CESF : un exemple d’asi au rapport de stage DPP

Vous m’avez souvent demandé en privé comment il était possible de rédiger intégralement un ASI lorsque celle-ci figure dans le rapport de stage. C’est chose faite : je vous propose un exemple d’une intervention sociale d’aide à la personne rédigée par une étudiante CESF qui a obtenu une excellente note à son jury DC2.

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Vous rencontrez des difficultés à rédiger vos situations sociales individuelles ou collectives ? votre mémoire ? vos soutenances orales ? N’hésitez pas à me contacter par téléphone ou par mail pour qu’on élabore ensemble un plan de travail permettant de réussir à valider votre Diplôme d’Etat CESF (DECESF)

Méthodologie, exemple et correction de l'ASI au DECESF
Accompagnement à destination des étudiants en travail social

Bon courage et bonne lecture !

EXEMPLE D’UN ASI EN CHRS AU RAPPORT DE STAGE DECESF

Dans le cadre de cet écrit, j’ai fait le choix de vous présenter la situation sociale d’une famille que j’ai accompagnée durant mon stage de troisième année. Celui-ci s’est déroulé auprès d’une CESF de novembre 2011 à avril 2012 au sein d’un centre d’hébergement et de réinsertion sociale (CHRS).

I Cadre et spécificités du site qualifiant

 L’article l.312-1 du Code de l’Action Sociale et des Familles (CASF) prévoit que sont des établissements sociaux et médico-sociaux : « Les établissements ou services comportant ou non un hébergement, assurant l’accueil, notamment dans les situations d’urgence, le soutien ou l’accompagnement social, l’adaptation à la vie active ou l’insertion sociale et professionnelle des personnes ou des familles en difficulté ou en situation de détresse ».
Par ailleurs, le CHRS s’est mis en conformité avec les obligations de la loi 2002-2 en instaurant un certain nombre d’outils tels que le livret d’accueil, le règlement de fonctionnement, le contrat de séjour et le conseil de la vie sociale. Enfin, la structure procède à une autoévaluation régulière de son fonctionnement via la mise en place d’un audit interne.
La structure était à son ouverture, en novembre 2002, un centre d’hébergement d’urgence simple (CHUS) pour familles. Depuis 2007, le centre est devenu un CHRS. Sa vocation première est d’offrir un hébergement adapté à des familles en situation de précarité. Aujourd’hui il accueille seize familles soit 65 personnes. L’orientation vers le CHRS passe désormais par le Service Intégré d’Accueil et d’Orientation (SIAO). Le centre est ouvert 24 heures sur 24 chaque jour de l’année. Il se situe dans une ville particulièrement desservie en transports en commun, ce qui facilite le déplacement des résidents. Les résidents sont hébergés dans des appartements individuels, toutefois, la laverie et la cuisine sont collectives et peuvent être utilisées selon des horaires fixes et un planning établi pour chacun. Dans le cadre de leur hébergement, les familles s’acquittent d’une participation financière à hauteur de 20 % de leurs ressources. Aussi, un prestataire assure la livraison de repas proposés lors du petit déjeuner et du diner. Les résidents ont accès à ce service à condition que la nourriture soit consommée dans la salle de restauration collective et non à domicile, pour des raisons de sécurité et d’hygiène. L’équipe se compose d’une directrice, d’un chef de service, d’une secrétaire, d’une assistante de service social et de six auxiliaires de vie. Les bureaux de ces professionnels sont situés au premier étage du CHRS.
La CESF propose un accompagnement global des familles à travers des interventions individuelles et collectives en lien avec les partenaires sociaux et médico-sociaux. Il s’agit de rédiger un projet personnalisé annexé au contrat de séjour, qui est élaboré conjointement avec chaque usager dès son admission et renouvelé tous les six mois. Il pour but de définir avec lui les objectifs de son hébergement et de l’accompagnement social.

II Énoncé de la situation

1 Origine et nature de la première rencontre

J’ai rencontré la famille quelques jours après mon arrivée en stage avec la présence de la CESF du CHRS. Nous nous sommes entretenus avec le couple au sein de leur domicile afin de me présenter et d’expliquer mon rôle en tant que stagiaire. Aussi, nous leur avons proposé que je devienne leur référent dans l’accompagnement social pour que je poursuivre avec la famille les objectifs fixés lors de son arrivée au centre.

2 Le recueil de données

Ces informations ont été recueillies lors des entretiens et des visites à domicile menés avec la famille. Par ailleurs, le dossier social du couple a également été consulté avec son accord afin d’obtenir davantage de précisions.

A La situation familiale, administrative et financière

Monsieur W, âgé de 22 ans, est né en 1989 au Cap-Vert.
Madame J, âgée de 19 ans, est née en 1992 à Paris.
Enfants : Joël, âgé de 3 ans, est né en juillet 2009 à Paris
Ana, âgée de 7 mois, est née en aout 2011 à Paris.

Monsieur, de nationalité cap verdienne, est arrivé en France en 2003 à l’âge de 13 ans. Il vivait auparavant au Cap-Vert (son pays d’origine) chez sa grand-mère avec qui il continue de garder des liens forts. En effet, depuis son départ, il n’y est plus retourné. Il détient un récépissé renouvelé pour une période de cinq mois jusqu’à son prochain rendez-vous à la préfecture le 19 avril. Cette situation administrative s’explique par le fait que, depuis son arrivée sur le territoire, Monsieur n’a pas réalisé les démarches nécessaires à sa régularisation.  Madame et les deux enfants sont, quant à eux, de nationalité française. Leurs ressources s’élèvent à 855 € au titre du revenu de solidarité active « socle » calculé pour Madame et les enfants. Monsieur est exclu du dispositif par la Caisse d’Allocations Familiales (CAF) car il n’a pas de titre de séjour.

B Du parcours d’errance du couple à la stabilisation familiale au sein du CHRS

Monsieur et Madame se sont rencontrés en 2007 par l’intermédiaire d’un ami commun. Ces derniers vivaient chacun chez leurs parents respectifs. Ceux de Madame étant divorcés, elle a préféré rester chez son père avec qui elle entretenait des rapports moins conflictuels. Monsieur, quant à lui, vivait avec sa mère, sa petite sœur et son beau-père. Il n’a pas de contact avec son père resté au Cap Vert qu’il a d’ailleurs peu connu. En effet, celui-ci s’est remarié quelques mois après sa naissance. En 2009, le père de Madame a été expulsé de son appartement et est contraint de vivre chez ses parents. Madame n’a pas été accueillie favorablement par ses grands-parents et a préféré aller vivre chez la mère de son petit ami. La situation entre le jeune couple et la mère de Monsieur se dégradant, ces derniers ont été contraints de quitter le domicile. D’abord recueillis par des amis, ils se sont rapidement retrouvés à la rue. Alors que Madame était enceinte de Joël, elle a pu être hébergée avec Monsieur chez son grand frère. Cependant, cette solution a été négociée jusque la naissance de l’enfant, le couple rencontra alors un assistant de service social de secteur afin d’être aidé dans sa recherche de logement ou d’hébergement. Par ailleurs, une aide éducative en milieu ouvert a été ordonnée par le Juge des enfants suite à une enquête réalisée par l’assistant de service social qu’a rencontré le couple. Ce professionnel a, en effet, évalué, chez les futurs parents, des difficultés à se projeter dans leur fonction parentale en raison du contexte d’instabilité locative et d’errance qui était de nature à compromettre l’intégrité morale et physique de l’enfant. Dès la naissance de Joël, la famille a été logée dans un hôtel en juillet 2009. Puis, en avril 2011, le couple et l’enfant sont orientés vers une studette en résidence sociale. Mais ce logement, ne pouvant accueillir le deuxième enfant du couple, Ana, car prévu pour trois personnes, la famille intègre le CHRS en juillet 2011 sur rapport social de l’assistant de service social de secteur.

C Le couple au regard de la scolarité et de l’emploi

Madame a achevé sa scolarité en 2008 à l’issue de la classe de troisième sans avoir obtenu le brevet des collèges. Elle a, par la suite, été accompagnée par la mission locale de son secteur. Au bout de quelques mois, elle n’a plus honoré ses rendez-vous avec la conseillère. Madame est restée plus d’un an sans avoir exercé d’activité professionnelle ou entamé de démarches l’amenant vers une formation. Suite la naissance de son fils Joël, celle-ci a souhaité accéder à un emploi afin d’améliorer le quotidien précaire de la famille. Elle a trouvé celui d’hôtesse de caisse dans un fast-food. Au bout de trois mois d’activités elle abandonne le poste, n’y trouvant pas satisfaction. Depuis, Madame est sans emploi. Elle souhaite s’inscrire en classe de CAP esthétique-cosmétique pour septembre 2012. Sa passion pour ce secteur l’amène, en effet, à vouloir se former pour ne plus exercer de métiers qui ne lui conviendraient pas.
Quant à Monsieur, à son arrivé en France, il a intégré le collège en classe d’accueil pour enfant venant de l’étranger. Il a ensuite poursuivi sa scolarité en CAP dans le domaine de la carrosserie en 2007. Mais au regard des tensions fréquentes entre son beau-père et lui, Monsieur a arrêté sa formation en deuxième année de CAP afin de travailler de façon dissimulée dans divers chantiers. Le dernier emploi que Monsieur a occupé date de mars 2010. Il a exercé en tant que carrossier dans un garage durant cinq mois, toujours de façon dissimulée. A l’heure actuelle, il exprime avec insistance vouloir reprendre sa formation de CAP Carrosserie pour septembre 2012 et, de façon récurrente, il revient sur la nécessité pour lui de travailler et d’être autonome. Il invoque à cet égard le fait qu’il veuille prouver aux autres qu’il est en capacité d’être indépendant, que c’est « une question d’honneur et de revanche par rapport aux moqueries qu’il a subies de la part de certains de ses proches ». Son projet d’insertion professionnelle, au-delà d’améliorer le quotidien familial, permettrait à Monsieur de pouvoir financer un voyage au Cap-Vert. En effet, il me confiait régulièrement le désir d’y retourner afin de présenter sa compagne et ses deux enfants à sa grand-mère. Enfin, le couple évoquait fréquemment des difficultés au niveau de la maitrise écrite et orale du français et s’empêchait certains projets à cause de cela.

D L’isolement ressenti par Madame

Madame m’a exprimé le souhait de s’inscrire dans des activités en dehors du CHRS pour ses enfants ainsi que pour elle-même Elle me demanda s’il existait des cours à tarifs réduits de danse moderne qu’elle a pratiquée durant son enfance. Elle m’a aussi expliqué qu’elle n’a pas l’occasion de mener une vie sociale enrichissante, ses seules sorties étant liées aux démarches administratives.
Madame regrettait également le fait que son compagnon soit régulièrement à l’extérieur du domicile avec ses amis. Monsieur est, en effet, inscrit dans un club de football et fait partie d’un groupe de rap. Elle me rapporta s’occuper de façon continue de ses deux enfants et évoquait fréquemment une impression de ne plus vivre comme les autres femmes de son âge. En ce qui concerne la vie dans le CHRS, j’ai pu constater que Madame était peu visible et qu’elle ne participait pas aux actions collectives mises en place contrairement à Monsieur qui s’investit de façon active à celles-ci. Aussi, midi et soir Monsieur cuisine les repas familiaux et s’occupe du linge. Enfin, il est régulièrement à l’extérieur avec Joël.

E Les relations intrafamiliales

Lors des visites à domiciles que j’ai réalisées, Madame était régulièrement débordée par son jeune garçon qui, chahutant, l’empêchait de pouvoir me répondre. Il s’exprimait bruyamment et Madame n’arrivait pas obtenir le calme, cela à chaque entretien. Aussi lorsque celui-ci la sollicitait elle ne prêtait pas forcément attention à la demande de l’enfant. Ses manifestations et ses cris montaient en puissance et devenaient « insupportables » selon Madame. Du reste, elle me confiait que l’attitude de Joël est parfois « très difficile à gérer » et qu’elle est souvent « à bout ». Parallèlement à cela, elle ne se séparait jamais d’Ana et était attentive à ses besoins.
Quant à Monsieur, il m’expliqua qu’il n’est pas à l’aise lorsqu’il est seul avec sa fille car il la perçoit fragile et craint de mal s’occuper d’elle. Enfin, le couple me confiait ses difficultés à endormir Joël qui, d’ailleurs, n’acceptait pas de se coucher sans la présence de son père. D’après Madame, le jeune garçon avait peur du noir et uniquement la présence du père parvenait à le rassurer.   

III Evaluation-Diagnostic

La situation globale du couple est probablement la résultante d’un manque de repères éducatifs et de carences affectives liés à des modèles familiaux instables et par des moments défaillants que Monsieur et Madame ont connus durant leur enfance et adolescence.

1 Analyse des problématiques en lien avec l’histoire familiale

A partir des éléments recueillis, j’ai pu identifier trois problématiques que rencontre la famille à savoir :

A Les difficultés dans la mise en œuvre de la fonction parentale

J’évalue que le couple entretient des relations paradoxales. Aussi bien Madame que Monsieur témoigne l’un pour l’autre d’un fort attachement. Ensemble, ils ont, en effet, traversé des moments particulièrement éprouvants. Ils sont parvenus à les surmonter alors que beaucoup de couples auraient pu céder face aux difficultés rencontrées. Parallèlement, je perçois une solitude de chacun pris dans sa problématique et une difficulté de coopération et d’organisation mutuelles. En effet, dans le concret et le quotidien il y a des non-dits et des frustrations de la part de Madame qui les amènent à passer par ma fonction de médiateur.
Je m’interroge également quant à la distribution des rôles parentaux auprès de chacun des enfants car les relations me paraissent particulièrement clivées. Monsieur est, en effet, constamment avec Joël et Madame auprès d’Anna, avec laquelle elle semble d’ailleurs entretenir un lien fusionnel accentué par l’absence de modes de garde qui l’empêche de pouvoir vaquer à d’autres occupations que son rôle maternel. Ce fonctionnement parental binaire, s’il devait se poursuivre, risquerait à terme d’empêcher les autres liens parentaux (Monsieur et Ana et Madame et Joël) de s’épanouir et aggraverait les blocages en présence entre le père et sa fille et la mère et son fils.
Concernant Madame, ses difficultés s’expliquent sans doute par le besoin plus ou moins conscient de compenser et de rattraper ce qu’elle n’a pas pu mettre en œuvre auparavant avec le jeune garçon. En effet, Madame à éduquer Joël dans un contexte difficile, d’errance en hôtel social ce qui la conduit, à présent, à «surprotéger», selon ses dires, la petite dernière au détriment de son fils. A l’heure actuelle, la stabilité ressentie au sein du CHRS permettrait à Madame de s’investir davantage dans sa relation avec Joël.

B L’isolement social de Madame

La frustration de Madame par rapport à son manque de sorties et d’ouvertures vers l’extérieur peut s’expliquer, d’une part, par le souhait d’établir des interactions sociales avec son environnement extérieur. D’autre part, le fait qu’elle ait eu des enfants en étant adolescente exacerberait l’impression d’être passé à côté de sa jeunesse, à un âge où je peux supposer que sa construction identitaire qui conduit à l’âge adulte n’était pas achevé.

C L’insertion professionnelle du couple

La place très importante qu’occupe l’insertion professionnelle dans la demande de Monsieur s’explique, selon moi, par un besoin important de restauration identitaire. Celle-ci a été mise à mal par un père et une mère évanescents qui ne lui ont pas permis de se construire, hormis dans un parcours d’abandons et d’errance. Par ailleurs, le fait qu’il souhaite, coûte que coûte, privilégier sa cellule familiale est certainement un moyen de conjurer ce passé fait de ruptures familiales qu’il ne désire plus connaitre. Toutefois, l’absence de diplômes et d’expériences déclarées ainsi que sa situation administrative risquent d’être des freins non négligeables à son insertion professionnelle bien qu’elle ne soit pas impossible car avec son récépissé renouvelable Monsieur peut espérer, à terme, une régularisation.

Concernant Madame, son choix professionnel semble être lié à une passion qu’elle a depuis toute jeune. Toutefois, j’évalue qu’il s’agit avant tout pour elle de pouvoir aller vers l’extérieur et l’emploi pourrait être une opportunité parmi d’autres. En effet, je pose l’hypothèse que l’insertion professionnelle n’est pas la priorité de Madame et qu’il convient d’explorer avec elle d’autres pistes amenant à un lien social vers l’extérieur tout en n’occultant pas son souhait de reprendre une activité professionnelle.

IV La construction du projet d’intervention

Durant ces cinq mois d’accompagnement, j’ai rencontré séparément Monsieur six fois et Madame huit fois. En parallèle, j’ai mené quatre entretiens avec tous les membres de la famille.
Les objectifs de travail ont été construits conjointement avec le couple en tenant compte de leur rythme et de leur demande. A la fin de chaque entretien nous avons négocié tous les axes de travail et je les ai impliqués en leur expliquant ce que je leur confiais comme démarches et ce que je réalisais moi-même de mon côté. Les différentes actions ont été formalisées dans le projet personnalisé de la famille qui est annexé au contrat de séjour. Ces documents ont été signés par le couple en présence du chef de service et moi-même dans le cadre de leur renouvellement d’hébergement qui a lieu tous les six mois.

1 Le projet personnalisé établi en accord avec le couple

L’axe soutien à la parentalité : il s’agissait de mener un travail en complémentarité avec la référente qui accompagne la famille dans le cadre de l’AEMO afin de soutenir le couple dans sa fonction parentale.
L’axe restauration du lien social : il était convenu d’aider Madame à rompre son isolement grâce à la recherche conjointe d’activités à l’extérieur
L’axe insertion professionnelle : ce dernier axe s’est traduit par la recherche de formations qualifiantes et d’emplois temporaires en lien avec les projets du couple

2 La mise en œuvre des actions

Au regard du travail mené en complémentarité avec la référente de la famille chargée de la mesure AEMO : Il m’a semblé pertinent de proposer à la famille ainsi qu’à leur référente AEMO que nous nous réunissions afin d’envisager, de façon concertée, des solutions quant aux différents problèmes rencontrés par le couple et Joël. Aussi, j’ai proposé dans un premier temps l’aménagement d’un espace de jeux dans la chambre de l’enfant. Ce dernier a pu investir cette pièce ce qui lui a permis, d’une part, d’avoir ses repères dans ce nouvel espace. D’autre part, ce nouvel agencement a donné l’opportunité aux parents de retrouver des moments calmes et d’échanges entre adultes dans le salon.
Dans un deuxième temps, concernant les difficultés de Joël à s’endormir le soir nous avons échangé avec le couple de la manière d’instaurer un rythme au jeune garçon. Je leur ai demandé ce qu’il semblerait pertinent de mettre en œuvre pour améliorer cette situation et Madame a réagi en expliquant qu’elle allait à présent tenter de réveiller plus tôt l’enfant et l’amener à faire une sieste en début d’après-midi. Aussi, le couple a équipé la chambre de Joël d’une veilleuse afin qu’il s’endorme plus facilement la nuit, sans la présence de son père. Le passage à ce nouveau rythme s’est réalisé par étape tout au long de l’accompagnement.
Par ailleurs, Joël, qui a plus de trois ans et qui n’a pas de contacts réguliers avec l’extérieur et les enfants de son âge, montre un grand intérêt aux personnes qu’il rencontre et communique facilement avec l’équipe du CHRS. J’ai ainsi discuté avec le couple d’une façon d’amener le jeune garçon vers plusde relations en dehors de la structure. J’ai proposé une inscription à la maternelle pour la rentrée 2012. Madame s’est montrée enthousiaste contrairement à Monsieur qui semblait plus réticent à l’idée de ne plus s’occuper de Joël les journées. J’ai compris que Monsieur appréciait passer du temps avec son fils et je lui ai expliqué que dans une optique de socialisation de l’enfant il paraissait important qu’il soit scolarisé. En parallèle, j’ai mis en avant le fait que s’il souhaite reprendre un emploi, cette scolarisation permettrait de dégager du temps au couple pour diverses démarches. Finalement, Madame et Monsieur ont compris l’intérêt pour Joël d’être scolarisé et ont entrepris les démarches à la mairie du quartier pour inscrire l’enfant. Au cours de l’accompagnement, Madame s’est rendue à la Protection Maternelle et Infantile (PMI) afin de réaliser un vaccin pour Ana. Elle y a vu une affiche proposant des ateliers créatifs entre parents et enfants mais n’a pas osé demander davantage de renseignements aux professionnels de l’institution. Evaluant la pertinence de ce choix et des effets positifs qui pouvaient en découler, j’ai ainsi proposé à Madame que nous prenions ensemble contact avec la PMI pour obtenir plus d’information concernant cette activité. Elle s’y est finalement rendue avec Monsieur et les deux enfants.

Enfin, nous nous sommes réunis une dernière fois avec la famille et leur référente chargée de l’AEMO afin de faire un bilan de sa situation. Le couple a exprimé une satisfaction et une amélioration du quotidien. En effet, Joël dort seul et à des heures fixes à présent. Par ailleurs, l’aménagement d’une zone de jeu et d’un espace calme au sein de la chambre a permis à l’enfant d’y trouver ses marques et de considérer cette pièce comme la sienne.

Concernant la rupture de l’isolement de Madame : J’ai discuté avec Madame de ce que j’ai évalué concernant la solitude qu’elle ressentait et le souhait souvent évoqué de mener des activités seule et avec ses enfants. J’ai entrepris avec elle un important travail d’écoute et de soutien avant toute action concrète. En effet, j’ai préféré instaurer une relation d’alliance et d’échange afin de mieux cerner ses attentes et qu’elle se sente en confiance. Conformément à ses souhaits nous avons cherché ensemble des activités susceptibles de l’intéresser. Madame a ainsi contacté dans un premier temps le centre social du quartier qui propose différentes activités familiales ou pour personne seule et dans un second temps, un salon de beauté « social » qui propose des ateliers de coiffure, de relooking et de maquillage aux femmes en difficulté. Suite à cela, j’ai aidé Madame à constituer le dossier d’inscription au centre social et rédigé un rapport social qui a été apporté au salon de beauté. Madame n’envisageait pas de se rendre avec les deux enfants aux deux structures. Je lui ai ainsi proposé de s’y présenter avec Joël et de laisser Monsieur s’occuper d’Ana. Cela permettrait de rompre le mode de fonctionnement instauré par le couple quant à la répartition de la présence auprès des enfants. Monsieur était satisfait de ce procédé, en revanche, Madame a émis plus de réserves et semblait avoir du mal à faire confiance à son compagnon par rapport à la petite Ana. Elle me confia qu’il n’avait pas l’habitude des enfants en bas âges et qu’il ne saurait pas réagir si un incident survenait. J’ai rassuré Madame en lui rappelant que l’équipe du CHRS était présente au premier étage de l’immeuble et qu’en cas de difficulté Monsieur pouvait faire appel à nous. En parallèle, Monsieur affirmait être en capacité de s’occuper d’Ana. Madame s’est sentie rassurée et a finalement décidé de se rendre avec Joël au centre social pour s’inscrire à différentes activités. Madame et Ana ont ainsi participé à des cours de bébés nageurs. Monsieur s’y rendait ponctuellement avec Joël. De plus, Madame a repris une activité de danse et s’y rend une fois par semaine. Monsieur gardait pendant ce temps les deux enfants. Une semaine avant la fin de mon stage, Madame m’a rapporté qu’elle a pu se constituer un réseau amical au cours de ses participations aux ateliers proposés par la PMI et qu’elle a entamé, sur mes conseils, des démarches d’inscription à la crèche pour septembre 2012. En effet, il existe un partenariat entre le CHRS et la crèche qui est située dans la même rue que la structure. En conséquence, un nombre limité de places est réservé chaque année aux enfants résidant au sein du centre.
Finalement, Madame a souhaité qu’Ana aille à la crèche quelques demi-journées par semaine afin de permettre à l’enfant de se construire et de se structurer tout en se dégageant du temps pour mener des activités extérieures ou s’organiser dans ses démarches administratives.
Par rapport à l’insertion professionnelle du couple : j’ai dans un premier temps exploré avec Monsieur les secteurs dans lesquels il voulait exercer. Il m’a exprimé le souhait de reprendre le CAP Carrosserie arrêté il y a quatre ans. J’ai ainsi recherché avec lui les coordonnées de plusieurs Centre de Formation pour Apprentis (CFA) proposant ce diplôme. Après une première prise de contact téléphonique réalisée par Monsieur il s’avère que son dossier devait comporter un CV et une lettre de motivation. Je l’ai ainsi soutenu dans l’élaboration de ces deux documents. Je lui ai en effet demandé de m’apporter une première ébauche de sa candidature que nous avons améliorée ensemble. Par la suite, Monsieur s’est rendu dans différentes journée portes-ouvertes afin de récupérer les dossiers d’inscription, d’y joindre le CV, la lettre de motivation et de les transmettre aux CFA. Monsieur n’a pas eu besoin de mon aide et a souhaité faire ses démarches seul. Il m’a simplement formulé le souhait que j’y apporte un dernier regard avant d’envoyer tous les papiers. Par ailleurs, j’ai proposé à Monsieur une inscription à la Mission Locale du secteur afin d’être soutenu dans son insertion professionnelle. Cette structure dispose, en effet, de contacts et partenaires privilégiés dans le domaine de l’emploi. Aussi, les professionnels de la Mission Locale ont à disposition un réseau important de professionnels « parrains » pouvant proposer une première expérience aux jeunes. Monsieur s’est vu accordé un rendez-vous avec une conseillère à l’emploi Il semblait satisfait à l’issue de l’entretien. Lors du deuxième rendez-vous, la conseillère lui a proposé des missions ponctuelles et rémunérées dans le domaine du bâtiment et de la mécanique qu’il a acceptées. Toutefois, sa conseillère m’a contacté au cours du mois d’avril pour me demander pourquoi Monsieur ne s’était pas rendu aux rendez-vous fixés avec elle. J’ai contacté ce dernier pour éclaircir cette situation et lui demander ce qui le freinait. Il m’a expliqué qu’il a eu une mauvaise expérience avec un de ses employeurs proposés par la Mission Locale qui l’aurait traité de « bon à rien » ce qui l’a particulièrement atteint et qu’il ne souhaitait pas, pour l’instant, être à nouveau suivi par la Mission Locale. Il préférait « se débrouiller tout seul » me disait-il.

Avec l’accord de Monsieur, j’ai contacté sa conseillère à l’emploi afin de lui clarifier la situation. Celle-ci m’a expliqué, concernant l’incident avec l’employeur, que Monsieur arrivait souvent en retard ce qui a contraint son patron à ne pas donner suite au contrat. Elle m’a également confié que, depuis, Monsieur multipliait les retards et les défauts de présentation auprès d’elle. Ce dernier m’expliqua finalement qu’il comptait plutôt sur les CFA qu’il a démarchés.
A la fin de l’accompagnement Monsieur a eu plusieurs entretiens dans le cadre de son entrée en CAP. Ces derniers se sont avérés concluants à condition qu’il trouve un maitre d’apprentissage. Toutefois et malgré mon attitude de remobilisation, Monsieur n’a pas engagé de démarches dans ce sens. Enfin, le 19 avril Monsieur a eu un rendez-vous avec la Préfecture et s’est vu délivrer un titre de séjour d’un an.
Quant à Madame, nous avons dans un premier temps entrepris des démarches similaires à celles de Monsieur auprès des CFA proposant des CAP esthétique en alternance. Toutefois, nous nous sommes heurtés à des freins liés au fait que Madame n’était pas en possession de ses bulletins de classe de troisième. Nous avons ainsi contacté le Rectorat afin de pouvoir les réceptionner. Cependant, ces documents n’ont toujours pas été reçus par Madame, malgré nos relances. Cette situation représente un obstacle important. En effet, tant que les bulletins ne figurent pas dans son dossier, les inscriptions sont mises en attente. Par ailleurs, j’ai orienté Madame vers des salons d’étudiants afin qu’elle se renseigne sur les débouchés de ce diplôme et elle a pris conscience qu’il n’était pas simple de trouver un patron pouvant la recruter. En toute connaissance de cause elle a manifesté le désir de poursuivre dans cette voie.

Concernant l’insertion professionnelle générale du couple, je prends conscience qu’il sera difficile, par moment, de poursuivre la scolarité à deux tout en arrivant à gérer le quotidien familial. Avec le recul, je pense qu’il aurait fallu, non pas que je dissuade l’un ou l’autre de poursuivre son projet professionnel, mais de les informer des conséquences d’être à la fois étudiants et parents avec notamment une charge conséquente de devoirs à réaliser le soir.
A l’issue de mon stage, j’ai préparé la famille à la fin de mon intervention et de la passation avec ma référente. Monsieur semblait anxieux à l’idée de notre fin d’accompagnement social. Toutefois, j’ai tenté de le rassurer en expliquant que toutes les actions mises en place ont été discutées avec ma référente et qu’elle connaissait l’avancée de leur situation.

V Bilan final des actions engagées par le couple

A la fin de l’intervention j’ai constaté que plusieurs changements s’étaient opérés au sein de la dynamique familiale. En effet, à l’issue des cinq mois d’intervention, le couple est beaucoup plus complice et coopératif. Le processus de solidarité et d’interchangeabilité dans les rôles s’est mis en place contrairement à un fonctionnement antérieur clivé dans l’organisation du quotidien et dans la réalisation des démarches. A présent, au contraire, Madame et Monsieur s’occupent indifféremment des enfants quand chacun a besoin de vaquer à ses occupations. Aussi, ces derniers ont, dorénavant la possibilité d’avoir davantage de moments à deux et me disent ne plus faire chambre à part, depuis que Joël accepte de dormir seul. Le couple est également plus organisé dans ses démarches, excepté celles concernant les rendez-vous professionnels de Monsieur ce qui traduit certainement une ambivalence par rapport à l’emploi qui reste à approfondir.
En ce qui concerne Madame, elle qui était anxieuse tout en témoignant des signes de fatigue au démarrage de l’accompagnement, démontre à l’heure actuelle une dynamique de mobilisation à l’égard des différentes démarches réalisées. Par ailleurs, Madame a pu, au fil des semaines, démontrer une adhésion de plus en plus importante et cela s’est ressenti lorsque celle-ci a notamment déployé ses propres ressources afin d’améliorer sa situation. Sa prise d’initiative est également à noter, par exemple lors de l’inscription d’Ana à la crèche. Physiquement j’ai noté une modification de son apparence puisque Madame est à présent beaucoup plus coquette. Un regain d’estime de soi est sans doute la clé de compréhension de ce changement. Le fait de participer aux différents ateliers du salon de beauté social lui a, probablement, permis de reprendre confiance en elle. Enfin, Madame m’a confié que son insertion professionnelle n’était plus la priorité et que si son compagnon trouvait un emploi ou une formation, elle préfèrerait s’occuper de ses enfants.
Quant à Monsieur, je me suis fortement interrogé sur les raisons de ce passage d’une attitude motivée à un désengagement relatif vis-à-vis de son insertion professionnelle. Je peux supposer que de par son parcours déstructurant lié à l’errance et aux abandons qu’il a connus, Monsieur ait des problèmes de déstructuration spatio-temporelle comme un certain nombre de personnes ayant connu l’errance.  Toutefois, ces hypothèses de compréhension ne remettent aucunement en cause sa motivation et sa volonté de s’en sortir. J’évalue que certains actes lui demandent un effort plus considérable et qu’il conviendrait de mener un travail éducatif avec lui afin de l’aider à surmonter ses difficultés. Par ailleurs, le fait que ce dernier ait obtenu un titre de séjour d’un an est une étape importante dans son parcours qui devrait laisser présager un facteur de stabilité psychologique au niveau symbolique et qui aurait des effets au niveau de la mobilisation et de l’insertion par la suite.
La référente de la mesure judiciaire a également évalué l’évolution positive de la famille qui sera d’ailleurs mise en exergue dans le prochain rapport qu’elle transmettra au Juge. Le soutien à la parentalité opéré par cette professionnelle en lien avec mon intervention auprès de la famille a permis à Madame et Monsieur de se décentrer de leur rôle exclusif de parents pour aussi  redonner de l’oxygène à leur couple. Cela leur a donné l’opportunité de partager des moments d’intimité mais aussi de se ressourcer personnellement en laissant à chacun, et de façon plus équitable, la possibilité de se développer. Ceci explique sans doute pourquoi ils sont beaucoup plus complices à la fin de l’intervention.

VI Conclusion de l’ASI

J’ai choisi de présenter cette situation car elle m’a donné la possibilité d’intervenir auprès d’une famille sur une longue période tout en mettant en place avec elle plusieurs actions en vue d’améliorer sa situation globale. La relation qui s’est instaurée entre le couple et moi-même s’est réalisée au fil de l’accompagnement et j’ai pu évaluer la confiance que m’ont accordée Madame et Monsieur. Arriver à cela a pris un certain temps, surtout pour Madame. Je pense qu’il était important, pour y parvenir, de laisser du temps au couple de réaliser que ma mission était, non pas de les juger par rapport à leurs actes, mais de leur apporter un cadre à la fois rassurant et structurant.
Cela n’était pas aisé compte tenu des relations qu’a eues le couple par le passé avec les services sociaux qui étaient, d’après Madame et Monsieur, sources de frustration et d’humiliation. J’ai essayé, pour ma part, de me positionner dans une nouvelle dynamique en valorisant les moindres avancées et acquis.
Par ailleurs, la possibilité d’intervenir en partenariat avec la professionnelle chargée de la mesure AEMO et de me concerter avec ma référente de stage m’ont été d’une aide précieuse dans la hiérarchisation des priorités.  En effet, les regards et échanges croisés autour de cette situation familiale m’a permis de ne pas me focaliser uniquement sur la demande initiale du couple à savoir l’insertion professionnelle. Ainsi, j’ai pu freiner mon élan à vouloir mettre l’accent sur la dynamique de l’emploi.  Grâce aux liaisons avec la référente AEMO j’ai pu comprendre que tant que le couple n’avait pas stabilisé l’organisation familiale l’investissement au niveau du travail ou de la formation risquerait d’être difficile. Enfin, cette intervention m’a amené à m’intéresser aux jeunes adultes qui vivent communément une parentalité précoce et les réponses de la société à ces parents dont la construction identitaire n’est pas toujours achevée

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