Méthodologie et exemple du dpp au diplôme d’État d’éducateur spécialisé (DEES)

Si vous êtes étudiant en filière éducateur spécialisé, vous avez à rédiger un Dossier de Pratiques Professionnelles (DPP) qui s’inscrit dans le DC1 du DEES.Dans cet article je vous propose un exemple complet d’un DPP afin que vous compreniez la méthodologie de cet écrit professionnel. N’hésitez pas à vous en inspirer pour écrire le votre 🙂

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EXEMPLE COMPLET D’UN DPP EDUCATEUR SPECIALISE


La construction d’une relation de confiance à travers l’activité
éducative.

INTRODUCTION DU DPP AU DEES

Au cours de ma formation d’éducatrice spécialisée, j’ai été amenée à réaliser différents dossiers professionnels notamment dans le domaine de l’accompagnement social et éducatif, afin de remettre en question ma  pratique professionnelle notamment lors de nos stages que nous réalisons pendant la formation.

J’ai effectué mon premier stage dans le champ du handicap. C’est un Institut Médico-Educatif en internat qui accueille des adolescents de 14 ans à 20 ans atteints de déficience mentale légère. Mon deuxième stage s’est réalisé dans la protection de l’enfance, dans un accueil de jour avec des adolescents âgés de 14 ans à 18 ans ayant des difficultés à s’intégrer socialement et obtenir une activité professionnelle ou scolaire.

Le champ du handicap a été une appréhension pour ma part, ne connaissant absolument pas le public ainsi que l’accompagnement et la prise en charge de ces usagers. Ce mode d’intervention s’est ainsi inscrit dans ma pratique professionnelle.
 Très curieuse de découvrir le public et la relation éducative qui s’instaure, j’ai été agréablement surprise de tout ce que j’ai pu apprendre et réaliser avec eux.
Cependant, le domaine de la protection de l’enfance, a toujours été le secteur qui m’a particulièrement intéressée et vers lequel je me tournerais en cas d’obtention du DEES. En effet, travail effectué auprès de ce public est celui qui s’apparente le plus à mes objectifs sur du long terme. Néanmoins les autres publics m’interpellent aussi d’où la variété de mon parcours de professionnalisation.

Avec ces stages et le troisième que j’ai effectué par la suite, j’ai fortement appris quant au métier d’éducateur spécialisé. J’ai pris conscience d’un grand nombre d’aspects que je ne prenais pas en compte avant d’affronter le terrain, notamment la relation entre le professionnel et l’usager qui s’avère vitale dans ce métier. Tout cela m’a réellement questionnée sur ma place en tant que stagiaire auprès des usagers. L’éducateur travaille sur plusieurs aspects avec l’usager, notamment, sur la relation, l’accompagnement et le projet de celui-ci, en sachant qu’après sa création il va se maintenir éventuellement évoluer.

Le professionnel doit pouvoir entrer en lien de façon à créer une relation éducative qui est primordial dans l’accompagnement de l’usager, comme l’a défini Philippe Gaberant « la relation éducative est un processus de transformation qui ne soit ni une thérapie ni une action d’assimilation. Il ne s’agit ni de guérir ni de « normoser » il s’agit d’aider à l’appropriation de soi par soi » .

Cette  entrée en lien ce fait de manière différente en fonction de l’usager que l’éducateur accompagne. Néanmoins j’ai été confrontée à des situations qui m’ont questionnée sur ma pratique  notamment sur les temps d’activités avec les usagers qui ne sont pas de simples espaces de jeu. Philippe Gaberan ajoute que « c’est aussi un lieu où les êtres cessaient d’être uniquement reconnus par leurs handicaps ou par leurs troubles du comportement et où les éducateurs n’étaient pas seulement des êtres hiérarchiques imposant le respect et la soumission » . A ce moment-là je me suis posée plusieurs questions à savoir : Le temps d’activité avec les usagers a-t-il un impact sur la relation éducative ? Comment est perçue l’activité du point de vue l’usager ?  Etre en temps d’activité en individuel est-il un moyen adaptée pour créer une relation de confiance ?

Tout d’abord je vais vous présenter les deux structures ainsi que leurs environnements.  Puis, je vais tenter de répondre à ces interrogations en vous exposant deux situations qui m’ont le plus interpellée ma pratique, en m’appuyant sur des apports théoriques.

I – Établissement Public Médico-social

A) Présentation du contexte institutionnel

L’établissement public médico-educatif  a été créé en 1972 à cette époque il était définit comme un institut médico-éducatif par une décision du préfet. Conçu pour accueillir 80 enfants et adolescents représentant un handicap physique, mental et déficience intellectuel du département de Seine et Marne il a été transformé en établissement public départemental en 1986 dans le cadre de la décentralisation. En 2012 L’IME devient l’EPMS et continue d’évoluer avec l’arrivée de plusieurs services.
L’établissement accueille des enfants et adolescents handicapés orienté par la MDPH (maison départementale des personnes handicapées) vers les EPMS ou d’autres structures adaptées à leurs besoins. Le but est d’accompagner les jeunes vers l’autonomie ainsi que dans leur projet professionnel ou scolaire quand leurs capacités le permettent.

Cette structure répond à un droit légitime des enfants handicapés âgés de 6 ans à 20 ans, par la suite nous faisons la passerelle à travers une orientation vers l’ESAT ou les foyers de vie en fonction de la capacité et de l’autonomie du jeune.

 B) Cadre législatif

L’EPMS est régit par l’article de la loi n°75-534 du 30 juin 1975 d’orientation en faveur des personnes handicapées et relatif à la composition et au fonctionnement de la commission de l’éducation spéciale et des commissions de circonscription. Vient s’ajouter à cet article la circulaire n°89-17 du 30 octobre 1989 qui modifie les conditions de prise en charge des enfants et adolescents déficients intellectuels ou inadaptés par les services d’éducation spéciale.  Le code de l’action sociale et des familles qui définit leur cadre institutionnel, et en particulier par des techniques minimales d’organisation qui leur sont propres.
 La loi n°2005-102 du 11 février 2005 relative à l’égalité des droits et des chances, à la participation à la citoyenneté des personnes handicapées a, de façon indirecte, un impact considérable sur la scolarisation d’enfants handicapés.

Nous pouvons également noter le décret n °2009 du 2 avril 2009 relatif à la scolarisation des enfants, adolescents et des jeunes adultes handicapés dans les établissements spécialisés.


    C)  Le public accueilli et les partenaires

Actuellement l’EPMS a la capacité de recevoir 163 jeunes âgées de 6 à 20 ans en externat et semi internat 210 jours par ans. De plus, il y a 46 places en SESSAD pouvant accueillir jusqu’à 32 jeunes majeurs âgés de 20 ans et plus au sein du CAJ( centre d’accueil de jour).

L’établissement est composé de plusieurs services  selon l’âge :

Un service d’accueil enfants (5-14ans) qui accueille des jeunes dans le cadre d’une scolarisation adaptée, ponctuée de mesures d’intégration dans les écoles de Claye-Souilly.

➔    – Un service d’accueil adolescents (14-18ans), comportant plusieurs ateliers (cuisine, service en salle, horticulture, conditionnement, vie quotidienne, blanchisserie, pré-ado).
            – Un accompagnement adapté réservé à des adolescents présentant des troubles       envahissants du développement (TED) pour lesquels une prise en charge exclusivement éducative est développée.
            -Un atelier éducatif, réservé à des adolescents ne pouvant accéder à temps complet aux ateliers pré professionnels et pour lesquels une prise en charge éducative est proposée.
Un service d’accueil hébergement (8-20ans) comprenant 5 hébergements sur quatre sites différents, dont trois sont implantés hors des locaux de l’EPMS. L’activité est déconnectée de la prise en charge du jour. Il propose, en semaine et sur certains week-ends, une prise en charge à plein temps ou séquentielle. Un contrat d’accueil à durée déterminée est proposé aux familles qui font la demande d’un hébergement.

Me concernant j’ai effectué mon stage sur l’un de ces hébergements qui sert de passerelle avant l’accession à un logement individuel. Dans l’hébergement où j’ai étais affectée, six studios sont mis à dispositions pour les six jeunes que nous accueillons âgés de 14 ans à 20 ans.

Un dispositif « institut Thérapeutiques éducatifs et pédagogiques » (ITEP), accueille 15 jeunes âgés de 14 à 18ans pour des activités pré professionnelles en journée ; l’accompagnement se complète d’un semi internat pour sept de ces adolescents ainsi que certains week-ends.

Un service d’accompagnements jeunes majeurs (18-20 ans). Il comprend des unités de formation ou d’accueil de jour ainsi qu’un service de stage et de suite destiné à préparer la sortie de l’EPMS.
Un service Éducation spéciale et de soins à domicile (SESSAD). L’agrément de 3 à 18 ans porte sur 40 places, auxquelles s’ajoutent 6 places destinées au public ITEP en lien avec le dispositif.
Un centre d’accueil de jour (CAJ), pouvant accueillir en journée 32 jeunes adultes sur 3 sites différents.

D) L’équipe pluridisciplinaire

L’institution est répartie en plusieurs dispositifs, je vais donc vous présenter les équipes d’hébergement avec lesquelles j’ai travaillé durant ce stage. Il y a un pôle éducatif qui est composé de sept éducateurs spécialisés, cinq moniteurs éducateurs, un chef de service éducatif ainsi qu’un directeur du pôle hébergement.
Il y a également un pôle médical qui dispose de cinq aides médico-psychologiques, une infirmière, une psychologue et un psychiatre

E)    Les missions de l’établissement

Les missions de l’EPMS, sont de constituer en se fondant sur l’expérience de la structure d’origine, un réseau de prises en charge de l’enfant et de l’adulte handicapé. Il doit également assurer la continuité de l’accompagnement éducatif et social des usagers accueillis ainsi que développer et créer des solutions adaptées au regard de la diversité des situations que vivent les personnes en situation de handicap. Enfin il doit permettre à chacun la meilleure socialisation possible et le mode de vie le plus proche possible de la norme.

        1) Organisation de l’internat

En internat, nous accueillons les jeunes de 14 ans à 18 ans en général, il y a six jeunes dont trois garçons et trois filles, sept studios à disposition. Les jeunes évoluent en journée en IME, ESAT (établissement et service d’aide par le travail). Ils arrivent sur l’internat vers 17 heures, ils goûtent, se douchent et vaquent à leurs occupations.

Mes collègues et moi sommes à l’appartement à partir de 13h30. Nous sommes en temps d’écrit tous les jours hormis les lundis après-midis qui sont consacrés aux réunions d’équipes.
Après qu’ils ont finalisé leur rituel quotidien, nous passons à table. Nous sommes livrés deux fois par semaine par la cuisine de l’IME et deux fois par semaine ils confectionnent eux même les repas. C’est l’occasion pour eux de réaliser des plats qu’ils aiment et de créer du lien et de l’entraide mutuelle
Pour se faire, nous allons élaborer les menus, faire les courses nécessaires à la réalisation du repas et ils participent à la confection de celui-ci, sur volontariat. Un budget est mis à disposition des jeunes. Une fois les courses faites, ils doivent rendre les tickets justificatifs des dépenses.

 Cette démarche est éducative car elle fait appel à la gestion, au choix des produits, à l’équilibre alimentaire, et à la rigueur (rendre les tickets, ne pas dépasser le budget, calculer le temps d’élaboration du repas etc. …). L’importance de maintenir ce projet de l’élaboration de la cuisine liée à une offrande, faire plaisir à l’autre, entretenir l’autre. Je fonctionne avec eux et leur ai fait découvrir plusieurs plats culturels.

Deux ou trois jours à l’avance du mercredi après-midi qui va suivre, le jeune peut faire une demande de sortie auprès des éducateurs. Dans cette demande doivent figurer la date, l’heure de début et de fin, le lieu et préciser au maximum le contenu de leur sortie (piscine, patinoire, cinéma, centre commercial sortir avec des amis…). Le respect des horaires est rappelé et doit être respecté.

L’accompagnement au quotidien induit une très grande proximité. Il est donc impératif de garder une juste distance professionnelle, afin de ne pas entreprendre une relation « familière ». Pour cela il m’a fallu  poser le cadre et expliquer que malgré mon jeune âge je devais être respectée en tant que professionnelle.
Mes collègues m’ont été d’une aide très précieuse, essentiellement ma référente. Je leur avais au départ fait part de mon ressenti et de ma curiosité pour ce stage. Elles trouvaient toujours le temps de m’accompagner dans ma pratique éducative en répondant toujours à mes sollicitations. Elles m’ont toute suite intégrée au sein de leur équipe et j’ai pu mener plusieurs actions au sein de l’internat.

 Elles m’ont apporté leur expérience et m’ont aidé dans la rédaction des écrits professionnels. J’ai assisté à plusieurs rendez-vous avec les jeunes. J’ai appris un grand nombre d’éléments notamment sur liés à la posture professionnelle. De plus, elles me consultent pour chaque projet, événements et rendez-vous afin de connaître mon avis, mais aussi de savoir ce que j’aimerais apporter et mettre en place dans l’internat. Je me suis sentie considérée comme une professionnelle à part entière et cela m’a beaucoup soutenue par la suite au cour de mon stage. 

II Fait d’observation 1

    A) Anamnèse de l’usager

Sophie est une jeune fille âgée de 19 ans assez discrète qui est accueillie à l’internat. Elle a intégré l’établissement depuis 2006 et a été admise en internat en 2012. La situation familiale de Sophie est compliquée à cause du divorce de ses parents et de la mauvaise entente entre sa sœur et elle. Elle rentre un week-end sur deux chez l’un de ses parents.
Les conflits avec sa sœur sont dus au fait que leurs parents les mettent constamment en concurrence. Sophie ressent que ses parents favorisent sa sœur car elle n’est pas atteinte de handicap et plus autonome (voyages, loisirs, affection).
En effet, ses parents ont toujours été très protecteurs à l’égard de Sophie, du fait de son handicap. Cela a eu un réel impact sur son autonomie.
Au niveau médical elle a été évaluée par un spécialiste avant son intégration à l’EPMS à la demande de ses parents. Il a constaté un retard mental léger. Le psychiatre de l’établissement a identifié que depuis son arrivée il y a eu une évolution positive au niveau de sa santé.
Sophie est une jeune agréable, à l’écoute des consignes, son niveau d’autonomie est correct néanmoins ce n’est pas encore acquis.  Elle gère plusieurs tâches seules. Elle aime aussi s’isoler dans son univers, elle a pris cette habitude de se retrouver seule afin de se divertir à travers la musique, la lecture, regarder des films, des reportages, ses photos de familles. De plus c’est une jeune  très soigneuse qui prend soin de ses effets personnels.

L’équipe a créé une relation éducative adaptée avec Sophie qui est perçue comme étant une jeune très aimable, souriante et respectueuse.
En journée Sophie est accueillie à l’UAF (unité d’accompagnement à la formation). Elle travaille son autonomie et a plusieurs points à renforcer. Elle a encore besoin de l’accompagnement des professionnels. A l’internat l’objectif est de les rendre autonomes au niveau des repas et de la vie en communauté ou encore via les tâches ménagères. Elle est sociable avec les autres jeunes, respectueuse envers les professionnels.

Il a été noté qu’elle ne prenait pas assez d’initiative au niveau des activités et face aux tâches qui lui sont demandées. Néanmoins de manière générale elle ne refuse pas quand on lui demande de s’impliquer.
Elle sait faire ses propres choix elle peut paraître têtue quelque fois, dans ce cas il est difficile de lui faire changer d’avis.

    B) Situation éducative

Un Mardi soir, pendant que nous étions à table j’ai proposé une activité aux jeunes, le « jeu des mimes ». Tous les jeunes ont accepté de jouer excepté Sophie, qui elle ne voulait pas participer, en me disant qu’elle n’aime pas ce jeu. Je n’ai pas insisté. Elle voulait passer du temps sur l’ordinateur de l’internat, mais ma collègue n’a pas accepté et lui a dit qu’elle ne pouvait pas faire toujours ce qu’elle voulait et qu’elle devrait faire l’effort de s’amuser avec les autres jeunes. Elle s’est alors braquée. Après le repas nous sommes allés jouer , mise à part Sophie, qui était dans sa chambre toute la soirée jusqu’à l’heure du coucher.

Le lendemain, j’ai décidé d’avoir une discussion avec la jeune, afin de comprendre son comportement de hier soir.
Quand elle est arrivée sur l’internat, je l’ai rejoint dans sa chambre, j’ai entamé la discussion en lui demandant des explications concernant son isolement d’hier soir.
Elle m’a toute suite dit « j’ai rien à dire, je ne veux pas en parler ». J’ai évidemment insisté car cela m’a paru assez étonnant, car Sophie aime beaucoup les activités ludiques en temps normal.

Au fil de la conversation elle s’est livré et a pu exprimer que lorsqu’elle était plus jeune, au centre de loisirs ce même jeu avait été proposé et qu’elle avait subi des moqueries de ses camarades, en l’a traitant d’« handicapée  ».
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Par conséquent, elle se refuse à rejouer de peur que cela recommence.
Le handicap selon l’organisation mondiale de la santé « est toute limitation d’activité ou restriction de la participation à la vie en société subie dans son environnement par une personne en raison d’une altération substantielle, durable ou définitive d’une ou plusieurs fonctions physiques, sensorielles, mentales, cognitives ou psychiques, invalidant ».

Je l’ai donc rassurée en lui disant que personne allait se moquer d’elle à l’internat, car elle n’était pas la seule à avoir un handicap et qu’il fallait qu’elle surmonte cette frustration en rejouant avec ses camarades. Elle semblait rassurée après notre discussion et m’a donc affirmé que la prochaine fois elle participera au jeu avec nous.

J’ai remis le jeu en place une semaine plus tard, expressément, pour que Sophie puisse participer et se débarrasser des moqueries subies. Malheureusement elle n’a pas voulu y participer. Etonnée de sa démotivation, j’ai pris le temps de la rassurer et j’ai réalisé qu’elle n’est pas encore prête à faire des efforts à ce niveau, je n’ai donc pas insisté.   

    C) Analyse de la situation

Ce soir-là je me suis questionnée par rapport au fait que Sophie n’ait pas participé à ma première activité que j’ai mise en place. Le but était de se retrouver tous ensemble et de passer un moment jovial autour d’une activité. J’ai pris son refus de participer comme un échec, étant donné que Sophie adhère très souvent à ce qu’on lui propose notamment les activités. Cependant suite à notre discussion et la confidence qu’elle m’a faite, j’ai réalisé que derrière ce refus il y avait un mal être plus profond.
Les autres jeunes ayant tous participé, j’ai apprécié leurs efforts à vouloir s’intéresser à ce que je proposais en sachant que la plupart d’entre eux ne connaissait pas le contenu du jeu. Je n’ai donc pas insisté auprès d’elle et je l’ai laissée regagner sa chambre. Son comportement était avec du recul justifié. Il a donc fallu qu’elle s’isole pour que je voie sa détresse face à ce jeu ? Après réflexion, je ne pense pas que j’aurais pu avoir cette discussion avec elle si elle avait participé à l’activité.

Quant Sophie m’a fait part de son refus de participer, je me suis dit qu’elle était certainement de mauvaise humeur. Cette jeune aime plutôt qu’on cède à tous ses désirs. Nous travaillons cela avec elle afin de lui faire comprendre que toutes ses demandées ne pourront pas être réalisées comme elle le souhaite. Tout en sachant que ses parents lui ont toujours prêté une attention particulière à céder à ses exigences.

Par ailleurs, il s’agissait de la première activité que j’ai réalisée en groupe au sein de l’internat. Je tiens aussi à souligner que c’était la première activité que j’ai mise en place dans le cadre de ma formation d’éducatrice spécialisée.

Etant donné que j’ai effectué le métier d’animatrice auparavant, je n’ai pas porté ma réflexion sur le fait que réaliser une activité avec des personnes en situation de handicap pouvait être différent. Elle s’est très bien déroulée avec l’enthousiasme de chacun des jeunes. Au moment de l’activité avec les autres jeunes, j’ai réfléchi à ma posture envers Sophie. Après avoir fini le jeu j’ai voulu m’entretenir avec elle.  Afin de pouvoir discuter avec elle dans le but de lui faire comprendre qu’il faudrait qu’elle participe aux activités proposées à l’internat. En voulant entrer dans sa chambre j’ai remarqué qu’elle s’était endormie. Le lendemain dès son arrivée à l’appartement, je l’ai prise à part car je pense qu’il est important qu’on puisse revenir sur le fait de la veille, et surtout je voulais comprendre le motif de sa réaction.

J’ai souhaité échanger avec Sophie afin de lui faire part de mon ressentie et lui expliquer que je m’excusais de ne pas l’avoir d’avantage impliquée lors de cette activité.
 De plus je lui explique que les activités qu’elle souhaiterait faire ne sont pas toujours réalisables, il fallait qu’elle fasse l’effort de participer au temps collectif.

En effet, je lui indique, que pour le respect de chacun sur l’ensemble des jeunes accueillis à l’internat, nous devons prendre en considération les envies de chacun. La raison avancée par Sophie, sur sa non-participation à l’activité m’a questionnée. Je me suis rendu compte que ma vision de cette activité, qui me paraissait sympathique et agréable, n’étais pas forcement appréciée et adaptée aux aspirations de Sophie. De plus je me suis interrogée sur la manière dont j’avais accompagné Sophie lors de la mise en place et la réalisation de l’activité. Cela m’a amené à me demandait ce qui aurait pu se passer si j’avais amené l’activité à Sophie autrement.

    D) Mon ressenti

Au cours de ce stage, j’ai pu observer que les activités en groupe, n’existaient pas vraiment. J’ai donc attaché de l’importance à la mise en place et l’organisation de cette soirée, car elle avait pour objectif d’observer le comportement de chacun en activité de groupe, de réaliser un rapprochement de chacun des membres qui la compose, et renforcer la cohésion du groupe. Philippe Gaberan a souligné l’importance de chacun lors d’une activité du groupe en mentionnant « nous avons oublié que le lien de proximité qui permettent de renforcer la confiance se nouent aussi, peut-être de façon privilégiée, à travers les activités de médiation et qu’une part de la relation éducative doit être investie dans leur mise en place » 

En procédant d’une autre manière, j’aurais pu anticiper la difficulté de Sophie notamment en proposant plusieurs activités et faire un vote à l’unanimité. D’ailleurs Philippe Gaberan le mentionne dans son ouvrage « Le choix de cette activité n’est pas neutre ; il dépend essentiellement de l’éducateur » 
 Pour rebondir sur la phrase de l’auteur, ne connaissant pas le centre intérêt et les activités attendues de chacun, cela m’aurait sûrement confortée quant à mon choix d’activité.

Sophie a été en aparté toute la soirée ce qui me paraissait inadapté et qui pouvait avoir un impact négatif sur notre relation éducative.
Le lendemain après notre discussion j’ai trouvé que mon comportement n’était pas forcément facilitateur avec la jeune.

Celle-ci est une jeune fille assez fragile, la revalorisation de l’estime de soi est primordiale pour pouvoir avoir confiance en soi. D’âpres Philippe Gaberan, «  l’estime de soi est la valeur que l’Autre se découvre à travers le regard de son entourage : elle est ce qui va lui permettre d’être existant après avoir été fait vivant ».   Une approche différente aurait peut-être été nécessaire. J’ai aussi pu constater durant mon stage que Sophie a du mal à s’imposer dans un groupe. Ses parents l’ont toujours assistée en pensant qu’avec son handicap elle ne pourra pas être autonome.

Le travail que l’on fait avec Sophie en internat et celui qui est fait au domicile de ses parents est différent, à ce titre on constate une disparité entre les deux partie. Selon Philippe Gaberan à travers son ouvrage il énonce un constat concernant l’autonomie de la personne « Accéder à l’autonomie, c’est d’abord savoir surmonter cette peur, et dans l’hésitation entre désir et crainte se jouent les prémices du passage, ou pas, du vivre à l’exister. » ²

D’autres questionnements sont apparus : Aurait-elle tout de même adhéré à une autre activité ce soir-là, au vu de son complexe face aux activités de groupe ? Aurais-je du réadapter le jeu et en proposer  un autre pour moins la brusquer?
Il se peut qu’elle préfère des activités individuelles, dans ce cas comment l’intégrer dans une dynamique de groupe ? 

Après avoir pris en considération toutes mes réflexions, je pense qu’il aurait été préférable que j’adapte le jeu. Je reviens aussi sur ma pratique avec des personnes en situation de handicap. Hormis cette situation, je pense qu’il est important de connaître son public avant de proposer des  activités. Il ne faut pas négliger la capacité et la volonté du groupe en général, certes nous ne pouvons pas satisfaire chacun des usagers, en l’occurrence adapter l’activité est primordial. J’ajoute que bien qu’elle n’ait pas participé à l’activité, face à cette échec j’ai tout de même pu instaurer une relation de confiance. Sophie s’est en effet confiée à moi et a fait resurgir ce souvenir douloureux (les moqueries subies) qu’elle n’avait encore jamais exprimé à l’équipe éducative. Cette situation a finalement était intéressante, car elle a su poser des mots sur son mal être, je prends ce discours comme un point positif  et j’ai pu observer un changement de comportement de Sophie à mon égard. Elle était plus transparente et arrivait à me parler des conflits qu’elle rencontrait avec sa sœur, alors qu’elle n’a jamais mentionné celle-ci auparavant.

II Association, domaine Accueil parents/enfants

Présentation de l’établissement

a. Historique de l’association

L’association  a été fondée en 1944, dans le cadre d’une philosophie humaniste et personnaliste orientée vers l’enfance en danger. Elle a un double mouvement de protection et d’intégration des enfants et des adolescents en difficulté, en situation de risque et de danger physique et moral. L’action de l’association a été conduite vers deux ambitions :
–    Recueillir et accueillir ;
–    protéger et accompagner les enfants physiquement et moralement abandonnés.

La structure a été créée dans les années 50 par l’association départementale de la sauvegarde de l’enfance et de l’adolescence. Il obtient alors l’agrément de l’aide sociale à l’enfance pour y accueillir et former une cinquantaine d’adolescents.

L’association  est un ensemble éducatif diversifié de jour qui a pour principale mission d’accueillir dans le cadre judicaire et dans le cadre administratif, des enfants, adolescents, jeunes majeurs et jeunes mères en danger dans leur évolution personnelle, familiale et sociale ou en risque de danger, et des mineurs délinquants, de 0 à 21ans.

B Le cadre législatif

La loi suivie par l’établissement est celle de 2000-2 qui a été renforcée par la loi du 11 Mars 2016 qui a pour objectif de soutenir une reconnaissance de ces centres parentaux comme formule adaptée aux besoins actuels.
Le code civil, relative à l’assistance éducative ; article 375 du code civil modifié par la loi n°2007-293 du 5 Mars 2007 article 14 JORF 6 Mars 2007
Si la santé, la sécurité ou la moralité d’un mineur non émancipé sont en danger, ou si les conditions de son éducation ou de son développement physique, affectif, intellectuel et social sont gravement comprise, des mesures d’assistance éducative peuvent être ordonnées par la justice à la requête des père et mère conjointement, ou l’un d’eux, de la personne ou du service à qui l’enfant a été confié ou du tuteur, du mineur lui-même ou du ministère public. Dans les cas où le ministère public a été sollicité »

c. Procédure d’admission

Avant chaque admission des modalités sont à effectuer, le chef de service reçoit le dossier par la direction, par la suite présente le dossier du jeune à son équipe, une décision est prise si le dossier est recevable le jeune doit s’entretenir avec le psychologue de l’équipe ensuite un entretien est fait avec un professionnel, le chef de service, la famille et le jeune. Delà un projet personnalisé se constitue, une fois le projet fait, la prise en charge par l’équipe est mise en place.

Il y a deux types de placements possibles, tout d’abord l’accueil provisoire de l’enfant qui est à la demande de la famille afin de les soutenir dans l’accompagnement éducatif, le second qui est une ordonnance de placement qui est décidée par un juge des enfants. Le placement est effectué généralement par des signalements de l’éducation, des proches de la famille. 

D Présentation des différentes structures

Au sein de la structure nous trouvons plusieurs structures dont l’accueil de jour, un accueil internat, une école interne pour l’ensemble des jeunes accueillis au Manguier, le domaine famille d’accueil et des  mineurs non accompagnés (MNA). L’association à des appartements à disposition dont elle est propriétaire. Ainsi, des jeunes mères et leurs enfants ainsi que des familles y sont installés.

L’accueil de jour diversifié était composé de trois dispositifs :
–    l’AEJ accompagnement de l’enfant au sein de sa famille
–    le DME, accueil des jeunes mères et leurs bébés
–    l’AEF accompagnement de l’enfant avec sa famille au sein de l’établissement

Ces trois domaines ont fusionné en une seule unité depuis la rentrée et ont été renommé DAPE, domaine d’accueil parents/enfants. Il y a trois équipes déployées sur différentes communes. A présent les trois domaines reçoivent les mêmes usagers et ont les mêmes missions, c’est à dire que nous retrouvons des familles, mère/enfant et les jeunes en difficultés dans chaque structure. La protection de l’enfance reste prioritaire pour les domaines d’accueils.
L’un des principales but de ce domaine d’accueil et d’éviter la séparation donc maintenir le lien du jeunes et sa familles et l’accompagner sans pour autant le retirer du domicile familial.

E La composition de l’équipe

L’équipe du DAPE est pluridisciplinaire, elle est composée d’un chef de service, d’une coordinatrice, de deux psychologues, d’une assistante sociale, de cinq éducateurs spécialisés, de quatre moniteurs éducateurs, d’une aide psychologique, de deux éducateurs sportifs et de deux éducatrices jeunes enfants.

F Le public accueilli et les missions du DAPE

L’accueil de jour diversifié, appelé DAPE, domaine d’accueil parents-enfants, accueille des enfants en danger ou/et en difficulté de 0 à 18ans, des jeunes mères et des familles en précarité.  La prise en charge individualisée est en fonction des besoins et des attentes qui est contractualisée par le PPE (projet personnalisé éducatif).

Étant en stage à l’accueil de Coulommiers, nous avions huit situations de jeunes de 8 à 18 ans tous pratiquement déscolarisés, nous les accompagnons dans leurs démarches professionnelles, proposons des activités ludiques et éducatives, nous soutenons les liens familiaux et nous les aidons aussi dans leur quotidiens (gestion de la vie de tous les jours et des besoins primaires).

Il y a une diversité des missions pour les enfants, les familles, les adultes, en milieu ouvert dans l’établissement. Pour mener à bien les missions que l’équipe doit effectuer, il y a plusieurs interlocuteurs en ayant un travail en lien avec les partenaires locaux à travers une couverture de besoin qui s’étend sur l’ensemble du département.
Nous retrouvons une adaptation dans chacun des établissements, des projets, la modernisation de l’équipe et des équipements au sein du Manguier afin d’anticiper et répondre aux besoins de l’usager.

IV Fait d’observation 2

A) Anamnèse de l’usager

Florian est un jeune garçon de 18ans, qui à intégrer le DAPE depuis 2014, déscolarisé depuis deux ans maintenant avant d’intégrer le DAPE il a été placé en famille d’accueil à la demande de sa mère qui dit ne plus pouvoir le gérer.  Florian a du mal à accepter la séparation, il enchaîne plusieurs fugues afin de revenir au domicile de Madame. La famille d’accueil a fini par être dépassée par les événements et a exprimé sa volonté de mettre un terme à l’accueil de Florian car la relation était très difficile il n’acceptait aucune règle de leur part.

Sa mère a eu deux enfants la grande sœur de Florian et lui. Auparavant mariée au père de ce dernier, Madame a rencontré des difficultés avoir des enfants, après de nombreuses années dans l’attente d’un enfant elle a donné naissance à sa sœur. Durant la grossesse elle a eu des soucis de santé qui se sont aggravés par la suite. Monsieur dans le désir d’avoir un garçon Madame retombe enceinte une deuxième fois sa santé s’est fortement dégradée elle a eu une insuffisance rénale puis est devenue aveugle.

Florian a été l’enfant « miracle » du fait que Madame n’était plus censée avoir d’enfant après sa première grossesse d’après le corps médical. Les parents ont divorcé peu de temps après la naissance de leur fils. La situation semble paradoxale car Madame a désiré la naissance de Florian mais une fois né et au fil du temps Madame a rejeté Florian en le dénigrant, ne voulant plus de lui à son domicile, elle l’a plusieurs fois mis à la porte en l’accusant de plusieurs faits dont des vols  à son domicile mais aussi des abus de consommations de drogue. Lors des conversations avec Madame on constate qu’elle en veut à son ex-mari et l’exprime à travers Florian en le rejetant.

Florian a toujours gardé contact avec son père bien que par moment la relation a été compliquée du fait que son père soit sans domicile fixe. Celui-ci semble avoir une place importante dans sa vie, il parle souvent du mode de vie de son père et se projette dans ce mode de vie (l’errance), ce qui inquiète l’équipe éducative ainsi que Madame.

 Florian est un jeune garçon très sociable, sympathique, dès le premier entretien en ma présence nous avons créé du lien. Il s’ouvre facilement aux autres néanmoins il est très insouciant et néglige  ses priorités du moins il ne porte aucune attention à son projet professionnel. Il y a des périodes où il dit avoir l’envie d’obtenir un emploi ou une formation afin de quitter le domicile familial. La relation avec sa mère et sa sœur sont très conflictuelles. Françoise Dolto explique que « tant qu’on n’accepte pas que cette histoire soit bien la nôtre, on ne peut pas la vivre la bien. Tant qu’on est dans la nostalgie d’un père ou d’une mère qui seraient différents de ce qu’ils sont , on ne peut pas avancer, parce que toute notre énergie est au service de cette nostalgie ».    Nous lui avons donc proposé d’avoir son propre logement par le biais d’un foyer jeune travailleur, cependant pour l’intégrer, il doit avoir un revenu tous les mois afin d’assumer son appartement et les charges associées.

Il a adhéré à ce projet néanmoins il met toutes ses démarches en échec, il préfère passer ses journées avec ses amis à errer dans les rues et consommer des substances illicites. Il ne se présente que très peu à nos rendez-vous, Florian est très fuyant à l’égard de l’équipe éducative. A plusieurs reprises nous avons essayé de faire des activités avec lui, il nous confirme sa venue mais au final ne se présente pas.
Nous avons deux prises en charges individuels par semaine à assurer et nous avons mis en place un rituel c’est à dire effectuer un rendez-vous dans un cadre éducatif et un rendez-vous plus ludique en mettant en place des loisirs choisi par le jeune ou des activités en groupe. Nous essayons de créer des groupes adaptés à chacun d’entre eux en prenant en compte l’âge et les désirs de chacun.
Cela peut être compliqué par moment, car les jeunes ont une difficulté énorme à se rendre disponible malgré qu’on nous faisons le nécessaire pour dissocié la partie ludique et éducatif.

B) Situation éducative

Je comptais mettre en  place un atelier culinaire une semaine après mon arrivée à la structure. En ayant eu une discussion avec lui le premier jour que je l’ai reçu en entretien, j’ai retenu qu’il aimait particulièrement un plat traditionnel malien que je savais faire. Je lui ai fait  part de cet atelier, il était très excité à l’idée de manger ce repas et il m’a confirmé sa présence sans hésiter. Le jour de l’atelier j’ai donc fait les courses avec ma référente nous avons convenu de se rejoindre à la structure à l’heure du déjeuner une fois rentrée de course, il été présent et même avance, nous avions tout de même de gros doute sur sa présence.

 J’ai préféré ne pas lui faire part de mes doutes  pour ne pas le  braquer, nous avons donc entamé la cuisine il s’est investi durant tout l’atelier. Pendant l’activité il a pu me dire qu’il aimerait qu’on refasse un autre atelier culinaire afin de pouvoir faire d’autres plats, je lui ai répondu que cela était possible, il faudrait juste que j’en parle à ma référente par rapport au budget. Nous sommes donc tous passés à table, il y avait d’autre jeunes présent sur la structure mais qui étaient dans une autre activité avec ma référente. Tout le monde a apprécié le repas, Florian était très flatté des compliments reçus des autres jeunes et de ma référente. Par la suite, nous avons donc finalisé ce temps en lui proposant de prendre contact avec des foyers de jeunes travailleurs afin de concrétiser le projet de départ. Il était d’accord il a donc appelé et a même écrit une lettre de motivation.

 Florian était fier de ce qu’il avait accompli en une après-midi nous avons tenu d’ailleurs à le féliciter pour les efforts fournis. Il tenait à apporter le reste du repas à sa mère pour qu’elle puisse elle aussi manger ce que nous avions réalisé. Il s’est empressé de rentrer afin de raconter son après-midi avec nous.
Au regard de ce regain de motivation nous avons fixé un nouveau rendez-vous afin de finaliser les démarches non accomplies. Il a accepté notre demande.

    C) Analyse

Suite à cette activité j’ai été agréablement surprise de voir Florian autant s’investir dans la première activité que j’ai mise en place. En effet, j’ai pu observer à quel point il était enthousiaste et de bonne humeur. Cette activité a été ma première facilité d’approche auprès de Florian. Il a été très disponible pendant l’activité, j’ai ressenti une certaine fierté chez lui à avoir réussi le plat. J’ai tenu à le féliciter car je pense que c’était important pour lui car il était très confiant et cela est très rare chez Florian puisque habituellement il est constamment en train de se rabaisser et il est de nature très pessimiste.

Il a pu me dire que c’était une première réussite pour lui de réussir un plat et surtout de le réaliser du début à la fin. Il m’a aussi dit qu’à la maison lorsqu’il essayait de faire des plats pensant faire plaisir à sa mère et à sa sœur, ces dernières critiquaient le résultat. Il s’agissait là de sa première révélation qu’il a pu me confier, je l’ai senti attristé en me disant cela.
J’ai donc apprécié ce moment avec lui j’ai pu d’ailleurs apprendre des éléments de son parcours dont nous n’avons pas connaissance, Florian se confit que très peu, j’ai donc profité de cette relation d’alliance pour en savoir plus sur son vécu.
Je ne pensais pas qu’une simple activité culinaire aurait était une ouverture à la discussion, j’ai compris que c’était un bon moyen de communiquer avec lui mais aussi avec un autre usager. Au fil du temps j’ai pu observer l’attitude des usagers lorsque nous sommes en train de cuisiner.
Au fil de la conversation, Florian m’a fait comprendre qu’il ne se sentait pas valorisé auprès de sa famille plus particulièrement auprès de sa mère. Il a pu dévoiler un grand nombre d’aspects par rapport à sa relation avec madame. 

Suite à notre discussion, j’en ai fait part à ma référente. Pour moi, il était primordial que l’on propose un axe de soutien à la parentalité avec Madame. Je pense qu’en tant qu’adolescent, il est important de se sentir soutenu et valoriser auprès de ses parents. J’ai eu le ressenti que la relation avec Madame et Florian avec un impact important sur le comportement du jeune.

J’ai pu remarquer que lors de la confection du repas, le jeune était constamment en train de se rabaisser en disant que de toute façon il n’arrivera pas à reproduire le plat car il n’arrive jamais à rien.
J’ai dû plusieurs fois le rassurer en lui répétant qu’on aller réussir, j’étais là pour l’aider à préparer. Philippe Gaberan explique que « la première étape dans le travail de l’éducateur est d’essayer d’apaiser cette souffrance par de la tendresse et aussi de la fermeté qui permettent, l’une et l’autre, de poser un cadre sécurisant et contenant ». 
Je le sentais vraiment tendu par moment, je devais le sécuriser pour qu’il prenne confiance en lui.
J’ai donc réalisé que Florian avait un réel besoin de se sentir protéger et accompagner dans ses démarches.

J’ai pu constater rapidement le tempérament de Madame à l’égard de son fils. Lors de nos entretiens au domicile, Madame est très souvent entrain de lui faire des reproches et surtout lui rappeler qu’il était « un bon à rien comme son père ». Face à ces propos me suis questionné sur l’attitude et la colère de Madame à l’égard de son fils. Comme je l’ai détaillé dans l’anamnèse du jeune, Madame était très malade lorsqu’elle était enceinte du jeune. Elle était donc prise par ses rendez-vous médicaux qui comme elle nous l’a mentionné étaient très fréquents. Madame ne comptait plus avoir d’enfant après sa fille, mais pour faire satisfaire le désir de son ex mari elle a pris le risque de retomber enceinte en sachant pertinemment que la grossesse serait très difficile et la rendra d’autant plus malade.
Est-ce que Madame en veut peut être à son fils et le tient responsable de toute la situation qu’elle vit notamment au regard de la santé ?
Nous n’avons malheureusement pas les informations concernant la relation mère/enfant que Madame entretenait avec son fils à son plus jeune âge. Toutefois cette situation m’a évoqué un passage de John Bowlby sur le lien affectif, il dit « la recherche moderne montre que les influences les plus constructrices sont celles reçues par l’enfant avant même son entrée à l’école, et que dès cette époque se profilent chez lui certaines attitudes susceptibles de déterminer l’ensemble de son développement à venir et le fait qu’un enfant soit heureux et équilibré à cet âge (fin de l’enfance) ou malheureux et en décalage avec la société ou avec ses leçons, dépend grandement s’une chose ; le caractère approprié de l’éducation qu’il a reçu plus tôt ».

Ces notions émergeaient très souvent dans les discussions qu’on avait avec Madame  mais aussi comme l’a mentionné Michel LEMAY : « tout se passe comme s’il existait au fond de l’abandonnique une présence mauvaise qui lui donnait, dès les premiers mois de sa vie , l’impression désespérante d’être irrémédiablement « maudit ». ce sentiments de malédiction se retrouve aussi bien dans les thèmes exprimés au cours des psychothérapies que dans les paroles prononcées durant les situations de la vie quotidienne : lorsque l’enfant se trouve confronté à un échec ou une frustration trop importante, deux réactions apparaissent successivement. Tourner l’agressivité contre soi en salissant son image et en criant à son interlocuteur sa conviction d’être sans valeur ».
 Les dires de l’auteur démontrent  bien le comportement et l’image que Florian adopte.  Et pourtant j’ai tenté à plusieurs reprises de dire à Madame que ces propos pouvaient réellement blesser son fils.

Le jeune a eu une réelle satisfaction de la confection du repas, pourtant cela peut sembler très banal, mais pour lui il s’agissait d’un aboutissement.
Pendant notre activité je me suis particulièrement questionnée : Le comportement border line de Florian est-il en rapport avec la relation qu’il a avec sa mère ? Le jeune a-t-il besoin du soutien de sa mère pour pouvoir se lancer dans son projet individuel ?

Il faut savoir qu’à la fin du repas, la première chose à laquelle il a pensé, c’est de ramener le reste du plat à sa mère. Il a ajouté « en espérant qu’elle va me complimenter pour la première fois ».
Cette phrase ma confirmé que Florian était très attaché à sa mère malgré leur relation conflictuelle, il veut tout de même lui démontrer qu’il arrive à accomplir des actes symboliques. De plus, l’état de santé de madame se dégrade énormément, Florian a exprimé la peur de perdre sa mère. Madame étant très proche de sa première fille, elle a une place très importante dans la vie de madame. Cela semble affecter Florian, car il a pu exprimer qu’il voudrait aussi s’investir dans les soins de sa mère comme le fait sa grande sœur, mais malheureusement Madame ne lui accorde pas de place dans sa prise en charge.
Je pense que le premier travail qu’on doit réaliser dans l’avantage du jeune ; est le soutien à la parentalité. Le fait que Madame parvienne à le valoriser et le soutenir dans son projet, facilitera sûrement le jeune à investir son projet professionnel.

Florian a beaucoup de rêves et de projets mais entendre constamment qu’il n’arrivera jamais à rien, semble complétement le déstabiliser. L’absence d’une figure paternelle a probablement un impact négatif sur le comportement du jeune. Michel Lemay explique  que « dans le récit des jeunes délinquants, le père constitue une image particulièrement détériorée. Le père biologique a souvent disparu ou est inconnu ». Effectivement le père de Florian est très absent dans sa vie.

Madame définissait l’avenir de son fils comme celui de son ex-mari, c’est-à-dire être sans domicile fixe.  Florian me la dit lors de notre activité et je l’ai aussi plusieurs fois entendu quand nous échangeons  avec Madame.
Je pense que le jeune ne veut pas entreprendre d’activités professionnelles, car il pense que quoi qu’il arrive il finira sans domicile fixe comme le dit sa mère.

Dans cette situation, il est vraiment important que nous arrivions à accompagner Madame à se positionner dans autre dynamique ; c’est-à-dire soutenir et valoriser son fils.

V Conclusion du DPP éducateur spécialisé

L’activité est l’une des pratiques à ne pas négliger dans notre métier, cela apporte un lien différent avec l’usager. Philippe Gaberan explique que « le triangle éducatif est une représentation de la relation éducative qui met en scène trois pôles de la relation : la personne aidée, l’éducateur et l’activité choisie comme support de la relation »
Lors de ces temps-là j’ai pris conscience de l’importance de l’activité dans la création du lien. C’est un espace informel ou le jeune est plus détendu et arrive à se confier plus facilement. Ainsi, l’éducateur n’est plus perçu de la même manière. Cette barrière du professionnel et de l’usager et plus transparente. La discussion paraît plus accessible lors de ces temps d’activités.
C’est un outils que j’ai continué à utiliser et que je compte mobiliser dans la suite de mon parcours professionnel.

 A travers ce dossier, j’ai pu m’auto évaluer à travers deux situations qui ont interrogé les pratiques professionnelles que j’ai eues lors de mes stages. On constate que nos modes d’intervention sont différents selon l’usager et la situation que nous rencontrons. Je pense qu’il est important en tant qu’éducateur spécialisé de savoir se remettre en question du moins avoir un moment de réflexion face à nos agissement. Nous sommes confrontés à divers situations plus au moins complexes à gérer, il faut savoir donc se réajuster et surtout prendre en considération la personnalité et le vécu de l’usager. Notre mission première et d’accompagner l’usager certes sans adopter une position de toute puissance.
Dans notre métier nous découvrons et apprenons de jour en jour de nouvelles situations avec le même ou différents usagers. L’éducateur doit savoir se réajuster et s’adapter en fonction de la situation qu’il rencontre. Comme l’explique Philippe Gaberan « l’éducateur développe une expertise et des outils adaptés pour aider tout Autre, quels que soient ses origines ou ses handicaps, à accéder au grandir ».  
En définitive, j’ai constaté l’importance de la réflexion sur nos pratiques qui sont peut-être pas les plus adaptées c’est pourquoi il convient de se questionner afin d’adapter sa pratique.