un conseiller pôle emploi de l’EEI dans le cadre du Projet Personnalisé d’Accès à l’Emploi (PPAE). Cette modalité d’accompagnement est obligatoire pour toutes les personnes inscrites à Pôle Emploi et permet de définir le projet professionnel tout en contractualisant des objectifs réciproques favorisant un retour à l’emploi.
Au cours d’un entretien avec son conseiller pôle emploi, Madame P a fait part de difficultés financières et de problématiques de santé qu’elle ne parvenait pas à résoudre. Face à ces éléments, le conseiller a proposé à Madame P une mise en relation avec la CESF de l’EEI afin d’évaluer la situation ainsi que les pistes de solutions pouvant être proposées. Madame P a accepté cette orientation et c’est dans ce contexte qu’a démarré mon intervention. En effet, ma référente de stage a obtenu l’accord de Madame P pour que j’intervienne auprès d’elle.

En conséquence, j’ai proposé à Madame P un premier rendez-vous dans le cadre de cette ISAP ce qui m’a permis de recueillir plusieurs éléments inhérents à sa situation sociale.

1.2    Recueil d’informations relatif à la situation de Madame P

Le premier rendez-vous s’est réalisé au sein des locaux de l’EEI. J’ai ainsi accueilli Madame P en me présentant en tant que CESF en formation. J’ai tout d’abord précisé à Madame P mon cadre d’intervention ainsi que la transmission d’information qui a été faite avec son conseiller pôle emploi. En effet, celui-ci m’a contacté à l’issue de son entretien avec Madame P afin de me clarifier les éléments qui lui semblaient utiles à la compréhension de la situation. Puis, j’ai proposé à Madame un échange relatif à sa situation globale afin de mieux cerner son environnement social et réaliser mon recueil de données.

 La situation personnelle

Madame P est âgée de 52 ans. Elle est célibataire et n’a pas d’enfants. Elle se dit très proche de ses trois sœurs et de son frère avec lesquels elle entretient des contacts réguliers. Surtout elle est en lien permanent avec sa mère âgée de 90 ans avec laquelle elle passe tout son temps libre à travers des activités culturelles ou de loisirs. Madame P explique que sa mère la soutient fortement et réciproquement.
Au regard des démarches administratives, Madame P dit ne pas rencontrer de difficultés et maitriser l’écrit et la lecture. Elle semble être autonome et soutient également sa mère lorsque celle-ci a des formulaires ou des documents à compléter.

La situation professionnelle

Madame P n’a aucun diplôme qualifiant et a mis fin à sa scolarité à l’issue du collège. A l’heure actuelle, elle exerce en qualité d’agent d’entretien en Contrat à Durée Indéterminée (CDI) à temps-partiel depuis 2004 dans une société prestataire de services d’entretien à domicile pour des particuliers. Auparavant, sa situation professionnelle était plutôt satisfaisante selon Madame P cependant en 2014 celle-ci a fait l’objet d’un licenciement car son ancien employeur a quitté la région. Cet évènement a été particulièrement déstabilisant pour elle surtout au niveau financier puisqu’il s’agissait de son principal contrat ce qui lui permettait de travailler près de 92 heures par mois.

La situation financière
 (Voir fiche budget ANNEXE 1)

Depuis son licenciement Madame P perçoit l’Aide au Retour à l’Emploi (ARE) d’un montant de 127 € en complément de son salaire net estimé à 425 €. Malgré le versement de l’ARE, sont budget a été fortement impacté par la perte d’un de ses employeurs puisque son salaire a baissé de 292 €. Depuis, elle explique avoir cumulé les retards de paiements engendrant un impayé locatif ainsi que des dettes auprès de son assureur automobile, du trésor public puisque Madame n’a pas honoré le paiement de la taxe d’habitation de 2015 ainsi que d’un rejet de prélèvement d’une échéance d’un crédit renouvelable souscrit en 2008. Après avoir calculé le reste à vivre de Madame il s‘avère que celui-ci est négatif puisqu’il est de  

Depuis que Madame est à temps-partiel subi elle dit manger tous les midis chez sa mère afin de réaliser des économies et s’alimenter très faiblement le soir avec des produits à faible cout qui ne sont pas, d’après elle, équilibrés.

La situation locative

Madame P est locataire d’un logement de type T2 chez un bailleur social. Le loyer résiduel est estimé à 305.05€. En parallèle, elle loue également deux garages chez le même bailleur dont le montant s’élève à 79.66 €. Elle fait l’objet d’un impayé locatif de 379.36 € correspondant à une mensualité du logement et des garages non honorée.

Face à cette situation et depuis la baisse de ressources de Madame P le bailleur a, à plusieurs reprises, proposé à Madame un logement de type T1 avec un loyer moins élevé que l’actuel. Cependant, Madame refuse catégoriquement cette alternative car selon elle un déménagement serait trop déstabilisant surtout qu’elle a ses repères et qu’elle se dit bien placée puisque sa zone d’habitation est résidentielle et pourvue de commerces de proximité. De même, elle explique que déménager risquerait de la confronter à des problèmes de voisinage tout en l’amenant à devoir se séparer des garages qu’elle loue. L’un sert à garer son véhicule tandis que l’autre fait office de lieu de stockage de meubles de famille qu’elle a hérités et dont elle ne souhaite pas se séparer. Elle invoque à ce propos une grande valeur symbolique de ce mobilier qui a une histoire à laquelle Madame P est particulièrement attachée.

La situation de santé

Madame P est malentendante et porte à ce titre une prothèse auditive. Elle est reconnue en situation de handicap par la Maison Départementale des Personnes Handicapées (MDPH) qui a déterminé un taux d’incapacité compris entre 59 et 79 %. Au niveau professionnelle Madame P a également la Reconnaissance en Qualité de Travailleur Handicapé (RQTH). Ces troubles auditifs ont été acquis au cours de son existence et diagnostiqués par un ORL qu’elle rencontre régulièrement. Ce spécialiste de santé a d’ailleurs constaté que les prothèses de Madame n’étaient plus adaptées à son état et qu’elle devait rapidement les changer. Cependant, celle-ci explique ne pas être en capacité de pouvoir financer ce changement de prothèse en raison du faible remboursement proposé par sa mutuelle privée et l’assurance maladie.

Par ailleurs, Madame dit souffrir de problèmes de genou du fait des conditions de travail pénibles caractérisées par la station debout constante et la répétition de gestes manuels et techniques inhérents à son emploi d’agent d’entretien. Les médecins ont ainsi préconisé une opération chirurgicale afin de soulager les souffrances de Madame P. Cependant, celle-ci a refusé les interventions car elle craint ne plus être en capacité de travailler et de subir à nouveau une baisse subite de ressource cette fois-ci non compensée. Aussi, elle dit renoncer à cette opération de peur que cette dernière l’empêche de pouvoir se déplacer et continuer à voir sa mère qui du fait de son âge et de son état physique est dépendante et en incapacité de sortir seule de son domicile.

L’intervention sociale individuelle ne peut être suffisamment complète sans une analyse de qualité car le plan d’action dépend du diagnostic qui a été posé

CESF en CCAS

2.3    L’analyse de la situation

Le premier entretien réalisé auprès de Madame ainsi que les échanges que nous avons eus m’ont permis de dégager plusieurs axes d’analyses permettant d’affiner l’évaluation de cette situation.

La problématique financière de Madame P :  Madame dispose de ressources limitées et d’un reste à vivre négatif notamment depuis son licenciement qui a déstabilisé son budget. Ainsi, elle a successivement fait l’objet de plusieurs dettes à différents niveaux qu’elle ne semble d’ailleurs pas en mesure de pouvoir apurer au regard de sa situation financière. Madame semble d’ailleurs également mise à mal dans son alimentation puisqu’en raison de ses ressources diminuées celle-ci explique ne plus s’alimenter correctement sauf lorsqu’elle se rend chez sa mère pour déjeuner. En conséquence, je pose l’hypothèse qu’il convient d’intervenir sur la situation financière de Madame en tentant d’explorer les solutions lui permettant de lui assurer des ressources plus conséquentes. En effet, si cette problématique budgétaire perdurait Madame pourrait être confrontée à davantage de créances avec des risques de saisie voire d’expulsion locative ce qui serait particulièrement préjudiciable à son évolution.
Ces risques et notamment ceux liés à l’alimentation et au logement auraient un impact sur l’identité sociale de Madame. En effet, plusieurs auteurs s’accordent à dire que l’incapacité de pouvoir assurer ses besoins primaires peut enrayer la possibilité d’épanouissement d’un point de vue identitaire. A ce titre Abraham Maslow a élaboré une pyramide des besoins qui met en lumière que la qualité de vie des individus dépend principalement d’une hiérarchie qui place la capacité de se nourrir et de se loger comme la base de l’accomplissement et de la réalisation de soi. En ce sens, soutenir Madame à ce niveau permettrait à celle-ci de ne pas s’enliser dans des difficultés morales pouvant l’amener à se retirer progressivement de toute forme de lien social.

L’émergence d’une usure professionnelle et les difficultés de maintien sur le poste actuel : Madame P a fait part d’un épuisement sur son poste depuis qu’elle souffre du genou. Il apparait que Madame P exerce le métier d’agent d’entretien depuis 30 ans ce qui l’a probablement exposée à une altération de sa situation de santé du fait des caractéristiques propres au métier d’agent d’entretien. En effet, celui-ci nécessite une cadence de travail soutenue cumulée à des gestes manuels et techniques répétitifs pouvant provoquer des traumatismes articulaires comme le démontre Madame P. Les apports de la psychologie du travail en matière d’usure professionnelle précisent que ce type de pathologie est qualifié de Troubles Musculo-Squelettiques (TMS). Ces TMS peuvent être la résultante d’une répétition de gestes courants qui ne sont pas dangereux dans la vie quotidienne mais qui peuvent être fortement dommageables lorsqu’ils sont réalisés de façon continuelle en situation de travail.
De ce fait, concernant Madame P il convient de prendre en considération cet aspect afin de pouvoir éviter des risques d’aggravation de son état de santé en explorant les possibilités de soutien lui permettant de se maintenir au travail. La problématique des séniors et de la désinsertion professionnelle est particulièrement prise en compte par les pouvoirs publics qui ont mis en œuvre plusieurs dispositifs permettant de pallier les effets de l’usure au travail. C’est pourquoi il apparait pertinent d’évaluer avec Madame P les possibilités qui existent pour la soulager sur le versant de l’emploi afin qu’elle puisse poursuivre son activité de façon adaptée.

L’aggravation des troubles auditifs : Madame P a rencontré un spécialiste qui a préconisé un changement de son appareillage auditif. Cependant, celui-ci représente un coût important que Madame P n’est pas en capacité d’assumer du fait de ses ressources fragilisées et d’un remboursement très faible proposé par sa mutuelle et l’assurance maladie. De ce fait, Madame P est contrainte à porter des prothèses inadaptées à l’évolution de son handicap auditif. Dans le cadre de l’accompagnement social, il convient de pouvoir apporter à Madame P un soutien lui permettant d’adapter son appareillage. En effet, si ses difficultés s’aggravaient Madame P risquerait d’être fortement impactée dans la poursuite de son évolution individuelle à différents niveaux et notamment relationnels et professionnels. A ce titre, la dernière campagne nationale de santé publique a mis en lumière lors de sa 19eme journée annuelle que la baisse de l’audition lorsqu’elle n’est pas traitée peut influencer la vie quotidienne des personnes. Ainsi, il apparait que ces dernières deviendraient plus irritables au travail, moins patientes et plus distantes avec leur entourage jusqu’à avoir tendance à s’isoler voire se marginaliser de la vie sociale. C’est pourquoi, me concernant, je serai soucieuse dans mon accompagnement de pouvoir soutenir Madame vers la recherche de solutions lui permettant de pouvoir financer son appareillage et maintenir son autonomie.

3    Le déroulement du plan d’aide

3.1    L’émergence d’un diagnostic et la négociation d’objectifs personnalisés

Pour ma part, à l’issue de la première rencontre avec Madame P j’ai pu mesurer plusieurs problématiques auxquelles elle était confrontée. J’ai ainsi proposé à Madame P un deuxième rendez-vous afin de contractualiser oralement plusieurs axes de travail permettant la résolution des difficultés qui ont été repérées. J’ai souhaité faire part à Madame P de mon analyse afin d’évaluer sa position concernant les aspects budgétaires, professionnels ainsi que ceux liés à sa santé. Lors de nos échanges, Madame P a verbalisé le fait qu’elle était plus apaisée car elle pouvait se projeter vers une amélioration positive de sa situation. Elle me disait à ce propos qu’elle n’avait pas songé un dénouement favorable de ses problématiques et qu’elle s’était profondément isolée et repliée sur elle-même face à celles-ci pour ne pas alerter son entourage. C’est pourquoi je lui ai proposé la construction de plusieurs objectifs en tenant compte de son rythme et de ses potentialités. En effet, Madame dispose de ressources personnelles permettant un étayage complet d’axes de travail car elle a démontré une autonomie face à la gestion de la vie quotidienne ainsi qu’une capacité de discernement vis-à-vis de sa situation globale.

3.2    Déroulement de l’accompagnement avec Madame P

L’intervention sociale réalisée avec Madame s’est déroulée sur une période de trois mois comportant cinq rendez-vous physiques ainsi que deux entretiens téléphoniques. En parallèle, j’ai fait part régulièrement des actions entreprises auprès de ma référente de stage qui m’a soutenue d’un point de vue technique en apportant un regard croisé sur la situation.


3.2.1    Le soutien alimentaire et l’aide à la résolution des difficultés financières


Madame avait évoqué lors du premier entretien une incapacité à s’alimenter de façon adaptée en raison d’un budget particulièrement fragilisé. C’est pourquoi j’ai tenu dans un premier temps à répondre à ce besoin en proposant à Madame P d’accéder à l’épicerie sociale qui existe au sein de la commune. J’ai ainsi expliqué à Madame P le fonctionnement de cette structure en mettant en avant que l’accès à l’aide alimentaire reposait sur la base d’un projet qui permettait de réaliser des économies permettant de ne pas aggraver la situation financière et de stabiliser le budget. Au départ, Madame P paraissait hésitante face à ma proposition et m’a fait part d’une réticence à l’idée de se rendre à l’épicerie sociale. En effet, elle craignait d’être stigmatisée et considérée comme précaire par les personnes chargées de l’accueillir ainsi que vis-à-vis des autres bénéficiaires. Me concernant, je lui ai tout d’abord démontré que j’entendais cette position mais que les professionnels exerçant dans cette structure étaient particulièrement bienveillants et que les personnes accueillies à l’épicerie sociale étaient dans une situation également complexe. Madame a finalement accepté que je réalise cette demande en me disant qu’elle allait surmonter ses appréhensions. Je lui ai ainsi demandé de m’apporter plusieurs justificatifs relatifs à ses ressources et à ses charges afin de présenter son dossier en commission. Madame P a très rapidement déposé ses documents à l’accueil du service ce qui dénote chez elle une forte capacité de mobilisation. J’ai ainsi réalisé cette demande que j’ai accompagnée d’un rapport social.
Dans une démarche éthique, j’ai tenu à informer Madame P que j’allais faire part de plusieurs éléments relatifs à sa situation afin d’argumenter ma demande. Ainsi, je lui ai fait lire mon écrit pour qu’elle puisse me donner son avis quant aux données que j’allais délivrer et qu’elle m’accorde la possibilité de les transmettre. A l’issue de la lecture du rapport Madame P n’a pas émis d’opposition.

Par ailleurs, Madame P faisait l’objet d’un défaut de paiement de son assurance automobile ce qui comportait d’important risques en continuant à conduire sans être assurée. A ce titre, Madame P m’a expliqué avoir connaissance que le défaut d’assurance était un délit pouvant engendrer un défaut de permis et une amende. J’ai confirmé ses dires en lui disant que dans ce cas-là elle aurait d’importantes difficultés à se rendre à son travail si son permis était suspendu mais surtout je lui ai également fait part de mes inquiétudes en termes de sécurité physique pour elle et les autres automobilistes. C’est pourquoi afin que Madame ne rencontre pas de telles difficultés je lui ai proposé de réaliser une demande d’aide exceptionnelle auprès du Centre Communal d’Action Sociale (CCAS) qui propose des soutiens financiers dans différentes situations de la vie quotidienne afin d’apurer cette créance. Madame a accepté que je fasse cette requête. J’ai ainsi utilisé les mêmes documents transmis lors de la demande d’épicerie sociale que j’ai joints au dossier avec un rapport social soulignant cette fois-ci la nécessité de soutenir Madame dans le paiement de son assurance automobile afin qu’elle ne risque pas une suspension de permis qui serait préjudiciable pour sa mobilité tout en mettant en évidence l’intérêt de cette assurance en cas d’accident de la route pour sa sécurité.  

De plus, nous avons également tenté de trouver une solution au regard de la dette locative de Madame P. Je lui ainsi proposé de contacter le bailleur social afin de trouver un arrangement amiable permettant l’apurement progressif de l’impayé. Madame P a rapidement démontré des signes d’anxiété à travers un paralangage expressif à ce niveau. Elle a ainsi verbalisé une forte appréhension à l’idée de contacter le bailleur et m’a demandé d’échanger directement avec lui. J’ai compris que cet acte était difficilement envisageable pour Madame qui avait honte de sa situation. J’ai d’abord tenu à la rassurer en lui expliquant que les accidents de vie pouvaient arriver à tous les individus et que le bailleur était à vocation sociale et de ce fait pouvait comprendre les difficultés de ses locataires. Puis, j’ai contacté en la présence de Madame le bailleur afin d’évaluer les pistes d’amélioration de la situation. Celui-ci m’a tout d’abord fait part d’une incompréhension car il avait à plusieurs reprises tenté de contacter Madame en vain. J’ai expliqué à la personne chargée du dossier locatif de Madame que celle-ci rencontrait des difficultés à faire face à cette situation mais qu’à présent elle était dans une optique de changement et de mobilisation. Le chargé de dossier m’a également alerté sur le fait qu’un rappel de charges d’un montant de 268 € était prévu dans la prochaine quittance de Madame J’ai ainsi sollicité un plan d’apurement permettant un remboursement progressif de la dette de Madame P en incluant cette régularisation de charges. Le professionnel a formulé un accord de principe compte-tenu du passif de cette dernière qui a toujours été constante dans ses paiements mensuels. Aussi, il a convoqué Madame à un rendez-vous afin de signer et de formaliser ce plan. A l’issue de cet échange téléphonique celle-ci m’a fait part d’un profond soulagement à l’idée que cet aspect de sa situation était résolue bien que des craintes subsistes face à la nécessité de rencontrer physiquement le bailleur.

3.2.2    L’accompagnement dans l’ouverture des droits et le financement de sa prothèse auditive

La situation financière de Madame a laissé apparaitre une possibilité d’accéder à des droits sociaux lui permettant d’améliorer sa situation globale. A ce titre, je lui ai fait part de la possibilité de réaliser une demande de prime d’activité auprès de la Caisse d’Allocations Familiales (CAF). Madame m’a dit qu’elle avait déjà pris connaissance de ce dispositif en pensant ne pas avoir droit de le cumuler avec l’ARE. Je lui ai ainsi exposé les principes de cette prime en expliquant qu’elle remplaçait le Revenu de Solidarité Active volet « activité » et permettait aux salariés disposant de ressources inférieures à un plafond fixé de pouvoir bénéficier d’un complément financier. Madame a ainsi réalisé en ma présence au sein du service une demande en ligne auprès de la CAF.
En parallèle, j’ai également constaté que Madame disposait d’une mutuelle privée pourtant au vu de ses ressources j’ai envisagé la possibilité pour elle de bénéficier de la Couverture Maladie Universelle Complémentaire (CMU-C). Lorsque j’ai fait part à Madame de cette possibilité celle-ci estimait, tout comme le précédent droit, ne pas pouvoir bénéficier de ce dispositif parce qu’elle travaillait. J’ai ainsi en sa présence parcouru le site Internet de l’assurance maladie afin de prendre connaissance des conditions d’accès. Nous avons constaté que la CMU-C était versée sous conditions de ressources et que pour une personne seule il ne fallait pas avoir perçu plus de 8653 € au cours des douze derniers mois. Madame a rapidement confirmé le fait que ses ressources ne dépassaient pas le montant fixé. Ainsi, j’ai imprimé le formulaire de demande que j’ai confié à Madame P qui m’a confirmé qu’elle allait le remplir et le transmettre à l’organisme compétent.

Par ailleurs, nous avons également exploré les possibilités de financement de la prothèse auditive de Madame et grâce aux conseils de ma référente j’ai appris qu’un organisme à savoir l’AGEFIPH pouvait aider au financement de cet appareillage. J’ai ainsi contacté Madame afin de faire part de cette possibilité en lui confiant le dossier de demande d’aide qui s’intitule « demande d’intervention ». Ce dernier est à remplir par Madame P ainsi que par son employeur déjà informé de cette situation puisque Madame est Reconnue en Qualité de Travailleur Handicapé (RQTH). En parallèle, Madame a également dû se rendre dans une société qui fournit ce type de prothèses afin de demander un devis à joindre au dossier à transmettre à l’AGEFIPH. En parallèle, une demande d’étude de la situation de Madame a été transmise à la MDPH au regard des problèmes de genou et l’évolution de la santé auditive de Madame ce qui laissait présager d’après le spécialiste de santé une évolution du taux d’incapacité de Madame déterminé à l’heure actuelle à moins de 79 %. Ce dossier a été complété par Madame et transmis à la MPDH accompagné des comptes rendus médicaux des différents spécialistes qui gravitent autour d’elle.
Enfin, j’ai également échangé avec Madame P de son maintien à l’emploi qui semblait devenir de plus en plus problématique en raison de ses difficultés liées à ses troubles du genou et de la nécessité de réaliser une opération chirurgicale. Elle m’a expliqué à ce propos qu’elle avait conscience qu’elle forçait sur son état de santé mais qu’elle ne pouvait pas envisager ne plus travailler ou être arrêtée pour maladie. A titre préventif je lui ai tout de même conseillé de réfléchir et de contacter si elle le souhaite la médecine du travail qui pourrait l’informer de ses possibilités de maintien à l’emploi ainsi que des solutions qu’elle avait à sa portée notamment en termes d’adaptation et de réaménagement du poste de travail.

4    L’évaluation de l’accompagnement de Madame P et la passation avec la CESF de l’EEI

A l’issue de ces trois mois d’accompagnement j’ai pu constater plusieurs évolutions dans la situation de Madame. En effet, à la fin de mon stage j’ai proposé à Madame P un rendez-vous tripartite avec ma référente afin d’assurer la passation et lui présenter la professionnelle qui sera dorénavant son soutien dans la poursuite de l’intervention sociale.
Tout d’abord la demande d’épicerie sociale a été acceptée par la commission ce qui a permis à Madame d’obtenir un accès de quatre mois à l’aide alimentaire. Celle-ci m’a fait part d’une forte satisfaction aussi bien concernant les professionnels qui l’ont accueillie que vis-à-vis des denrées alimentaires qu’elle pouvait s’y procurer. A ce titre, j’ai cherché à savoir comment Madame P s’alimentait et celle-ci a mis en évidence une alimentation beaucoup plus équilibrée qu’auparavant et qui repose en grande partie sur des fruits et des légumes. A ce propos, elle me disait même apprécier cuisiner et inviter ses proches ce qui lui semblait inconcevable antérieurement. Quant à la demande d’aide exceptionnelle transmise au CCAS, celle-ci a été favorable et la somme a été transmise directement à l’assureur.
Concernant l’impayé locatif dont Madame faisait l’objet, celle-ci s’est rendue comme convenu au rendez-vous fixé par le bailleur qui a proposé un plan d’apurement d’un montant de 35 euros afin de ne pas davantage déstabiliser le budget. A ce titre, je me suis rendu compte en fin d’accompagnement que j’aurais pu proposer une demande d’aide financière auprès de la commission du Fonds de Solidarité Logement volet « maintien » afin d’apurer la dette sous la forme d’une subvention ou d’un prêt remboursable. J’ai fait part de ces éléments à ma référente qui m’a expliqué que cette instance exigeait la mise en place d’un plan d’apurement et la reprise du paiement du loyer pendant au moins trois mois avant d’étudier le dossier ce qui n’était pas le cas lors du démarrage de l’intervention. La demande va tout de même être faite par ma référente afin de demander l’apurement de la somme restante.
Quant à la demande d’intervention financière formulée à l’AGEFIPH cumulée aux remboursements opérés par la mutuelle et l’assurance maladie ont permis de prendre en charge l’intégralité de l’appareillage auditif de Madame ce qui l’a profondément soulagée.
Enfin, les demandes de prime d’activité et de CMU-C ont également été acceptées par les administrations compétences. Au moment de mon départ, je ne connaissais pas le montant de la prime mais celle-ci cumulée à la suspension du paiement de la mutuelle du fait d’une prise en charge intégrale laisse présager une amélioration sensible de la situation financière de Madame.

CONCLUSION DE L’INTERVENTION SOCIALE INDIVIDUELLE (ISI)

Cette ISI m’a permis d’appréhender une situation qui nécessitait un traitement global et multidimensionnel des problématiques à traiter. Pour ce faire, j’ai avant toute action concrète tenté d’instaurer une relation d’alliance puis de confiance avec Madame P. En effet, face aux difficultés alimentaires et financières cumulées à un état de santé préoccupant j’ai tenu à démontrer à Madame P que mon intervention reposait sur un soutien aussi bien moral que technique. La posture que j’ai ainsi engagée a permis une forte adhésion de celle-ci tout au long de l’intervention. Pour ma part, j’ai à ce titre pu réfléchir quant à la posture que je souhaitais engager et j’ai saisi l’intérêt d’avancer au rythme de l’usager en recueillant ses craintes afin qu’il puisse déconstruire ses représentations. J’ai pu m’initier à ce type de modalités d’interventions notamment lorsque Madame n’a pas souhaité immédiatement se confronter à l’épicerie sociale ou au bailleur. J’ai saisi qu’il serait contre-productif d’insister et qu’il était préférable de se positionner de façon empathique afin qu’elle seule puisse entrevoir l’intérêt de telles actions. Enfin, cet ASI m’a également donné l’opportunité, d’un point de vue des connaissances, de développer mes savoirs vis-à-vis des institutions et des politiques sociales mises en œuvre dans le champ du handicap et de l’insertion professionnelle.

Une réponse à “Une intervention sociale individuelle (ISI) par une conseillère en ESF dans un centre communal d’action sociale (CCAS)”

  1. je suis intéressé et j’aimerais recevoir vos écrits sur les sujets attenants au travail social

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