Exemple et méthodologie du mémoire au diplôme d’etat d’educateur technique spécialisé (DEETS)

19/03/2018
Dans le cadre de cette publication, je souhaite vous proposer un exemple d’un mémoire réalisé par une étudiante dans le cadre de la validation du DEETS.  Il s’agit d’un exemple qui je l’espère vous aidera à surmonter cette épreuve.

L’éducateur technique spécialisé est à la fois éducateur mais aussi expert d’un domaine technique qu’il transmet au public qu’il accompagne. Il exerce essentiellement auprès des jeunes et des personnes en situation de handicap en ESAT notamment ainsi qu’en entreprise d’insertion ou en centre de réadaptation professionnelle.

Articles susceptibles de vous intéresser

La liste des fiches de politiques sociales et étude de situation

La méthodologie du Dossier Partenariat Réseau

Bonne lecture !!

BESOIN D’AIDE POUR RÉDIGER VOTRE MÉMOIRE DE FORMATION ÉDUCATEUR TECHNIQUE SPÉCIALISÉ ? UNE AIDE À LA RÉÉCRITURE DE VOS DOSSIERS DE FORMATION ?

N’hésitez pas à me contacter par téléphone ou mail si vous souhaitez que je vous accompagne vers la réussite au DEETS aussi bien à l’écrit que dans le cadre de la préparation des soutenances orales.

INTRODUCTION DU MÉMOIRE DEETS

C’est au cours de l’année 2013 que j’ai fait la connaissance du métier d’Educateur Technique Spécialisé (ETS), lors d’un poste que j’ai occupé en tant qu’élève éducatrice dans un IME1. J’ai travaillé avec un public âgé de 6 à 20 ans, ayant une déficience mentale (moyenne à profonde) où j’ai été amenée à pratiquer sur différents ateliers avec plusieurs supports. J’avais déjà vécu diverses situations d’accompagnement un peu auparavant en tant qu’Auxiliaire de vie scolaire (AVS) en maternelle et collège. Suite à cette expérience enrichissante où j’ai pu utiliser plusieurs supports techniques comme la cuisine, le jardinage ou encore les animaux, j’ai souhaité passer le concours d’entrée pour la formation d’ETS. Je n’avais alors pas de diplôme technique en poche, mais une soif d’apprendre et de découvrir différentes structures et publics grâce aux stages que j’allais pouvoir faire.

Lors de ma formation, j’ai eu l’occasion de découvrir différents publics, d’abord au sein d’un atelier cuisine auprès d’adolescent ayant des difficultés familiales et sociales et de mineurs isolés étrangers. J’ai scindé mon second stage de douze semaines en deux afin d’effectuer une première partie dans un Atelier d’Adaptation à la Vie Active (AAVA) qui accueille des personnes adultes ayant connues la prostitution ; Je suis ensuite partie en Belgique, à Liège plus précisément, dans un centre d’Hippothérapie accueillant des enfants, des adolescents et des adultes ayant de multiples handicaps et problématiques. J’ai choisi, pour le stage long de trente-six semaines, un CEM2 car je n’avais pas encore eu l’occasion de travailler auprès d’un public adolescent en situation de handicap moteur.

J’ai pu découvrir au cours de ce stage qu’ au fil des années, et surtout depuis la loi de 2005, le CEM reçoit des jeunes atteints de pathologies de plus en plus diverses et sévères. Les pathologies moins lourdes sont aujourd’hui placées en milieu ordinaire.

Cette situation semble avoir provoqué un bouleversement au sein de l’établissement. Une réflexion générale a été mise au travail et mobilise tous les professionnels des différents services et davantage celui de la formation professionnelle où les éducateurs techniques sont atteints dans le coeur de leur métier. J’ai perçu qu’au sein du service FTPA où j’ai pu effectuer la majeure partie de mon stage, qu’une partie des adolescents que nous recevons n’ont plus accès au niveau de formation qui est proposé.

Les ateliers qui sont proposés au CEM depuis quelques années maintenant, ne correspondent plus à ces nouvelles pathologies, ils ne répondent souvent plus aux besoins des jeunes, ni à leurs désirs. Au quotidien, leur accompagnement demande une réelle organisation et beaucoup d’énergie de la part des professionnels qui s’épuisent. Le projet de service des ateliers étant en cours de réécriture, j’en profite pour intégrer mon projet de mémoire.
Après plusieurs mois d’observation et de questionnement, j’ai pu réaliser une enquête de terrain afin de réfléchir à un projet, un système d’accompagnement au sein des ateliers qui pourrait répondre à ces jeunes en marge de la formation professionnel.

Dans la première partie de ce document, je vous présenterais le contexte institutionnel et plus particulièrement le CEM. Les missions principales des ETS au sein de cette structure et le public accueilli avec les nouvelles pathologies qui questionnent les professionnels. Dans un second temps, je vous exposerais le questionnement que j’ai pu avoir en réalisant des enquêtes auprès du public et des professionnels.
J’aborderais en troisième partie, ce que j’ai compris de la notion de projet pour vous exposer ensuite le projet que j’ai exploré quant aux problématiques rencontrées.
Je terminerais par faire une analyse et un bilan du projet et de ce document en général.


I/ LE CONTEXTE DANS LEQUEL S’INSCRIT LE MÉMOIRE DEETS

1. L’institution dans le champ du handicap

Gabriel-François, négociant à Lyon, avait eu la douleur de perdre son fils unique atteint dès son jeune âge d’une infirmité incurable, que n’avait pu soulager ni les soins, ni les dépenses considérable de ses parents, et dont l’existence n’avait été qu’une longue suite de faiblesses et de souffrances.
Cette impuissance de la fortune fit comprendre à Gabriel-François combien devait être douloureuse encore la situation des parents pauvres placés en face d’enfants infirmes, auxquels le défaut de fortune enlève non seulement la possibilité mais aussi l’espoir de procurer un soulagement désiré.
Il décide alors de rédiger un testament pour qu’à sa mort, sa fortune permette la création d’un lieu d’accueil et de soins pour des enfants pauvres et infirmes. Ce legs permettra l’achat d’un terrain de plus de 4hectar qui hébergera en 1855 le Centre de rééducation motrice de cette Fondation. « Pour l’individu comme pour la société, la question de l’héritage est au coeur de la construction identitaire et des productions culturelles. L’héritage désigne à la fois le legs lui-même et le processus incluant la filiation et la transmission. »

La fondation est alors reconnue d’utilité public et fonctionne grâce des dons et des legs. Elle est administrée par un conseil d’administration et est soumise à une tutelle administrative dans son organisation pour l’approbation et la modification des statuts ainsi que pour la gestion de son patrimoine.

La fondation dispose aujourd’hui d’un budget global de 7 millions d’euros. Elle compte 140 salariés, 114 équivalents temps plein. Ses financements viennent principalement de la sécurité sociale sous forme de prix de journée fixé par l’Agence Régionale de Santé, de la taxe d’apprentissage, de ses fonds propres et aussi des dons de particuliers.

a) Plusieurs structures en lien avec le handicap

La Fondation se divise en deux secteurs (Adulte et Enfant) et est composée de 5 structures avec pour chacune, une mission d’accompagnement différente :

– Le SESSAD, favorise la scolarisation des enfants, l’intégration sociale en milieu ordinaire scolaire et à domicile et dans la mesure du possible aide à l’amélioration des possibilités physiques et cognitives.
– l’AJ, propose à des adultes en journée diverses animations : artistiques, sportives et socio-culturelles en favorisant la socialisation.
– – le FAM, accompagne des personnes adultes dans les situations de la vie quotidienne et assure le suivi médical. Il propose des prestations adaptées : alimentation, hébergement dans les conditions optimales en matière de confort et de sécurité et fournit une aide à la vie sociale.
– le FH, accueille des personnes adultes handicapées moteur travaillant en ESAT. Il accompagne les personnes dans les situations de la vie quotidienne et leur propose un hébergement en foyer ou appartement à proximité.
– le SAVS, contribue à la réalisation du projet de vie de la personne adulte, par un accompagnement adapté favorisant le maintien ou la restauration des liens (familiaux, amicaux, sociaux…).
– l’ESAT1, accueille des adultes handicapés moteur ou cérébraux lésés. Il est organisé autour de deux secteurs d’activité: l’industrie et l’artisanat.

Enfin, Le CEM, Centre d’éducation Motrice, où j’effectue mon stage.

b) Le CEM

Le CEM a ouvert ses portes en 1961. Il compte aujourd’hui 97 salariés, dont 86 équivalents temps pleins et est ouvert 209 jours dans l’année. Il a un agrément pour accueillir 100 jeunes filles et garçons, en internat, semi-internat ou internat séquentiel. Âgés de 10 à 20 ans, avec la possibilité quand cela est nécessaire, de prolonger la durée d’accompagnement du jeune, dans l’attente d’une place au sein d’une autre structure, au titre de l’Amendement Creton.
Ces jeunes sont atteints pour la majorité d’un handicap moteur sans déficience intellectuelle (Infirmité Motrice Cérébrale, maladies neuromusculaires, paraplégie, tétraplégie), mais ils peuvent faire suite à un accident de parcours (traumatisme crânien et ou cérébraux-lésés).

La mission

« Recueillir les enfants pauvres […], infirmes, hors d’état de se créer jamais par eux-mêmes des moyens d’existence, et laissés en proie à toutes les misères, à toutes les souffrances de leur triste position chez leurs malheureux parents, leur procurer les soins nécessaires, les occuper à des ouvrages appropriés à leurs facultés physiques et surtout leur donner l’instruction primaire, morale et religieuse […] ».

Prendre soin, instruire et éduquer, telle était déjà à son origine la mission de l’établissement. Le Centre d’Education Motrice a pour objectif général un traitement différencié afin d’amener les enfants, les adolescents et les jeunes adultes déficients à développer leurs compétences intellectuelles, relationnelles et sociales pour leur permettre de s’épanouir. Il vise également à améliorer leur qualité de vie, à accéder à un maximum d’autonomie et à terme à favoriser l’insertion sociale et/ou professionnelle.

Les objectifs principaux du CEM se résume à :

Envisager le positionnement du CEM comme un lieu de passage qui s’inscrit dans une réponse à une demande de service et non comme une fin en soi.
Mettre en place une organisation centrée sur le jeune, autour de services spécifiques (pédagogique, éducatif et médical) afin de répondre au mieux aux besoins et attentes.
Augmenter la capacité d’accueil des jeunes Cérébraux-lésés et mettre en place une organisation adaptée à ce public : programmes, rythmes, soutien spécifique.

Le CEM s’appuie sur la loi n° 2002-2 du 2 janvier 2002 rénovant l’action sociale et médico-sociale ainsi que la loi n° 2005-102 du 11 février 2005 pour l’égalité des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées.

c) Présentation des Pôles

Le Centre d’Education Motrice, est composé de trois pôles : (Cf. Annexe 1)

1. Le Pôle éducatif, est coordonné par une chef de service, réparti en 2 secteurs : le secteur A pour les jeunes de 10 à 14 ans et le B pour les 15 – 20 ans.Le secteur A se réparti en 3 groupes de 10 à 13 jeunes. Ils sont essentiellement pris en charge par l’Unité d’Enseignement et le pôle de soins et rééducation et l’équipe sportive.
Le secteur B est réparti en 6 groupes d’environ 10 jeunes, dont un groupe a été nommé « campus » est situé dans une annexe de l’établissement. Il accompagne quelques jeunes scolarisés en milieu ordinaire ainsi que des jeunes en capacité d’être plus autonomes. A ce jour, ils sont 5.

Les équipes des deux secteurs sont constituées d’un(e) Éducateur Spécialisé, de Moniteurs Educateurs et d’Aides Médico Psychologiques. Un nouvel espace a été créé en 2014 qui se nomme « Oxygène ». Il se compose de groupes de professionnels comme des Educateurs Spécialisés, des Aides Médico- Psychologiques, des infirmières et aides-soignantes. Ces groupes fonctionnent en rotation selon un emploi du temps spécifique. Cet espace a été pensé dans le but d’accueillir les jeunes en difficulté au sein des classes ou des ateliers et qui ressentent le besoin de lâcher prise. Des temps calmes leur sont proposés. Ce dispositif permet d’accueillir également les jeunes dont il y avait des creux dans leur emploi du temps. Dans ce Pôle éducatif, se trouve également deux éducateurs sportifs adaptés.

2. Le Pôle soin coordonné par un chef de service, est composé de personnels soignants (Infirmières, aides-soignantes) au sein de l’infirmière et de rééducateurs (Kinésithérapeutes, ergothérapeutes, orthophonistes, orthoptistes, psychomotriciennes, dentiste, médecins, psychologues et psychiatre). Une unité nommée « Ressource »,composée d’une éducatrice spécialisée et d’une aide-soignante, accompagne un groupe de jeunes cérébraux-lésés durant des temps spécifiques.

3. Enfin, le pôle pédagogique réparti entre l’Unité d’Enseignement (UE) et le service de Formation Professionnelle Adaptée (FTPA). Le suivi de l’UE est assuré par une coordinatrice pédagogique issue de l’Education Nationale, qui dirige plusieurs enseignants spécialisés. Les ateliers du service FTPA sont tenus par des éducateurs techniques spécialisés sous la coordination directe du directeur d’établissement. J’effectue la majeure partie de mon stage dans le service FTPA.

d) Le service de Formation Technique et Professionnelle Adaptée (FTPA)

Pour répondre à la mission première du CEM qui est de favoriser l’intégration sociale et professionnelle des jeunes accueillis, six ateliers techniques ont été mis en place, ainsi qu’un accompagnement adapté à chaque jeune en lien avec son projet personnalisé.
Les ateliers techniques
Atelier Bois, Carterie et Gestion du site internet
Atelier Informatique et Logistique
Atelier Technologie
Atelier Arts plastiques et Art thérapie
Atelier Vie quotidienne
Atelier Conduite de machines

Ces ateliers sont encadrés par des éducateurs techniques spécialisés. Ces derniers ont pour mission d’apporter une culture technique, de développer des savoir-faire techniques et comportementaux et de faire accéder chacun à une insertion sociale et/ ou professionnelle. Le service accueille 49 jeunes âgés de 15 à 22 ans dont 7 en Classe Orientation, 20 jeunes en section Formation Professionnelle (FP), et 21 jeunes en section Préparation à la Vie Sociale (PVS).

La classe orientation

C’est une classe qui se déroule à mi-temps, en alternance entre les ateliers et les apprentissages scolaires. Elle concerne les jeunes âgés de 14 à 17 ans. L’objectif principal de cette classe est l’observation et l’orientation. Les jeunes sont ensuite orientés en section Formation Professionnelle ou en Préparation à la Vie Sociale.
La section formation professionnelle (FP)
Elle s’adresse à des jeunes en fin de scolarité primaire qui souhaitent s’orienter vers des activités professionnelles ou qui ne peuvent plus poursuivre un cycle d’études secondaires. La formation professionnelle vise l’insertion sociale et professionnelle, l’acquisition d’un niveau d’employabilité et l’apprentissage au monde du travail. La FP est répartie en trois sous-groupes en fonction du niveau et de l’âge des jeunes :
La FP « découverte », accueille des jeunes âgés de 16 à 18 ans. Ils découvrent les ateliers pour leur première année de formation professionnelle.
La FP « initiation », âgés entre 17 et 19 ans. Ils sont en deuxième année de formation professionnelle et commence pour eux une orientation en milieu protégé par le biais de stages.
La FP « perfectionnement », regroupe essentiellement des jeunes de plus de 18 ans, c’est la dernière étape avant leur orientation en Etablissement de service et d’aide par le travail ou en Entreprise Adaptée.
Pour la FP Initiation et perfectionnement, plusieurs stages sont organisés en lien avec leur projet personnalisé en milieu protégé.

La section préparation à la vie sociale (PVS)

Ce dispositif permet de préparer les jeunes à vivre de la manière la plus autonome possible en appartement ou en foyer et d’être accueillis en centre d’accueil de jour, en pratiquant des activités nécessitant des savoir-faire simples. Ils sont de plus en plus nombreux au vu de l’évolution du public de la fondation. L’objectif principal pour ces groupes est de permettre aux jeunes de s’épanouir.

L’admission dans les différentes sections

Le jeune est admis en classe orientation, en FP, ou en PVS en fonction de son projet, de son âge, de ses envies et de ses capacités.
Lors de la réunion du Projet Personnalisé (PP), est décidée l’orientation et le suivi du jeune en équipe pluri professionnelle avec la possibilité d’effectuer une semaine d’observation dans la section visée si besoin. L’éducateur référent est le garant du suivi du projet. Deux réunions de PP ont lieu dans l’année ainsi qu’une restitution en présence de la famille (temps d’écoute des besoins et des attentes de celle-ci) et des acteurs du projet sous la responsabilité d’un cadre.

Le cadre de travail

Les ateliers sont ouverts du lundi au vendredi de 9h00 à 16h45 et 15h30 le vendredi. Les jeunes sont répartis sur les ateliers, à raison d’une heure ou de 3 heures maximum sur un atelier par demi-journée, en fonction de leur groupe de travail (FP, classe atelier et PVS) et à partir d’un emploi du temps, par atelier et par jeune, en prenant compte des besoins en rééducation et de soins (Cf. Annexe 2 : exemple d’emploi du temps).

L’évaluation

Tous les trimestres, l’Unité d’Enseignement ainsi que les éducateurs sportifs se réunissent, afin d’évaluer le parcours de chaque jeune des groupes en formation professionnelle. Les éducateurs techniques évaluent dans un premier temps le niveau et la qualité de l’implication des jeunes, par semestre, pour chaque atelier. Ils évaluent ensuite collectivement les compétences transversales, c’est-à-dire que lors d’une réunion attribuée à ce sujet, chaque ETS donne une note de 1 à 3 pour chaque compétence évaluée et c’est la majorité qui l’emporte (Cf. Annexe 3). Les évaluations sont adressées aux familles sous forme de compte rendu papier. Cette deuxième évaluation ne permet pas toujours une disparité pour le jeune.

e) Le rôle et la mission des Educateurs Techniques Spécialisés (ETS)

L’éducateur technique au sein du CEM a pour mission de préparer les jeunes accueillis à la vie professionnelle en milieu protégé. Cette mission s’effectue dans le cadre du projet individuel du jeune.
Il aide également au développement de l’autonomie, à l’épanouissement et à l’insertion sociale du jeune accueilli au sein de la Fondation, et ce, à travers les activités proposés dans l’atelier.

Activités ou tâches demandé aux ETS aux seins des ateliers :
1- Participer et contribuer à la mise en oeuvre du projet de service à dimension pédagogique du CEM : c’est-à-dire, en élaborant des propositions, en étant garant de la mise en oeuvre des objectifs du projet, en réalisant au quotidien les objectifs du projet et en participant à l’évaluation du projet pédagogique du CEM.

2- Conformément à son projet individuel, élaborer le projet « atelier » du jeune : Participer au suivi du projet individuel du jeune, l’aider à identifier son projet « atelier » en fonction de ses souhaits, de ses capacités cognitives et physiques ; le guider et le soutenir dans la réalisation de sa création ; détecter, développer et valoriser son potentiel créatif.

3- Proposer des apprentissages techniques au jeune : Proposer au jeune un environnement (salle, outils,…) favorable à l’apprentissage ; concevoir un programme pédagogique technique adapté à chaque jeune lui permettant de découvrir, d’affiner et d’enrichir sa technique ; élaborer des outils favorisant l’apprentissage du jeune (conception de modèles, fiches techniques…) et enfin évaluer l’acquisition des connaissances et des savoir-faire techniques.

4- Favoriser la création du lien social du jeune : en favorisant la création du lien avec les autres jeunes du groupe et en permettant au jeune d’assumer sa différence dans le groupe en l’amenant à développer sa propre créativité.

5- Assurer le suivi logistique de l’atelier : Commander les outils et matériels nécessaire pour l’atelier ; suivre le budget alloué pour cette activité et rendre compte au service comptabilité et au directeur ; signaler les incidents, les pannes à son responsable hiérarchique et réaliser les achats de matériel et leur renouvellement.

Le public accueilli

Les pathologies des jeunes accueillis au sein du centre d’éducation motrice sont très diversifiées et impliquent des situations de handicaps moteurs très différentes. Les deux principales sont l’infirmité motrice cérébrale et le traumatisme crânien.

a) La Déficience motrice

– La première cause de handicap moteur chez l’enfant est la paralysie cérébrale ou infirmité motrice cérébrale (IMC/PC en France). Elle désigne, selon l’OMS11 « un ensemble de troubles permanents du développement du mouvement et de la posture, responsables de limitations d’activité, imputables à des atteintes non progressives survenues sur le cerveau en développement du foetus ou du nourrisson. Les troubles moteurs de la paralysie cérébrale sont souvent accompagnés de troubles sensoriels, perceptifs, cognitifs, de la communication et du comportement, par une épilepsie et par des problèmes musculo-squelettiques secondaires». Il existe différents troubles moteurs qui sont la monoplégie (un seul membre), hémiplégie, la diplégie, la tétraplégie… La paralysie cérébrale concerne 1800 nouveau-nées chaque année. Chaque personne IMC12 est unique, on retrouve une multitude de situations différentes.

– Le spina Bifida : Les séquelles de cette atteinte sont dues à une malformation de la colonne vertébrale, des méninges et de la moelle épinière. Cette maladie cause des troubles moteurs : difficultés à la marche, fatigue, voire paralysies totales ou partielles des jambes et également des troubles sensitifs.

– Les Affections Neurologies dégénératives : Ce sont des maladies, le plus souvent d’origine génétique, portant sur l’ensemble du système nerveux central et périphérique. Elles vont en s’aggravant graduellement et provoquent des paralysies, des atrophies musculaires, des troubles de la coordination des mouvements et de l’équilibre…

– Le Traumatisme Crânien : Couramment appelé Cérébraux-lésés, principalement lié aux accidents de la route mais aussi à un accident vasculaire cérébral, une anoxie, une tumeur cérébrale… La personne peut 
être atteinte de séquelles plus ou moins nombreuses, légères ou graves, pouvant se manifester dans une ou plusieurs dimensions (physique, cognitive et psycho affective).
Les séquelles qui caractérisent les jeunes accueillis au sein du centre sont des troubles moteurs associés à des troubles cognitifs et des troubles du comportement.

b) L’adolescence

Il me paraît important de définir l’adolescence, car c’est le premier facteur qui constitue les jeunes que nous suivons, et c’est pour tous un passage de la vie compliqué. Pour Amélia Lemaire, « l’adolescence est une période de grandes transformations, sur le plan corporel, sur le plan cognitif, avec l’accès à des raisonnements comme les « adultes », avec des modifications de leurs désirs (sociaux, amicaux…). »
Dans le cas d’un enfant en situation de handicap puis d’un adolescent et d’un adulte, cette recherche d’autonomie est bien légitime et peut s’avérer un parcours du combattant, alourdi par les attentes des adultes envers eux. Ces jeunes ont tendance à se poser des questions dans un contexte de désordre affectif. L’adolescence fait surgir une crise identitaire (qui suis-je), en quête d’insertion scolaire, professionnelle et sociale. On retrouve chez ces jeunes un besoin d’autonomie, une recherche d’identité, le besoin de s’affirmer.

La plupart du temps, le handicap entraîne une grande souffrance, une difficulté d’acceptation de celui-ci qui est accentué par le regard des autres sur leur différence et aussi face à des problèmes d’avenir qui sont : la dépendance, l’intégration sociale, la sexualité, le devenir…Beaucoup de ces jeunes souffrent dans ces institutions. Ils supportent difficilement le cadre, ils s’identifient au milieu ordinaire, ce qui leur est douloureux.
Sur le plan scolaire, les jeunes qui sont accueillis au sein du CEM n’ont souvent pas eu le même parcours scolaire. Certains d’entre eux ont rencontré des difficultés d’adaptation dans les structures ordinaires, vécus de multiples séjours hospitaliers suivis très souvent par des phases de rééducations et des problèmes de santé divers.

Sur le plan social, à leur arrivée dans l’institution, beaucoup de ces jeunes se retrouvent confrontés à la perte de repères par rapport à leur vécu, et à d’autres rencontres. Ils font face à des difficultés de vie en collectivité. Ils ont parfois du mal à se familiariser avec celle-ci. Certains ont des difficultés à communiquer et à être en lien avec des jeunes « institutionnalisés » du CEM ou avec les professionnels.

c) Les nouvelles pathologies au CEM

La définition de la paralysie cérébrale a évolué. En France, la terminologie la plus répandue, utilisée à la place de « paralysie cérébrale » est l’IMC à l’origine de troubles de l’apprentissage, sans trouble de l’intelligence ou de la personnalité ; c’est la définition qui a longtemps prévalu au CEM de la Fondation. Le terme de « paralysie cérébrale » est pourtant plus général car il regroupe les formes avec des atteintes intellectuelles.

Dans son mémoire, le Directeur du CEM, aborde l’évolution des pathologies d’aujourd’hui en évoquant : « des problématiques complexes, des syndromes autistiques, un pluri-handicap, un polyhandicap, des troubles de la personnalité ou du comportement, des handicaps psychiques, des troubles psychiatriques et des multi déficiences », pour résumer un polyhandicap qui se prononce chaque année davantage.

En lien avec l’annexe XXIV bis du décret n°89-798 du 27 octobre 198915 qui fixe les conditions techniques d’autorisation des établissements et des services prenant en charge des enfants ou adolescents atteints de déficience motrice, les établissements de type Centre d’éducation motrice (CEM) ou Institut d’éducation motrice (IEM) accueilleraient en effet de plus en plus de jeunes pluri-déficients et de jeunes polyhandicapés qui ne trouvent plus de place dans les établissements pour enfants et adolescents polyhandicapés (EEAP).
  S’organiser face à l’évolution du public accueilli – Comment accompagner les jeunes pluri-déficients ou p
L’évolution du public accueilli vers la pluri-déficience et vers le polyhandicap entraine des changements au CEM dans l’organisation de l’accueil de ce public inhabituel. Ces changements questionnent aussi les professionnels qui peuvent se sentir parfois démunis face à des prises en charge techniquement différentes et souvent plus complexes.

Ce changement suscite aussi des inquiétudes chez les parents des jeunes concernés, au point qu’ils ont écrit en octobre 2014 au ministre des affaires sociales et de la santé et à la directrice générale de l’agence régionale de la santé (ARS) Rhône-Alpes, par l’intermédiaire du conseil de la vie sociale (CVS) du CEM de la Fondation, pour leur signifier leur incompréhension quant à la prise en charge de leurs enfants dans le cadre cette évolution.

Très peu d’études ont été conduites pour vérifier le sentiment de la majorité des professionnels du secteur médico-social qu’effectivement les publics accueillis en ESMS évoluent. Celle de 2010 du Centre régional d’études et d’actions sur les inadaptations et les handicaps (CREAI) de Bretagne et Pays de la Loire, paraît la plus intéressante sur le sujet bien qu’essentiellement constituée de témoignages, elle se fixe pour objectif d’identifier les évolutions, mais pas d’en mesurer l’ampleur ou d’en évaluer les tendances chiffres à l’appui.

Ce changement n’est pas le premier connu par le CEM et ne date pas d’hier, mais il est celui qui remet en question de manière plus importante les pratiques des professionnels et de l’institution. L’offre de l’établissement n’est plus en adéquation avec la problématique des jeunes accueillis. L’accompagnement peut paraître inadapté puisque les professionnels ne sont pas au fait de ces pathologies. L’amplification de cette mutation de la population donne encore plus de pertinence à ce questionnement.

Dans le procès-verbal de réunion d’un groupe de réflexion en vue de la mise en place d’un CPOM18, le médecin responsable du CEM pendant trente ans, spécialiste en neurologie et psychiatrie, note que « plus de la moitié de l’effectif est atteint d’au moins trois déficiences parmi les déficiences du tronc, déficiences des membres, déficiences cognitives au sens large, déficiences viscérales ou métaboliques ».

En 2012, 26,2% des jeunes du CEM présentent d’autres déficiences que les quatre principales (lésions cérébrales, pathologies neuromusculaires, spina bifida, lésions cérébrales acquises) cequi témoigne de l’hétérogénéité des profils accueillis. En France, jusqu’à 50% des enfants souffrant de paralysie cérébrale ont de l’épilepsie avec une incidence plus élevée chez les individus présentant une forme spastique (hémiplégie et quadriplégie). Au CEM, l’augmentation du nombre de jeunes atteints d’épilepsie a né cessité la rédaction de protocoles précis en raison de la fréquence des crises. De même, la nécessité s’est faite sentir d’un partenariat avec le Centre de lutte contre l’épilepsie (Drôme).

Les établissements pour infirmes moteurs cérébraux accueillent des jeunes aux déficiences motrices parfois réduites mais qui sont atteints par un arrêt du développement mental ou un développement mental incomplet ; leur déficience majeure n’est pas motrice.
Certains présentent des troubles envahissants du comportement ; les altérations de certaines fonctions cognitives affectent les capacités de communication et la socialisation de ces jeunes.
Au CEM, « on peut noter de manière très significative depuis 2005 une augmentation des troubles de la mémoire et de l’attention ainsi que des déficiences intellectuelles. Cela est à corréler avec l’ouverture et le développement du dispositif d’accueil de jeunes atteints de lésions cérébrales acquises20 ». Ce dispositif transversal de soins nommé « Ressource » (Cf. page 7) accueille une vingtaine de jeunes cérébraux-lésés, mais d’autres jeunes du CEM bénéficient aujourd’hui de ses ateliers à visée thérapeutique.
Les établissements comme le CEM accueillent de jeunes polyhandicapés en nombre croissant. Le polyhandicap, forme lourde de la paralysie cérébrale, associe une déficience mentale sévère ou profonde et un déficit moteur grave entraînant une mobilité réduite et une restriction extrême de l’autonomie. Aux handicaps neurologiques, intellectuels et moteurs, s’ajoutent fréquemment des déficits auditifs ou visuels, des troubles comportementaux et relationnels.
L’agrément du CEM, (annexe XXIV ter du décret n°89-798 du 27 octobre 1989) l’autorise à accueillir dix jeunes polyhandicapés (voir § 2.1.1) ; la direction r econnait en 2013 que l’établissement en accompagne plus d’une vingtaine. Quelques données ont aussi été mises à jour dans le cadre du diagnostic du projet d’établissement qui a été réécrit en 2013. Elles ont permis de constater la multiplication par plus de quatre des déficiences autres que la paralysie cérébrale (de 6 % des jeunes accueillis en 2001 à 26,2 % en 2011) dont de nombreuses maladies orphelines, ce qui témoigne de l’accroissement de l’hétérogénéité des profils. Onremarque aussi une augmentation de 98 % du nombre de jeunes atteints de lésions cérébrales acquises (de 10 % des jeunes accueillis en 2001 à 19,8 % en 2012).

d) Les causes

– La loi n°2005-102 du 11 février 2005 oriente les jeunes IMC vers le milieu ordinaire

La Loi reconnaît le droit à la compensation des conséquences du handicap. C’est son objectif central et son aspect le plus novateur. Le droit à la scolarisation n’en est donc qu’un des aspects, mais son impact est majeur sur le profil de la population accueillie en CEM : les jeunes dont les déficiences cognitives ne les empêchent pas de suivre l’école bénéficient de compensations (auxiliaires de vie scolaires, classes adaptées) et quittent les institutions qui donc accueillent les jeunes aux déficiences cognitives plus sévères, ou aux déficiences motrices lourdes qui ne leur permettent pas de bénéficier des dispositions de la loi sur la scolarisation en milieu ordinaire.

– Seuls les jeunes les plus atteints restent dans les institutions
Une conséquence majeure de la scolarisation en milieu ordinaire réside donc dans la modification du public orienté vers les ESMS où l’on ne rencontre presque plus que des jeunes qui ont difficilement accès au dispositif d’inclusion.

– Les progrès de la médecine modifient le profil du public des ESMS
La médecine met au service des personnes handicapées l’évolution des techniques réparatrices. Elle s’attèle à toutes les déficiences, à tous les stades, prévient et prend en charge. Elle permet à des jeunes d’éviter le passage en institution spécialisée et de rester chez eux

– Des jeunes atteints de déficience cognitive sont orientés vers le CEM faute de place ailleurs.
« Les IME saturent aussi » souligne Christel PRADO, qui préside l’UNAPEI21. Il arrive donc qu’un jeune présentant des troubles sensoriels, de la personnalité, ou de la communication, faute de place en IME, soit orienté vers un IEM ou un CEM en raison d’une déficience motrice parfois très peu handicapante mais qui en l’occurrence sert de motif déclenchant à la notification pour un établissement identifié « IMC ». En 2009, le CEM de la Fondation accueillait quatorze jeunes atteints de déficience intellectuelle et un jeune atteint de déficience

II/ LE QUESTIONNEMENT DU MEMOIRE DEETS

La déficience cognitive désigne un trouble des capacités fonctionnelles et une déficience du traitement de l’information à la conscience. C’est la conséquence de dysfonctionnements des fonctions cognitives : troubles de l’attention, de la mémoire, de l’adaptation au changement, du langage, des identifications perceptives (gnosies) et des gestes (praxies). Le handicap cognitif n’implique pas de déficience intellectuelle mais des difficultés à mobiliser ses capacités. Cette déficience peut être soignée selon l’UNAPEI. Les causes varient entre les différents types de troubles mais la plupart de ces causes incluent des lésions cérébrales. Les traitements dépendent de la manière dont les lésions ont été causées.

Une réflexion générale est mise au travail, afin d’adapter les pratiques au vue de l’évolution des handicaps et de la difficulté des professionnels sur ces nouvelles prises en charge et sur le plan psychologique.
L’adaptation désigne le processus, mais aussi le résultat de l’ajustement d’un organisme vivant, d’une société ou d’une structure aux conditions d’un environnement donné pour survivre, se reproduire et/ou se développer. En d’autres termes, il s’agit de modifier l’organisation d’un établissement pour mettre en accord une situation nouvelle. Les ajustements qui constituent l’adaptation, doivent donc tenter de réduire les conséquences négatives que peut amener le changement de situation, de donnée. Le processus d’adaptation varie selon le système dans lequel il évolue, selon les acteurs qui le mette en oeuvre également. Il s’agit de déployer une stratégie de réponse consciente au changement.

Cette situation à créer une crise identitaire au sein du CEM et a engendré au niveau du service FTPA une remise en question des ateliers et de l’accompagnement des ETS. Les jeunes se sont désinvestis pour les orientations en ESAT et même pour le travail en général. Comment améliorer l’accompagnement des jeunes accueillis au sein des ateliers professionnels qui n’ont pas pour projet de trouver un emploi ? Et quel dispositif pouvons-nous mettre en place pour répondre au mieux aux besoins de ces personnes ?

1. Les enquêtes

J’ai effectué des enquêtes de terrain pour évaluer la problématique sous différent point de vue.
J’ai mis en place plusieurs questionnaires afin d’interroger en premier lieu les jeunes en formation professionnelle (FP) qui rencontre des difficultés à se projeter en ESAT à leur sortie du CEM.

a) Questionnaire destiné aux personnes accueillis dans les ateliers, qui n’ont pas pour projet l’insertion vers l’emploi :
– Vous sentez-vous bien dans les ateliers ? Oui-Non-Pourquoi ?
– Souhaitez-vous travailler ?
– Faites-vous la distinction entre emploi et travail ?
– Quel serait votre projet de sortie après le CEM ?
– Aimeriez-vous qu’un atelier vous aide à mettre en place votre sortie au CEM ?
– Qu’aimeriez-vous voir dans cet atelier ?

J’ai eu l’occasion de pouvoir interroger cinq jeunes âgés de 18 à 19 ans en fonction de leur projet personnalisé et des problèmes qu’ils rencontrent face à leur orientation future.
Tous me disent être assez content d’avoir intégré les ateliers car ils aiment s’occuper et effectuer des travaux manuels. Ils rencontrent parfois des difficultés face à leur fatigabilité du à leur handicap mais tous me disent s’ennuyer quand ils ne sont pas aux ateliers. Ils ont leur préférence quant aux ateliers qui sont proposés et parfois même il leur est très difficile d’entrer dans certains d’entre eux.
Tous n’ont pas su me définir les termes d’emploi et de travail et la différence qui peut exister entre ces deux termes. Pour certain, le travail est un mot qui désigne ce que l’on fait tous les jours dans les ateliers par exemple, et un emploi signifie être embauché dans une entreprise.

Pour d’autres les deux termes veulent dire la même chose, quand on travaille on est embauché et quand on est embauché, forcément on doit travailler.
Je leur ai ensuite définis ces deux termes afin de pouvoir avancer dans l’entretien ; Travail : Activité humaine exigeant un effort soutenu, qui vise à la modification des éléments naturels, à la création et/ou à la production de nouvelles choses, de nouvelles idées.

Emploi : Action ou manière d’employer quelque chose ou quelqu’un; usage, utilisation (d’un objet, d’un outil, d’un moyen matériel) à destination, fonction d’une chose.
En finalité, le travail peut mener à l’emploi ou non. On parlera aussi du terme « activité » par la suite.
Sur les cinq personnes interrogées, tous souhaitent avoir une activité, effectuer un travail, auquel ils adhèrent après le CEM. Ils privilégieraient le travail dans des structures adaptées ou ordinaires, c’est-à-dire des lieux de productions de biens ou de services non marchands face à l’emploi dans un milieu protégé en ESAT qui demandent selon eux, un investissement beaucoup plus important.

Les cinq personnes que j’ai pu interroger savent aussi qu’ils n’ont pas les capacités physiques et parfois intellectuelles d’obtenir un emploi dans un ESAT. Chacun d’entre eux m’a dit avoir des projets pour leur sortie du CEM qui sont plus ou moins réalisables. Ils sont conscients de devoir passer par des stages d’observation et d’initiation.

Pour la question de la mise en place d’un atelier qui les aiderait un peu plus individuellement à mettre leur projet en place, ils sont bien évidemment tous favorables et me demandent quand est-ce qu’ils pourront l’intégrer avec un large sourire. Ils aimeraient qu’on les aide dans les démarches à effectuer pour des demandes de stages, pour contacter les structures qui les intéressent, qu’on les aide également à s’ouvrir un peu plus sur le monde extérieur qui est souvent inconnu pour eux.

J’ai ensuite pu questionner différents professionnels :

b) Questionnaire destiné aux professionnels du CEM :

 Suite à l’évolution des pathologies au sein du CEM, pensez-vous que les ateliers professionnels soient adaptés à toutes les personnes accueillis ? Oui-Non-Pourquoi ?
 Quels sont les problèmes que vous identifiez ?
 Quelles solutions pourraient être apportées selon vous ?
 Seriez-vous favorable à la création d’un atelier portant sur le projet de sortie du jeune ?
 Qu’est-ce qui vous semblerait indispensable pour ce projet d’atelier ?
Le directeur et le chef de service :
 Monsieur le directeur du CEM et du SESSAD, me dit qu’il trouve que certains ateliers sont moins adaptés aux nouvelles pathologies accueillis par le service de Formation Technique et Professionnelle Adaptée en termes de compétences physiques et intellectuelles. Deux ateliers notamment sont beaucoup plus portés sur la pratique professionnelle qu’on peut retrouver en ESAT. Cependant il remarque que tous les ateliers ont fait à leur juste niveau et plus ou moins rapidement des efforts d’adaptation pour faire effectuer des travaux qui conviennent aux jeunes. Tous les ateliers ont aujourd’hui des activités accessibles aux publics.

Concernant l’accompagnement, les remontées qui lui sont faites sont qu’il serait préférable de favoriser un accompagnement plus individualisé. Les groupes accueillis dans les ateliers sont nombreux, entre 6 à 8 jeunes par groupe. De ce fait les Educateurs Techniques peuvent passer moins de temps avec chaque jeune et ceux-ci acquièrent moins de compétences au final. Cette problématique demande une adaptation du CEM.
Les solutions qui ont pu être apportées depuis septembre 2015 ont été de faire en premier lieu appel à des ressources externes au service FTPA comme l’intervention de professionnels du secteur éducatif principalement, au sein des différents ateliers afin de soutenir l’accompagnement des ETS sur des groupes importants. Il y a eu également l’ouvertured’autres activités à médiation qui ont été apportées avec des professionnels des différents services.
Les solutions qui pourraient être envisagées selon lui seraient de poursuivre les activités transverses en mobilisant des cultures professionnelles diverses. Il serait également bon de cerner au mieux les besoins et attentes des ESAT avec lesquels nous collaborons afin de préparer les jeunes en fonctions de cela. Il propose ensuite de chercher de nouvelle collaboration avec des ESAT et/ou Entreprise Adaptée qui correspondraient plus aux pathologies que nous accueillons.

La démarche qu’il a pu effectuer dernièrement en étroite collaboration avec l’Assistante sociale, a été de contacter les CCAS, les SAMSAH et SAVS afin de placer les jeunes en appartement avec des aides à domicile pour combler le manque de place dans les institutions d’hébergement.

Le projet d’atelier concernant la sortie du jeune lui semble optimal mais il ne peut pas se permettre de créer un poste supplémentaire. Il faut mobiliser les ressources déjà existantes au CEM. Cet atelier demanderait de mettre des moyens en place en commençant par un aménagement du temps de travail pour les personnes qui seraient concernés, du personnel qualifié ayant connaissance du réseau qui l’entoure, des moyens matériels comme des ordinateurs et téléphones. Il est en accord que les jeunes ont besoin d’avoir une ouverture plus importante sur le monde qui les entoure.

Le CEM doit être en mesure de leur proposer des solutions d’orientations diverses auxquelles ils adhéreraient.
 Le chef de service éducatif, en poste depuis octobre 2016 ; Au vue de son regard neuf sur l’institution, il n’a pas pu répondre à toutes mes questions.
Il y a selon lui, une vraie ouverture d’esprit au sein des ateliers et une réelle envie de s’adapter aux besoins des personnes avec la création des ateliers à médiation comme l’art thérapie ou la médiation animale. L’atelier vie quotidienne participe à l’autonomie et la socialisation des jeunes. En termes d’accompagnement, il serait bien de responsabiliser davantage les jeunes afin de les préparer à l’extérieur.
Ayant été chef de service au sein d’un ESAT auparavant, il m’explique qu’il y a de plus en plus de recrutement de l’extérieur pour les places en ESAT. Les places qui étaient auparavantdestinés aux personnes venant des institutions sont désormais prisées par des personnes venant du milieu ordinaire qui ont eu des accidents de parcours ou qui ont des difficultés à trouver de l’emploi suite à des problématiques sociales et diverses. Il y a selon lui, aussi moins de place pour « les petits niveaux. »

Il serait favorable à un atelier plus individualisé en repartant des besoins du jeune et de son projet personnalisé. Cette démarche se fait déjà au CEM avec le groupe Ressource qui accompagne les jeunes cérébraux lésés en individuel sur leur projet.
Il est important selon lui, de valoriser le secteur du handicap et de proposer plus de choix que l’ESAT ou les CAJ et FH.

Ce qui pourrait être primordial dans cet atelier mais pour tous les jeunes, serait de leur apprendre à utiliser les outils numériques et les réseaux sociaux avec la nouvelle ère qui s’est créée.
 L’Assistante sociale ; trouve que certains ateliers sont plus adaptés à la préparation des jeunes vers l’ESAT (Conduite de machine et Technologie), les autres se sont davantage adaptés ces derniers temps aux problématiques des jeunes.

L’exigence plus importante de l’ESAT avec une concurrence de plus en plus marquée, fait qu’aujourd’hui il accueille des personnes ayant de très bonnes capacités. Il n’y a pas énormément d’ESAT qui accueille un public en situation de handicap moteur dans la région Rhône-Alpes. (Définir le nombre d’ESAT, les places dispo) Les jeunes qui sont accueillis au CEM ont de plus en plus de problématiques diverses ce qui rend leur autonomie plus difficile comme par exemple pour les trajets fondation, lieu de stage.
Les solutions utopiques qui pourraient être apportés seraient d’abord un financement pour les transports ce qui faciliterait l’accès à certains jeunes en ESAT. Il serait bien de penser à ouvrir de nouveaux ESAT pouvant accueillir ces problématiques diverses qui sont selon elle de plus en plus nombreux en institutions. Au niveau du CEM, la solution la plus probable serait de mettre en place un accompagnement plus individualisé qui permettrait d’ouvrir le champ d’action quant aux projets des jeunes.

Elle serait donc favorable à un projet d’atelier concernant la sortie des jeunes pour les aider plus individuellement dans leur projet de vie, ce que font déjà certains professionnels quand ils le peuvent mais pas en mobilisant toutes les ressources possibles. Selon elle, pour que cet atelier marche, il est important d’avoir un bon réseau et d’ouvrir ses champs d’actions. Il estprimordial de multiplier les savoirs et les connaissances en profitant des cultures professionnels de chacun. Il serait important d’avoir les moyens nécessaires également comme les outils de communication, téléphone, ordinateur… Ce projet amènerait les jeunes à être plus en réalité avec leur projet, à déconstruire leurs idéaux afin de travailler avec eux au mieux leur insertion professionnelle et sociale.
 Les Educateurs spécialisés du pôle éducatif ;

A ce jour il semble que la FTPA du CEM est en adaptation. L’activité de ces ateliers tend à évoluer pour répondre aux besoins des nouveaux publics.
A la fondation, le dispositif « oxygène » (Cf. page 7, pôle éducatif) permet de limiter la présence de certains jeunes en atelier pour leur proposer un dispositif plus adapté.
Aujourd’hui se développe de nouveau partenariat pour diversifier l’offre proposée aux jeunes correspondants totalement à la FTPA. Les perspectives d’améliorations pourraient être d’aller travailler plus en détail sur la connaissance des futurs publics à accueillir par une évaluation des attentes et des besoins. Anticipation pour une meilleure adaptation. Il serait peut-être pertinent de développer de nouveaux ateliers. Continuer à développer de nouveaux partenariats.

Les problèmes identifiés : Certaines difficultés face à la mise en stage des jeunes, par rapport à l’évolution des pathologies mais également des places restreintes dans les ESAT. Difficulté des jeunes aussi à se positionner quant à leur orientation. Les familles se retrouvent parfois désemparées à propos du renoncement des jeunes face à l’acquisition d’un emploi et donc de revenus. Certains jeunes se retrouvent dans un circuit qui ne leur convient pas.

A propos du projet d’atelier, ils seraient entièrement favorables à un atelier sur le projet de sortie du jeune. Il semblerait pertinent qu’il soit mené en collaboration avec les équipes éducatives et l’assistante sociale en y associant autant que faire se peut les familles
Enfin, les Educateurs techniques trouvent que les ateliers ne sont pas forcément adaptés à tous, déjà parce qu’ils n’accueillent pas tous les jeunes à ce jours. Certains ateliers sont encore beaucoup trop ciblés sur le professionnel uniquement et ne permettent pas d’accueillir les autres jeunes. En revanche, sur les 6 ateliers, tous ont essayé au minimum d’adapter leur pratique pour transmettre des savoir-faire qui évoluent avec les pathologies. Certains objectifs d’atelier ont d’ores et déjà été modifiés.

Les problèmes identifiés : Ce qui manque parfois aux éducateurs techniques au sein des ateliers est une communication sur ces nouvelles prises en charge, comment accueillir ces jeunes en marge. De plus, le trop grand nombre de jeunes accueilli par atelier ne permet pas un accompagnement adapté, ils sont actuellement entre 6 et 8 par groupe alors qu’il serait préférable de ne pas dépasser 5 jeunes.
Les solutions qui pourraient être apportés : Réduire les groupes au minimum ou être accompagné davantage sur les groupes les plus nombreux par des intervenants type Service civique ou personnel des groupes éducatifs. Il serait également bon de proposer aux jeunes qui sont accueillis dans les ateliers, d’autres activités externes au CEM, des activités culturelles de type MJC afin de leur permettre de réaliser des activités plus personnelles et individuelles. Il serait intéressant de prioriser les activités à médiation et d’apporter le maximum de savoirs aux publics que nous accueillons.

Les ETS sont favorables à un atelier « projet de sortie ». Pour eux, le CEM accompagne essentiellement les jeune sur du collectif, il ne permet pas de leur faire développer leur propre centre d’intérêt.
Ce qui leur semble primordial pour la mise en place de cet atelier serait en premier lieu de multiplier les compétences de chacun et les cultures professionnelles. Cet atelier doit être transversal à chaque pôle existant au CEM. Le CEM doit s’ouvrir davantage sur l’extérieur et étendre son réseau afin de proposer aux jeunes la meilleure orientation possible.
Il serait intéressant de mettre en place un comité concernant le projet de sortie afin de connaître les intentions de tous les professionnels des différents pôles pour favoriser ce projet au mieux dans l’intérêt du jeune.

2. Les données
J’ai pu recueillir des données chiffrées évaluées par l’Assistante sociale depuis l’année 2011 Concernant les sorties du CEM : On fait le constat que 50% des jeunes ont rejoint une activité ou un emploi et que 50 autre pourcent sont dans la perception d’une inactivité.

3. Synthèse
Après avoir fait l’analyse des réponses qui m’ont été données, je constate que pour les cinq jeunes que j’ai pu interroger ;
 Tous aiment apprendre de nouvelles compétences et souhaitent avoir une activité à leur sortie du CEM mais pas forcément d’emploi.
 Ils sont tous favorable à un atelier qui les accompagnerait plus individuellement et qui les aiderait dans leurs démarches personnelles de sortie.
Sorties ( 2011-2016): 86
ESAT
Foyers / CAJ
Retour en famille / suivis SAVS
Appartement autonome

En ce qui concerne les professionnels ;
 Tous constate une évolution massive des pathologies diverses au CEM.
 Les ateliers du service FTPA ont d’ores et déjà mis en place des adaptations quant aux travaux proposés. De plus, de nouvelles activités ont vu le jour au cours de l’année 2015-2016, ce qui a créé de nouveaux partenariats.
 Les jeunes accueillis dans les groupes au sein des ateliers sont nombreux, ne laissant pas l’opportunité à un apprentissage de qualité, on remarque qu’au final, les jeunes acquièrent moins de compétences.
 Il serait bénéfique pour les jeunes et pour l’institution, de proposer un accompagnement plus individuel, centré sur le projet du jeune en repartant de ses besoins.
 Ils sont favorable à un projet « atelier de sortie » qui participerait à une collaboration entre les différents acteurs (professionnels, famille, partenaires). Il serait intéressant de créer une cohésion en multipliant les compétences de chacun.
 Les professionnels disent avoir des lacunes quant à l’accompagnement à avoir avec le nouveau public accueillis, par manque d’informations et de communication.

Face à ses résultats, et avec mon regard d’ETS en formation, je me suis demandé comment pourrait-on pallier aux besoins et attentes de ce public en marge des ateliers déjà existant ? Quel dispositif pouvons-nous mettre en place? Nous devons proposer une alternative aux jeunes accueillis dans les ateliers professionnels qui n’ont pas pour projet de trouver un emploi (différent du travail) à leur sortie du CEM.

Je remarque que je suis face à un public en difficulté de perception du fait de leur jeune âge, de leur immaturité parfois, par rapport à leur pathologie et aussi du cadre très collectif dans lequel ils évoluent, souvent depuis leur très jeune âge. Ce sont des jeunes qui sont accompagné dans beaucoup de leurs faits et gestes et pas forcément en individuel car l’institution ne permet pas ce mode de fonctionnement. Les professionnels qui accompagnent ces jeunes vers des projets de sortie, ne prennent pas toujours le temps de déconstruire leurs idéaux afin d’en construire un possible avec eux. Ils se retrouvent alors souvent confrontés davantage à des barrières quant à leur handicap et se croient bon à rien.
28
Le fait de l’évolution des pathologies entre autre, de la déficience cognitive et des lésions cérébrales fait davantage ressortir ce constat.
Ces jeunes mériteraient une ouverture plus importante sur le monde et sur l’environnement qui les entoure. Ils mériteraient également qu’on les responsabilise un peu plus quant à leur projet d’orientation.

III/ LE PROJET DU MEMOIRE DEETS


1. La notion de projet

Nous avons tous des projets. Qu’ils soient d’ordre privé ou professionnel, ils donnent du sens à notre vie, ils nous projettent vers un futur que nous voulons meilleur. Un projet, au-delà de la part de rêve qu’il contient, appelle à la réalisation, à la concrétisation de l’idée de départ. Il faut donc se donner les moyens de mener à bien une démarche plus ou moins compliquée pour atteindre l’objectif du projet.

L’AFNOR donne les deux définitions suivantes du projet :
– « un projet est défini et mis en oeuvre pour élaborer la réponse au besoin d’un utilisateur, d’un client ou d’une clientèle et il implique un objectif et des actions à entreprendre avec des ressources précises »
– « une démarche spécifique qui permet de structurer méthodiquement et progressivement une réalité à venir »
Un projet comporte cinq dimensions majeures :
– Une dimension personnelle ; Pour une vraie démarche d’apprentissage.
-Une dimension sociale ; Un projet ne se monte pas seul, cette action s’inscrit nécessairement dans l’environnement qui l’entoure. Des relations vont être engagées ainsi que des dialogues afin de développer des contacts.
– Une dimension technique ; Il s’agit de tous les aspects matériels et concret du projet, mieux vaut avoir une bonne organisation.
– Une dimension économique ; Le projet doit tenir compte d’un budget réaliste.
– Une dimension temporelle ; Les délais peuvent parfois mettre des limites au projet, il faut savoir en tenir compte. Un projet s’élabore dans le présent, mais son contenu est une représentation de ce que sera le futur.
Avant de poursuivre, nous allons revenir rapidement sur l’étymologie de ce mot « projet » :

Il provient du latin projectum de projicere, « jeter quelque chose vers l’avant » dont est issu projeter de pro et jet. Le sens premier du verbe « jeter » exprime l’action de dresser un état, de rédiger un relevé. Par la suite, « projeter « prendra le sens de concevoir et de mettre en avant une idée à exécuter. Le projet désigne également un dessein, une idée de ce qu’on pense réaliser, une conception des moyens qu’on croit utiles pour exécuter ce qu’on médite.
En philosophie, le terme projet provient d’un effort pour sortir de soi. L’utilisation du mot projet en philosophie revêt un sens différent. Elle amène plutôt à concevoir le « projet » à la fois comme un effort pour « sortir de soi » et une interaction entre le Moi et le Non-Moi, c’est-à-dire entre l’individu et son environnement.
Enfin, en sociologie, le terme « projet » a été utilisé dans les années 70 pour réintroduire de l’action dans des théories sociologiques alors dominées par le structuralisme et les théories holistes qui mettaient l’accent sur les déterminations sociales qui pesaient sur les individus.

Des auteurs comme M. Crozier ou A. Touraine ont cherché à redonner une place aux initiatives des acteurs individuels ou collectifs. Ainsi, M. Crozier a élaboré une critique du système bureaucratique en mettant en évidence les marges de manœuvres et les rationalités mises en oeuvre par les acteurs dans les organisations. « Une façon de leur redonner de l’initiative est de les mettre en mesure de se doter d’un projet d’action : projet au niveau des individus, des groupes, des organisations » [Boutinet, p. 135].

Concevoir un projet, c’est affirmer que le futur a une chance d’exister : c’est une connotation positive de l’avenir. Le projet devient le support réalisateur, organisateur d’un enchaînement
« L’opposition […] Moi/Non-Moi sera […] retraduite par les psychologues contemporains dans l’expression
d’actions qui mène vers sa propre concrétisation. A partir de là, le temps devient chronologique, métrique. Dans ce processus chronologique du déroulement de projet, il y a donc également la notion de chercher et de trouver, l’un n’étant pas conditionnel de l’autre.
Pour bien comprendre comment un projet est réalisable, je me suis aidé d’une frise chronologique.

LE DIAGNOSTIC STRATÉGIE ÉVALUATION

Afin de travailler sur un projet, la construction d’une communication paraît primordiale. Le porteur du projet est le sujet lui-même mais c’est une communication, une rencontre avec l’autre qui permettra l’aboutissement de celui-ci. Au cours du processus, le sujet prend conscience d’un certain nombre de choses, il est invité à se connaître, à apprendre à hiérarchiser les priorités et à prendre des décisions. L’évolution du projet oriente le sujet vers de nouvelles préoccupations : il y a une reconfiguration permanente de la personne sur ce projet.
Le projet passe forcément par un processus qui va désigner un Quoi, un Comment et un Pourquoi.

Partir d’un constat
( ce que je vois)
Repérer un besoin ( pourquoi je fais ça)
Evaluation et Réajustement si nécessaire (bilan critiques, mise en place d’actions correctives)
Questionner pour évaluer ce que je comprends
Prendre en compte l’environnement (lister les avantages et inconvénients)
Les préconisations (ce que je compte proposer)
Stratégie d’intervention (ce que je fais, mes actions)

Le but est de créer quelque chose d’unique. Temporaire, car un projet se termine à une date déterminée et unique, car le résultat final est propre au projet entrepris ».
Nous avons pu d’ores et déjà apercevoir le Quoi et le Comment du projet, je vais m’orienter à présent vers le Pourquoi. Le passage d’une civilisation agraire, où le temps est répétitif, cyclique, à une civilisation technicienne fait du projet un élément constitutif de notre société. Dans cette société moderne, « technicienne », chacun veut prendre en main son avenir, sa destinée. Jean-Pierre Boutinet affirme ainsi qu’aujourd’hui, le futur est devenu une préoccupation quotidienne du présent, destiné à préparer les moindres adaptations des individus à leur environnement.
Pour Boutinet, le projet est « une anticipation opératoire, individuelle ou collective d’un futur désiré ». Concevoir un projet est donc devenu une démarche vitale. La réalisation de ces projets nous fera exister en tant que sujet « libre » dans la société. Le projet fait exister l’individu en tant qu’être organisé vivant d’une existence propre et qui ne saurait être divisée sans perdre ses caractères distinctifs, sans être détruit. Avoir un projet relève de la capacité aux adaptations et aux changements.

Si l’on considère maintenant le secteur du médico-social qui nous concerne directement, différents rapports ont mis en lumière les insuffisances des lois sociales et en particulier celle de 1975 qui pointe fortement l’absence de la prise en compte de l’expression de l’usager dans sa prise en charge. Une prise en charge qui plus est, pensée et organisée exclusivement de manière collective. Ainsi, la loi de 2002-2 devient par la suite très protectrice des individus et de leur liberté en venant instituer l’obligation d’un contrat de séjour et d’un projet personnalisé. Axée essentiellement sur le droit individuel, elle se situe bien dans l’idéologie contemporaine de l’individualité. Le contenu du projet personnalisé est donc bien énoncé par la loi. Il s’agit avec la personne accueillie et sa famille (ou représentant légaux) de définir la manière dont doivent être déclinées, les différentes prestations.

Pour chaque établissement ou service médico-social, il est élaboré un projet d’établissement ou de service, qui définit ses objectifs, notamment en matière de coordination, de coopération et d’évaluation des activités et de la qualité des prestations, ainsi que de ses modalités d’organisations et de fonctionnement. Pour élaborer un projet il est nécessaire de :

– Se positionner dans un environnement complexe en ayant analysé les besoins des personnes accueillis mais aussi des financeurs, des prescripteurs, des partenaires, de la collectivité locale…
– De prendre en compte l’environnement interne. La nécessité de s’adapter aux nouveaux besoins appelle à l’intelligence et au sens des responsabilités.

2. L’Atelier « projet de sortie »

Les objectifs généraux

Mon idée de projet a pour but de répondre d’une part à l’évolution des pathologies accueilli se faisant ressentir au CEM de la Fondation chaque année davantage, mais aussi de la mise à mal de la principale mission du service Formation Professionnelle et du questionnement qui en découle des ETS sur leurs pratiques. Ainsi mon projet s’inscrit en parallèle avec le projet de service qui est en cours d’élaboration suite à une restructuration interne du pôle pédagogique depuis mon début de stage. Ces premiers éléments m’ont permis de m’orienter et de fixer des objectifs de départ.
Afin de poursuivre, il m’est paru important de distinguer la déficience du handicap. Ces deux termes sont souvent utilisés de façon interchangeable, mais la distinction entre eux est indispensable à la compréhension des questions qui se posent aux jeunes dont le profil évolue vers la pluri-déficience et le polyhandicap. La déficience est personnelle, médicale et neutre, elle peut ou non entrainer une situation de handicap. Une situation de handicap est le résultat d’une interaction négative entre la personne atteinte d’une déficience et son environnement social, culturel et physique. Cette distinction précise non seulement les champs d’action techniques des équipes de professionnels de l’établissement (soin, éducation, pédagogie), mais aussi les domaines d’interactions positives possibles ou indispensables entre les jeunes de l’établissement et leur environnement.

D’autre part, à travers ma participation aux différents ateliers, j’ai pu observer l’accompagnement qui est proposé au sein des ateliers professionnels et « les adaptations » qui ont déjà pu être mises en oeuvre par les ETS. Il m’a fallu faire des recherches en interne et en externe et échanger avec les différents professionnels du CEM, afin de distinguer et de dégager des objectifs qui correspondent aux besoins des jeunes. Les groupes qui sont accueillis aux seins des différents ateliers sont souvent nombreux. Ils ne permettent plus toujours aux ETS, de pouvoir transmettre des compétences techniques approfondies,aujourd’hui il s’agit plus d’une pédagogie de transmission
 collective. Il n’y a pas vraiment la place pour de l’individuel.

Le troisième axe de ce projet concerne les notions d’emploi, de travail et d’activité. J’aimerais qu’on définisse ensemble ces trois notions afin de préciser le vocabulaire que j’utilise dans ce projet et pour qu’ont en ai les mêmes représentations.

La Nature et le sens du travail selon Rousseau , ne fait pas référence aux formes spécifiques sous lesquelles il s’exerce à chaque période historique. Ailleurs, il distingue l’esclavage, le servage ou le salariat. Ici, dans l’Émile, il ne connaît que le travail sous sa forme essentielle ou universelle saisie dans une définition générale. Le travail de l’homme est au départ de la même nature que le jeu. Il est une opération sur les choses ou sur les idées qui demande l’investissement du corps et l’exercice de l’intelligence. Mais à la différence du jeu, l’investissement du corps s’exprime dans un effort, une régularité et une fatigue qui à la longue excluent tout « amusement ». Le travail n’a pas pour office de nous apprendre à vivre en société, mais de donner à chacun la consistance d’un coeur simple dont la morale aura bientôt besoin. Du bas latin tripalium, appareil formé de trois pieux, utilisé pour ferrer ou soigner les animaux, ou comme instrument de torture pour punir les esclaves. Le travail désigne l’effort physique ou intellectuel qui doit être accompli pour faire quelque chose ou obtenir un résultat recherché. En tant qu’occupation rémunérée, le travail est synonyme d’emploi. Le terme travail peut aussi s’appliquer à des activités non rémunérées.

En économie, le travail est l’un des facteurs de production, avec le capital et la terre. Fourni par des employés en échange d’un salaire, il est organisé et dirigé vers la réalisation de biens ou de services. Le travail est l’un des éléments d’appartenance d’un individu à la société. Mais, selon les points de vue, il est perçu comme un devoir moral et social ou, à l’inverse, comme une exploitation et une aliénation.
En sociologie, le travail est l’ensemble des activités humaines répétitives, pénibles, non gratifiantes et réalisées dans la contrainte. Ex: le travail en usine, les travaux agricoles…
En matière artistique, le travail désigne une oeuvre en cours de création ainsi que l’ensemble des oeuvres d’un artiste.

Je comprends le sens du terme « travail », pour une activité rémunéré ou non. Rémunéré, quand il s’agit une activité indexé à un emploi (salariat, artisanat, activité libérale). Non rémunéré monétairement, ce sont les activités de type bénévolat (dans une association), ou volontariat (sapeur-pompier, médecin sans frontière…). Je définirais le sens du mot « activité », tout ce qui est fait par une personne lorsqu’elle est éveillée. Les activités liées à sa subsistance (se laver, s’habiller, entretenir son logement, se rendre à son emploi, se rendre à une activité bénévole, exécuter des tâches liées à son emploi ou à son bénévolat ou volontariat…).
C’est un ensemble de déplacement et mouvement d’une personne. Les activités, sur le plan technique, sont parfois similaires, voire identiques au travail. Les postures, et surtout les enjeux, varient. L’engagement intellectuel, physique peut être le même. Ce sont les perceptions de la gratification, du retour sur investissement qui vont distinguer activité-travail-emploi.
En prenant en compte l’environnement, j’ai pu lister les avantages et les inconvénients par rapport à la problématique de mon projet. Concernant les avantages, différents professionnels sont favorables au changement, le directeur lui-même a pu déjà écrire son mémoire en 2013 : « S’organiser face à l’évolution du public accueilli – Comment accompagner les jeunes pluri-déficients ou polyhandicapés de plus en plus nombreux au centre d’éducation motrice de la fondation. » De nombreuses adaptations ont pu voir le jour. Dans le pôle éducatif, en 1er lieu, avec le groupe « Ressource » qui accueille davantage de jeunes cérébraux-lésés atteints de troubles du comportement sur des temps spécifiques et individuel. Ils travaillent d’ores et déjà le projet individuel du jeune dans ces temps qui leurs sont dédiés. Des ateliers à visées thérapeutiques ont été mis en place afin de mettre l’accent sur le développement des compétences sociales des jeunes.
Au sein du pôle de soins, l’ouverture de l’espace « Oxygène » permet aux jeunes de pouvoir s’écarter à tout moment, de son activité principale, afin de relâcher la pression ou la fatigue qu’il a pu accumuler. Ce dispositif accueille en plus grands nombres les jeunes atteints d’un polyhandicap pour qui les temps d’ateliers ou d’école sont trop longs. De plus, dans le projet d’établissement établit en 2013 et qui s’étend jusqu’en 2018, on parle déjà « d’adapter les pratiques face à l’évolution des pathologies ». Je reprends une citation qui dit que « l’important, toujours, c’est savoir rejoindre… Commencer par accepter l’autre comme il est,et non pas comme on aimerait qu’il soit, premier travail à réaliser pour celui qui prétend accompagner».

Les inconvénients, viennent souvent de l’institution par des manques de moyens financiers et organisationnels. Le CEM aimerait ne pas avoir à dégager de budget pour engager de nouveaux moyens humains et matériels face à l’évolution des pathologies. De plus, certains professionnels sont réfractaires au changement et ne sont pas prêt à mettre tout en oeuvre pour adopter des nouvelles pratiques. Il faudra selon moi, mettre en place davantage de formations sur la connaissance de ce nouveau public et organiser des réunions interprofessionnelles pour engager des discussions et faire ressortir les idées de projet de chacun.

Enfin, mon idée de projet se tourne vers la mise en place d’un Atelier « projet de sortie ». Cet atelier aurait pour but dans un premier temps, d’accompagner certains jeunes au sein de service FTPA, pour qui le projet n’est pas d’intégrer un emploi en ESAT ou en milieu protégé. Cet atelier mettrait en avant les compétences déjà acquises des jeunes afin qu’il puisse être au maximum acteur de son projet. Ce projet engagerait différents professionnels des trois pôles du CEM afin de multiplier les savoirs et les connaissances et de faire de cet atelier un projet transversal.
Cet atelier aurait pour objectif général un accompagnement plus individuel et personnalisé afin de responsabiliser davantage le jeune pour qu’il soit l’acteur principal de son projet. Je pense qu’en interne nous avons d’ores et déjà toutes les ressources professionnelles, les moyens humains et techniques, Il suffit juste de changer l’organisation et de s’adapter aux besoins du public.

IV/ MISE EN OEUVRE CONCEPTUELLE DU PROJET AU MÉMOIRE DEES

1. Elaboration du projet

A travers cet arbre projet, je vais vous exposer les objectifs opérationnels du projet d’atelier « projet de sortie » en repartant de la problématique de base.

Atelier « Projet de sortie »

Evaluations / Questionnements
Public qui n’a pas accès à l’emploi
Accompagnement plus adaptée aux besoins
Professionnels en difficultés
Evolution des pathologies
Projet personnalisé du jeune
Réévaluer
Questionner
Réunir les différents acteurs
Cohésion Coordination
Plus de communication
Déconstruire et reconstruire le projet du jeune
Accompagnement individualisé
Diverses activités
Epanouissement
Nouveaux partenariats
Autonomie
Elargir le réseau
Utilisation des nouvelles technologies

2. Descriptif de l’atelier « projet de sortie »

Dans un premier temps, lors des « réunions de service » du pôle de Formation Technique et Professionnelle Adapté, en présence des éducateurs techniques et du chef d’établissement, qui est le supérieur direct du service , les ETS avaient d’ores et déjà amené le sujet à plusieurs reprises quant à la problématique d’accompagnement des jeunes en marge de l’emploi au sein des ateliers. Une réflexion était en cours lors de ma fin de stage sur l’ouverture d’un groupe intermédiaire au groupe de formation professionnelle et de préparation à la vie sociale. Je fais ensuite l’hypothèse que dans un second temps, il serait nécessaire de créer un comité à l’atelier « projet de sortie » en réunissant dans un premier temps : un membre coordinateur du projet de l’équipe des ETS, les coordinateurs (Educateurs spécialisés) de chaque groupe éducatif du secteur B (14-20 ans) et le chef de service du pôle de soin. Le but serait de présenter tout d’abord le projet et d’engager ensuite la conversation afin que chacun apporte ses connaissances, sa culture professionnelle et donne un avis sur l’organisation et le contenu du projet d’atelier.
A la suite de cette réflexion collective, une note serait définit afin d’annoncer aux différents professionnels et jeunes concernés le projet de cet atelier.

L’atelier « projet de sortie » concernerait les jeunes atteints de déficiences simples qui ne souhaitent pas et ne peuvent pas s’orienter vers un emploi (en ESAT principalement) à leur sortie du CEM, et à des jeunes pluri-déficients pour qui les ateliers professionnels ne répondent pas à leurs besoins. A partir de 16 ans, dès leur passage au sein de la classe orientation, ou au cours de leur cursus dans les sections FP ou PVS, au vue de leur projet personnalisé, le coordinateur de celui-ci l’orienterait vers les ateliers afin qu’on lui soumette la possibilité d’intégrer ce groupe atelier « projet de sortie ». Le groupe ne devrait pas dépasser 6 jeunes à mon sens, pour un meilleur accompagnement individualisé.
Cet atelier pourrait se mettre en place rapidement, à la rentrée de septembre 2017 en mobilisant les ressources en interne.

L’objectif de cet atelier, aurait pour but :
– D’accompagner les jeunes à déconstruire et reconstruire un projet (possible) à leur sortie du CEM.De développer ou de maintenir des acquis techniques et/ou des savoir-faire dans certains ateliers du service FTPA.
– De poursuivre les activités d’éveils.D’apprendre les règles de sécurité (comportement, tenues adapté) tout en maintenant les principaux acquis scolaire et leurs savoirs être, indispensable à une vie d’adulte aménagée.
– D’amener les jeunes vers un emploi du temps plus adapté entre l’école, les ateliers et un accompagnement éducatif, en fonction de leurs besoins.
– D’accompagner le jeune vers une plus grande autonomie en travaillant davantage les actes de la vie quotidienne, en apprenant à organiser son temps, en travaillant les déplacements extérieurs…
 – De favoriser la mise en stage sur des structures nouvelles en lien avec les projets des jeunes accueillis dans cet atelier.

Cet atelier a pour but également d’amener le jeune vers une meilleure connaissance des nouvelles technologies et des démarches administratives. En multipliant les connaissances des différents professionnels, cet atelier aurait pour but ultime de travailler l’ouverture sur l’extérieur, de créer de nouveaux partenariats et d’élargir le champ d’action, le réseau.

a) Les objectifs opérationnels de chacun

J’ai choisi de vous illustrer plus concrètement la vision que j’ai de cet atelier en prenant pour exemple deux jeunes qui seraient éligible à l’atelier « projet de sortie ». Il y a d’abord Kylian, âgé de 19 ans atteint d’un syndrome cérébelleux évolutif, il présente des troubles majeurs de l’équilibre, une dyspraxie et une dystonie importante. Il a une grande lenteur d’idéation et d’exécution des tâches. Kylian est entré au CEM en 2009, il était alors marchant, aujourd’hui Kévin est en fauteuil roulant manuel et parfois en électrique dû à l’évolution de sa maladie. Lors  de son dernier PP, Kylian a été maintenu dans le groupe de Formation Professionnelle (FP) afin de maintenir ses acquis mais pas dans une visée d’intégrer un emploi à sa sortie duCEM. Au vu de l’évolution de sa pathologie, Kylian ne pourra pas aller travailler dans un ESAT. Il commence à accepter cette idée et souhaite vivre en appartement plus tard. J’ai pu interroger ce jeune lors de mon enquête préalable à ce projet d’atelier. Il a su me dire qu’il aimait être occupé par des activités manuelles au sein des ateliers techniques, cependant il est vite fatigué et n’arrive plus à effectuer certains gestes ou difficilement. Il aimerait pouvoir effectuer des activités à sortie du CEM dans le domaine de l’informatique, qu’il maîtrise déjà à son niveau.

Juliette est une jeune fille âgée de 17 ans, arrivée au Centre d’Education Motrice en Août 2011. Juliette à subi un accident de la voie publique survenue en 2002 alors qu’elle avait trois ans. Elle présente une déficience motrice importante avec paraplégie totale haute ainsi que des déficiences cognitives modérées et des séquelles du traumatisme crânien. Cette jeune est en fauteuil roulant manuel, elle essai cependant le fauteuil électrique pour soulager ses bras et son dos. Le dernier projet personnalisé de Juliette en 2016 montre qu’elle ne souhaite pas intégrer un ESAT et que la situation au CEM lui est difficile car il n’y a pas d’accompagnement qui lui correspondent.
Cette jeune a déjà un emploi du temps adapté qui a été mis en place à la rentrée de septembre 2016 car elle refusait d’entrer dans les ateliers et traînait dans les couloirs de la fondation. Suite à plusieurs réunions entre les différents accompagnants de Juliette, il a été décidé qu’elle intégrerait à mi-temps un groupe de formation professionnelle afin qu’elle acquière certaines compétences techniques simples mais aussi des savoirs-être. Elle est suivie le reste du temps par l’école mais elle n’a pas le niveau pour poursuivre ses études, elle a un niveau CE2 et par le groupe « Ressource » (Cf.page7) dans un accompagnement plus individualisé. Elle refuse de travailler dans un ESAT. C’est une jeune qui a du mal à accepter son handicap. Juliette participe également au sein du CEM à des activités de médiation par l’animal. Les souhaits de Juliette sont de s’occuper d’animaux et de chiens particulièrement mais en étant rémunéré. Elle aimerait également intégrer un appartement autonome.

Pour moi, il y aura deux évaluations, analyses, à faire auprès de ce projet. La première sera d’évaluer l’atelier lui-même, son impact auprès des jeunes et des professionnels, les moyens mis en place et le budget dont il aura eu besoin. Dans un premier temps, des réunions entres intervenants, acteurs de ce projet seront bénéfiques tous les trimestres afin de réajuster si nécessaire l’atelier « projet de sortie ».

 Dans un second temps, il faudra évaluer le dispositif auprès du jeune en fonction des objectifs fixés en commun au départ.
Afin d’évaluer les apprentissages techniques et sociaux, j’ai créé deux fiches d’évaluations individuelles qui permettront de valoriser le jeune. La première permet d’évaluer le jeuneaprès chaque séance à l’aide de ses objectifs personnels opératoires, ainsi que des moyens que l’on a utilisés au cours de la séance (Cf. Annexe 4). L’éducateur technique fera une observation plus générale à la fin de chaque semaine afin de réfléchir avec le jeune aux pistes d’amélioration possible. Cette fiche permettrait de construire une évaluation par rapport aux objectifs fixés des jeunes au départ de l’atelier et d’évaluer, dans un deuxième temps l’atelier.

La seconde évaluation serait plus approfondie et permettrait d’évaluer le jeune en trois temps, en reprenant des critères d’évaluation des autres ateliers (Cf. annexe 5) sur ses savoirs-êtres, ses savoir-faire et son « savoir Devenir ».
Dans un premier temps, une « évaluation diagnostic » permettrait l’évaluation des compétences du jeune, un premier état des lieux de son projet de départ, sa représentation face à l’activité. Cette évaluation se ferait avec le jeune dès la première séance de l’atelier. Cette même trame serait alors utilisée en milieu de parcours et se nommerait « évaluation formative ». Elle viserait à apporter des informations sur les acquis en construction. Elle permettrait de situer la progression du jeune par rapport à ses objectifs initiaux. La dernière « évaluation sommative » se fera à la fin des séances pour dresser un bilan de l’année et voir si le jeune a évolué dans ses compétences et est arrivé à ses objectifs initiaux.
V/ BILAN
Les évolutions législatives, en particulier les réformes de 2002 et 2005, et les influences internationales transforment progressivement la perception des personnes en situation de handicap. On est passé à la pensée qu’une personne en situation de handicap doit être protégée, à un « usager citoyen » devant être intégré. Aujourd’hui davantage, les établissements sont devenus des moyens de répondre à des besoins individuels s’inscrivant dans un territoire de proximité.
Les acteurs du CEM doivent chercher des solutions originales aux questions nouvelles qu’impose l’évolution du secteur, mais l’innovation est liée à l’existence de réseaux et non au seul génie créateur de l’artiste. L’organisation de l’établissement doit permettre que cette action s’inscrive « dans des réseaux de solidarité, à l’antinomie de la concurrence ou de larecherche d’une position dominante ou exclusive ». Cela est valable pour toutes les autres actions proposées par les différents professionnels du CEM pour répondre à la problématique des nouvelles pathologies.

La décision de s’inscrire dans un partenariat suppose qu’au préalable, l’établissement soit pensé comme une structure ouverte à un ou plusieurs projets conçu en association avec d’autres institutions, y compris extérieures à son champ de compétence. Le CEM ne doit plus se concevoir comme le seul compétent pour répondre aux besoins du public qu’il accueil, mais comme un plateau technique avec des ressources propres. Actuellement, les échanges dépendent essentiellement des motivations personnelles. Le partenariat vient apporter un sens à une volonté d’ouverture. Il s’agit de promouvoir une culture commune institutionnelle et professionnelle afin de placer la personne accueillie comme réelle actrice de son projet et de tout faire pour l’accompagner à ça.

Concernant mon projet d’atelier, il pourrait répondre aux points qui ont conditionné ce dispositif :
– L’évolution des pathologies
– La mise à mal des professionnels sur l’accompagnement
– Travailler davantage en transdisciplinarité
– Placer le jeune au coeur de son action
– Ouvrir le CEM sur l’extérieur
– Créer de nouveaux partenariats

Il peut y exister des freins à ce dispositif comme le travail en équipe. Pour faire face aux limites de l’institution, il faudra insister sur le nécessaire de développement des complémentarités, car « l’oeuvre, quelle qu’elle soit, est dépendante des conditions matérielles et humaines de sa production, des réseaux, de la distribution, etc. »
Ce projet à susciter un long cheminement réflexif qui m’a montré l’importance de chaque étape dans la création d’un projet. Prendre en compte le contexte, les attentes et besoins des personnes, repérer une problématique, faire un diagnostic, élaborer un projet réalisable, sans oublier d’évaluer celui-ci.

L’engagement des acteurs dans ce projet s’est vu lors des entretiens avec les jeunes et les professionnels. Je ne savais pas encore comment j’allais penser ce projet et les idées me sont venus au fur et à mesure de l’écriture de ce document. Il me semblerait très intéressant que ce dispositif voit le jour et je mettrais tout en oeuvre pour amener ce projet auprès de l’équipe de formation professionnelle qui m’a suivi tout au long de mon stage ainsi que du directeur d’établissement.

CONCLUSION DU MÉMOIRE ÉDUCATEUR TECHNIQUE SPÉCIALISE


« L’éducation – qu’elle ait pour objet des enfants ou des adultes, des individus ou un peuple, ou encore soi-même – consiste à susciter des mobiles. Indiquer ce qui est avantageux, ce qui est obligatoire, ce qui est bien, incombe à l’enseignement. L’éducation s’occupe des mobiles pour l’exécution effective. Car jamais aucune action n’est exécutée en l’absence de mobiles capables de fournir pour elle la somme indispensable d’énergie. Vouloir conduire des créatures humaines – autrui ou soi-même vers le bien en indiquant seulement la direction, sans avoir veillé à assurer la présence des mobiles correspondants, c’est comme si l’on voulait, en appuyant sur l’accélérateur, faire avancer une auto vide d’essence. »

Au cours de ma formation et particulièrement en réalisant ce dossier, j’ai compris qu’en tant qu’éducateur technique nous travaillons en parallèle sur deux notions qui sont l’accompagnement et l’éducation. Selon le dictionnaire Larousse, accompagner signifie, servir de guide à quelqu’un, aller avec, conduire quelqu’un quelque part. Eduquer, c’est former quelqu’un ou un groupe en développant et en épanouissant sa personnalité, c’est développer certaines aptitudes, connaissances, une forme de culture par des exercices appropriés. C’est aussi faire acquérir les usages de la société.

A travers ce projet, j’ai voulu montrer que la fonction de l’éducateur double celle du technicien. Celui-ci vise à socialiser la personne qu’il accompagne en l’inscrivant dans le champ de la relation avec autrui. Il doit faire en sorte qu’elle soit debout – même si elle est handicapée – qu’elle soit sujet. C’est aussi l’insérer dans les réseaux sociaux dont celui du travail professionnel et c’est enfin l’aider à être citoyen.

Mon travail de recherches, de réflexions et d’analyses m’a permis de voir le métier d’éducateur technique spécialisé différemment. L’écoute et les encouragements que j’ai eu autour de moi pendant ce temps de formation m’ont non seulement permis d’avancer mais ont ouvert un champ de réflexion institutionnel qui tend vers l’évolution des pratiques au sein du CEM. Ce qui apparaît être la clé de la réussite du projet de changement institutionnel, c’est la mise en place et le partage d’une vision commune de notre mission auprès des jeunes dont la prise en charge évolue vers plus de complexité pour cet établissement.

Si cet exemple de mémoire pour éducateur technique spécialisé (DEETS) n’est pas suffisant n’hésitez pas à me contacter pour une aide à la rédaction, la réécriture et la préparation du thème et de la problématique de votre écrit.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.


Ces articles peuvent également vous intéresser