Exemple d’introduction au mémoire CESF

Bonjour à tous les étudiants en formation CESF, la rédaction du mémoire comporte des difficultés surtout si votre introduction n’est pas rédigée de façon adaptée. C’est pourquoi je vous propose ici un exemple fait par une de mes étudiantes qui a obtenu une très bonne note à son mémoire au DE CESF. C’est une recherche qui porte sur les représentations du handicap chez les familles primo arrivantes originaires d’Afrique de l’Ouest ! Très intéressant comme sujet 🙂
Si vous recherchez également une façon d’organiser votre exposé oral au mémoire je vous invite à consulter cette page : conseils pour la structuration de la soutenance au mémoire CESF 

Bon courage et surtout bonne lecture ! 

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INTRODUCTION D’UN MÉMOIRE AU DECESF

1. La phase préparatoire du mémoire 

A. Les constats de départ  

Le handicap mental est un phénomène existant depuis le début de l’humanité (Lawsoul-Dossou 2006)  et pouvant être défini comme une limitation du fonctionnement adaptatif et une réduction notable  du comportement intellectuel . L’Organisation Mondiale de la Santé (l’OMS) dans sa Classification internationale des maladies (CIM-10), définit le retard mental comme un « arrêt du développement mental ou un développement mental incomplet, caractérisé par une insuffisance des facultés et du niveau global d’intelligence, notamment au niveau des fonctions cognitives, du langage, de la motricité et des performances sociales » Les chercheurs s’accordent à dire que les causes de la maladie sont parfois inconnues mais souvent liées à une origine génétique (syndrome de Rett ou de Down), à des problèmes durant la grossesse (consommation d’alcool, malnutrition, insuffisance d’oxygénation du fœtus) ou à l’exposition à certaines maladies telles que la coqueluche, la rougeole ou la méningite.  (Daily DK, Ardinger HH, Holmes GE, Identification and evaluation of mental retardation, 2000) .
Toutefois et contrairement à cette perception du handicap mental, il apparaît dans certains pays du continent africain et notamment en Afrique de l’Ouest, que les origines de ce phénomène soient expliquées par conceptions symboliques relevant du domaine du sacré, du surnaturel, du magique ou encore du religieux (Boussanlègue Tchable, 2012) . Aussi, le handicap de l’enfant pourrait être le fruit d’un comportement ou d’une attitude néfaste des parents qui auraient été punis des actes de malveillance dont ils seraient coupables (Op cité) .D’après l’OMS, des dizaines de millions de personnes sont atteintes d’autisme en Afrique. Une majorité de pays sur le continent n’ont pas de structures adaptées pour traiter le syndrome et la population n’est pas assez informée sur les soins. Ainsi cette complexité à pouvoir bénéficier de soins adaptés associée à des représentations sociales du handicap et à modèle culturel et religieux fort peut amener à percevoir ce phénomène sous un angle qui n’est pas le cas des pays occidentaux comme la France. L’anthropologue et ethnopsychiatre Tobie Nathan (1999)  met en évidence dans l’une de ses études qu’un enfant avec des troubles autistiques au Congo peut vivre un déni de sa pathologie car selon certaines tribus celui-ci serait doté de la faculté de communiquer avec les esprits et de jeter le trouble à la famille. C’est pourquoi certains peuvent être particulièrement stigmatisés voire marginalisés au sein de la cellule familiale et de l’environnement social. 
En conséquence, aborder dans ce mémoire CESF les représentations sociales et culturelles en Afrique de l’Ouest et les modes de prise en charge des enfants en situation de handicap amène à s’interroger sur les conséquences de cette perception sociale sur leur devenir. Cet aspect est à mon sens important à questionner dans le cadre de la pratique du Conseiller en Economie Sociale et Familiale qui est fortement susceptible d’accompagner des enfants porteurs de handicap et leurs parents.  Ainsi, Magalie une CESF exerçant dans un centre maternel que j’ai rencontré dans le cadre de ma pré-enquête explique que « j’ai été confrontée à la situation d’une mère d’origine malienne arrivée récemment sur le territoire français et qui avait un enfant de deux ans. Celui-ci bénéficiait d’une place en crèche la journée et les professionnels de cette structure ont constaté que l’enfant était souvent à l’écart du reste du groupe, qu’il avait un retard cognitif et qu’il était particulièrement mutique. Lorsque la directrice a conseillé à Madame de rencontrer des médecins celle-ci a un peu hésité mais a vu des spécialistes. Lorsque le diagnostic est tombé à savoir que l’enfant a des troubles autistiques, Madame a tout d’abord refusé cette annonce. Nous avions un lien de confiance elle et moi et elle m’a expliqué par la suite ne pas savoir comment l’aborder auprès de sa famille restée au pays car là-bas ce type de situation est assimilé à une punition divine. Elle me disait que Dieu l’avait punie et qu’il s’agissait là d’une épreuve pour tester sa relation à lui. Du coup elle rejetait systématiquement les soutiens matériels et psychologiques pouvant lui être apportés par les institutions.
Nous comprenons à travers le témoignage de cette CESF que le regard posé sur le handicap à savoir dans ce cas-ci une punition divine peut mettre en difficulté les parents dont l’enfant est porteur de handicap. De même, l’accompagnement social et médical pouvant être proposé est également freiné par un modèle de traitement du handicap différent. En effet, pour ce jeune enfant la CESF interrogée m’a expliqué que la mère a préféré dans un premier temps contacter un guérisseur issu du même pays qu’elle afin de soigner son enfant comme cela peut se faire dans sa communauté. 

B. Un sujet de mémoire motivé par des expériences de terrain

Me concernant, cette recherche a émergé au cours de plusieurs rencontres réalisées en situation de stage. En effet, lors de la première année préparant au Brevet de Technicien Supérieur (BTS) en Economie Sociale Familiale (ESF) j’ai réalisé un stage au sein d’un Centre d’Hébergement et de Réinsertion Sociale (CHRS). Celui-ci accueille des femmes victimes de violences conjugales avec ou sans enfant. Tout au long de cette expérience, j’ai pu aller à la rencontre et observer l’accompagnement social mis en place par la Conseillère en Economie Sociale  Familiale (CESF) de la structure. 
Je me souviens avoir échangé avec l’une de ses femmes qui était enceinte de son quatrième enfant. Il s’agissait d’une ressortissante malienne qui était arrivée sur le territoire Français en 2008. Elle est arrivée à la demande de son ancien conjoint via un regroupement familial. Toutefois celui-ci la battait à plusieurs reprises ce qui explique l’admission de Madame au CHRS en mai 2012 alors enceinte de sept mois.  Elle nous a annoncé plusieurs mois après la naissance de l’enfant, que celui-ci a été diagnostiqué porteur de handicap avec un retard psychomoteur. Au cours de ces échanges j’étais particulièrement étonnée de la réaction de Mme qui semblait être distanciée par rapport à l’annonce du handicap. J’en avais parlé avec ma référente de stage CESF qui m’expliquait que cette femme justifiait les événements qu’elle vivait sous un angle mystique et fortement ancré dans des pratiques ancestrales. Ainsi, cela lui permettait de relativiser  ce qui se déroule dans son existence. Puis, après la naissance nous avions constaté que Madame ne menait pas à terme les démarches administratives permettant la reconnaissance de l’enfant auprès de la MDPH par exemple. Par ailleurs, nous lui avons également alerté sur le fait que de par la présence de son enfant en situation de handicap il conviendrait de réaliser un changement de structure vers une orientation plus adaptée. Madame s’est fortement opposée à la mise en place de ces démarches expliquant que si son enfant était en situation de handicap cela était dû à une raison occulte et qu’il fallait l’accepter comme cela sans en retirer de bénéfice et d’intérêt. De même elle a également expliqué ne pas vouloir quitter le CHRS en raison du handicap de l’enfant. Elle affirmait pouvoir s’en occuper comme ses autres enfants et ne comprenait pas cette modalité. 

A l’issue de cette situation  et en amont de la rédaction du mémoire je me suis interrogée sur les représentations posées sur le handicap chez cette mère d’origine malienne et de l’impact de l’aspect culturel voire mystique chez les personnes originaires d’Afrique de l’Ouest sur la prise en charge d’un enfant en situation de handicap mental.
En parallèle, j’ai également pu constater au CHRS les difficultés que rencontraient les professionnels concernant cette situation. En effet, ils soulignaient le manque d’adhésion chez cette personne qui semblait rejeter le handicap de l’enfant et la prise en charge médico-sociale propre à la déficience repérée. C’est pourquoi j’ai questionné ma pratique professionnelle afin d’évaluer la façon dont moi-même en tant que future CESF j’interviendrai face à des personnes dont les aspects culturels ou religieux freineraient l’accompagnement social et la relation d’aide. 
Par ailleurs lors de la préparation du DECESF j’ai réalisé un stage au sein d’un bailleur social ou j’ai pu participer à une mutation de logement d’une famille dont l’un des enfants est porteur d’un trouble envahissant du développement (TED). Cette dernière occupait un T4 mais qui n’était pas adapté à l’handicap de l’enfant qui n’était pas autonome au niveau de la marche et de la toilette et pour lequel la MDPH avait préconisé un réaménagement du domicile pour le rendre plus fonctionnel. Dans ce contexte nous avions rencontré la famille au sein de l’agence et j’ai pu constater que les parents rejetaient la nécessité d’un appartement adapté à cet enfant. Ils expliquaient que ce handicap n’était pas une charge mais au contraire une volonté de Dieu qui selon-eux symbolise une confiance en leurs capacités et une mise à l’épreuve de leur foi. 
Cet aspect m’a également interrogé dans le cadre de la cette pré enquête du mémoire je me suis rendu compte que chez certaines familles originaires d’Afrique de l’Ouest l’explication des handicaps et des maladies était souvent rattachée à des causes religieuses ou magiques. J’ai alors saisi que face à ces situations il convenait de ne pas s’attacher à adopter une posture moralisatrice ou jugeante mais, à l’inverse, de comprendre le fonctionnement de certaines cultures afin d’être plus aidante. De plus, j’ai pris conscience de l’intérêt d’approfondir les éléments culturels et religieux pouvant influencer le choix de vie des personnes. 
En conséquence, plusieurs questionnements ont émergé en tant que stagiaire CESF avant l’élaboration de ce mémoire : quel est le regard porté sur le handicap chez les familles originaires d’Afrique de l’Ouest ? Comment se déroule la prise en charge de ce public dans les pays d’origine ? Quels sont les aspects culturels et religieux mis en avant par ces familles ?  En quoi les représentations du handicap impactent l’acceptation de la déficience ? Quelle est la place d’un enfant handicapé au sein de ces familles ? Quelle est la place renvoyée par la société africaine aux enfants handicapés ?

A l’issue de tous ces interrogations j’ai choisi de formuler la question de départ suivante : Dans quelles mesures les représentations sociales du handicap mental chez les parents primo-arrivants originaires d’Afrique de l’Ouest influencent-elles l’accompagnement  proposé par les professionnels du secteur médico-social ? 
A travers cette question de départ je souhaite démontrer que certaines variables culturelles et sociales peuvent avoir un impact sur le regard posé sur l’enfant porteur de handicap et l’évaluation de ses besoins.

Afin d’explorer cette question sociale, ce mémoire CESF est composé de deux parties. 

  • La première est la phase exploratoire qui s’articule en trois chapitres. 
  • Le premier s’attachera à mettre en évidence les origines du handicap en ciblant plus particulièrement les troubles envahissants du développement et la façon dont ceux-ci sont traités par le champ médico-social. 
  • Le deuxième mettra en évidence les parcours migratoires et les différents aspects culturels et religieux des familles originaires d’Afrique de l’Ouest influençant la perception du handicap mental et par conséquent la prise en charge.
  • Enfin, le troisième chapitre interrogera les relations entre les familles et les professionnels du secteur médico-social et la façon dont se déroulent la collaboration et l’adhésion à une démarche d’accompagnement des parents dont l’enfant est porteur d’un handicap. 

La deuxième partie du mémoire CESF s’intéressera, quant à elle, à la phase de problématisation via l’énoncé d’une problématique ciblant un point fort exploré lors de cette recherche ainsi que la proposition d’une question de recherche, d’une hypothèse et d’outils de vérification.
J’espère que cet exemple tiré d’un mémoire présenté au DECESF vous a aidé à comprendre la méthodologie attendue par le jury. 

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